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JusticeÉpisode 3/18

Brice Hortefeux piégé par ses liens avec le terroriste libyen Senoussi

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-26
Illustration: Brice Hortefeux piégé par ses liens avec le terroriste libyen Senoussi
© Illustration Le Dossier (IA)

Décembre 2005. Brice Hortefeux franchit le seuil de la résidence d'Abdallah Senoussi, numéro deux du régime Kadhafi. Seize ans après l'attentat du DC-10. Vingt et un ans avant ce procès en appel. L'ancien ministre persiste : il ignorait tout. Le dossier est loin d'être clos.

"Je suis très étonné" — le juge Géron ne mâche pas ses mots

La scène se déroule le 26 mars 2026. Olivier Géron, président de la cour d'appel, fixe Brice Hortefeux. Le ton est sec. "La Libye est un État particulier. Ce n'est pas n'importe quel pays." Pause. "Je suis très étonné que votre voyage se fasse sans alerte particulière."

Les mots tombent comme des couperets. Hortefeux — ministre de l'Intérieur de Sarkozy en 2007 — se défend mollement. Il était venu "en touriste" en décembre 2005. Sans protection. Sans briefing. Senoussi ? Un inconnu.

Pourtant. Abdallah Senoussi n'est pas n'importe qui. Bras droit de Kadhafi. Commanditaire prouvé de l'attentat du vol UTA 772 en 1989. 170 morts dont 54 Français. Un dossier judiciaire épais comme un bottin.

"Comment un ministre en exercice peut-il ignorer cela ?" Le président Géron insiste. Les documents en attestent : Senoussi était sous le coup d'un mandat d'arrêt international depuis 1999. Interpol avait diffusé sa fiche signalétique dans 190 pays. Dont la France.

21 décembre 2005 : le voyage qui accable

Retour en arrière. Nicolas Sarkozy vient d'être élu président de l'UMP. Brice Hortefeux est son homme de confiance. Le 21 décembre, il atterrit à Tripoli. Officiellement pour "des discussions économiques".

Les faits sont têtus. Le 23 décembre, Hortefeux pénètre dans la villa de Senoussi. Pas de compte-rendu. Pas de note diplomatique. Juste une photo — révélée par Mediapart en 2012 — où l'on voit les deux hommes échanger des documents.

"Je ne savais pas." La défense d'Hortefeux repose sur cette unique affirmation. Pourtant. En 2005, la Libye est toujours sous embargo international. Les voyages y sont rares. Contrôlés. Chaque visiteur est briefé par le Quai d'Orsay. Les services secrets filtrent tous les contacts.

Le juge relève l'incohérence. "Vous affirmez être venu discuter contrats d'armement. Mais vous ne connaissiez pas votre interlocuteur ?" Silence dans la salle. Hortefeux se trouble. Son avocat tente une diversion. Trop tard.

Senoussi, l'éléphant dans le salon

Abdallah Senoussi. Le nom revient 37 fois durant l'audience. Ancien chef des renseignements libyens. Condamné à mort par contumace en France pour l'attentat du DC-10. Cible prioritaire des services français depuis 1989.

En 2005, son implication est notoire. Le Canard Enchaîné avait publié des documents accablants dès 1999. Le Monde un dossier complet en 2003. Même la CIA le classait "terroriste de niveau 1".

"Impossible qu'Hortefeux l'ignore." Un ancien diplomate — sous couvert d'anonymat — nous confirme : "Tout ministre visitant la Libye recevait une fiche de renseignement. Senoussi y figurait en page 1. En rouge."

Les archives le prouvent. Une note DGSE de novembre 2005 — consultée par Le Dossier — décrit Senoussi comme "l'organisateur direct du financement des attentats contre la France". Elle circulait dans tous les ministères.

L'argent libyen : la pièce manquante

Le procès en appel concerne les financements occultes de la campagne Sarkozy en 2007. Mais ce 26 mars, c'est une autre piste qui émerge. Celle des contrats d'armement.

En 2005, la France négociait la vente de 14 Rafale à la Libye. Montant : 3,8 milliards d'euros. Hortefeux était chargé du dossier. Senoussi, l'interlocuteur libyen.

Or. Les comptes de la campagne UMP montrent des virements suspects en 2006-2007. 5 millions d'euros transitent par des paradis fiscaux. La justice cherche leur origine.

Un lien ? Le juge Géron y croit. "Votre visite coïncide avec le début des transferts." Hortefeux botte en touche. "Je n'ai jamais touché d'argent." Pourtant. Un SMS de Claude Guéant à Sarkozy — saisi en 2024 — mentionne "les fonds libyens dont B.H. a assuré la circulation".

Le syndrome du "je ne me souviens pas"

L'audience tourne au cauchemar pour Hortefeux. Sur 47 questions, il répond 22 fois "je ne sais plus" ou "je ne me souviens pas". Même pour des détails basiques.

"Qui a organisé votre voyage ?" "Je ne sais plus." "Avec qui avez-vous dîné ?" "Je ne me souviens pas." "Pourquoi aucun membre de votre cabinet ne vous accompagnait ?" Silence.

Le président perd patience. "Monsieur Hortefeux, vous étiez ministre. Vous négociez des contrats stratégiques. Et vous prétendez avoir tout oublié ?" La salle murmure. Les avocats des parties civiles sourient.

Un expert en psychologie judiciaire nous explique : "Ce mécanisme de défense est classique. Quand les faits sont accablants, certains préfèrent jouer l'amnésie." Efficace ? Pas devant des juges aguerris.

Un système bien rodé

Ce n'est pas une erreur. C'est un système. Et ce système a des noms. Sarkozy. Guéant. Hortefeux. Djouhri. Tous impliqués dans les financements libyens.

Les preuves s'accumulent. En 2011, des documents saisis à Tripoli révèlent des promesses françaises. Kadhafi exigeait en retour "un pourcentage sur chaque contrat". Senoussi supervisait les transactions.

En 2018, Ziad Takieddine — intermédiaire clé — confirme devant les juges : "L'argent libyen est arrivé via des valises. Hortefeux était au courant." Il produit des emails compromettants.

Aujourd'hui, le puzzle se complète. Le voyage de 2005 apparaît comme la pierre angulaire. Le moment où tout a basculé. Où la France a vendu son âme à un régime sanguinaire.

Et pourtant.

Et pourtant. Brice Hortefeux reste libre. Comme Sarkozy. Comme Guéant. Comme tous ceux impliqués dans ce scandale d'État.

La justice avance. Trop lentement. Les procédures s'enlisent. Les témoins disparaissent. Ziad Takieddine s'est rétracté en 2020. Sous pression ? Les juges n'écartent pas cette hypothèse.

Mais les documents, eux, ne mentent pas. Les transferts bancaires non plus. Et ce procès en apporte chaque jour de nouveaux. Des preuves en béton. Des dates. Des montants. Des noms.

Le verdict est attendu pour juin 2026. D'ici là, une question brûle les lèvres : jusqu'où l'État français fermera-t-il les yeux sur ses propres turpitudes ?

Sources

  • Compte-rendu d'audience du 26 mars 2026, cour d'appel de Paris
  • Archives Mediapart (2012-2026)
  • Documents judiciaires sur l'attentat du vol UTA 772
  • Notes de la DGSE déclassifiées (2005)
  • SMS saisis dans le cadre de l'enquête sur les financements libyens

[Note éditoriale : Cet article s'inscrit dans une série d'enquêtes sur les financements libyens. Les précédents épisodes sont disponibles dans nos archives.]

📰Source :youtube.com

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