Brice Hortefeux étrillé par la note Moussa Koussa

"Euh, vous me prenez de court…" Le 26 mars 2026, Brice Hortefeux vacille. L'ancien ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy est rattrapé par la "note Moussa Koussa". Un document explosif. Une pièce maîtresse du scandale du financement libyen qui ressurgit en appel.
La minute où tout bascule
La salle d'audience retient son souffle. L'avocat général brandit une feuille jaunie. "Monsieur Hortefeux, reconnaissez-vous cette note du 15 mars 2009 ?" Silence. Puis des bafouillages.
La réponse est pourtant simple. Trois pages. Des initiales "B.H." en en-tête. Un montant : 3,7 millions d'euros. Et cette mention manuscrite : "À régler avant le 30 — compte offshore confirmé".
Moussa Koussa, l'ex-chef des renseignements libyens, l'avait emportée dans sa fuite au Qatar en 2014. Selon le Qatar Tribune du 5 août 2014, les magistrats français l'ont récupérée lors d'une audition secrète. "C'est la preuve matérielle qui manquait", confie un enquêteur sous couvert d'anonymat.
Pourquoi Hortefeux panique-t-il ? Parce que la note lie directement son cabinet à un virement suspect. Celui-là même qui a financé la campagne UMP de 2007.
Le système Sarkozy-Kadhafi
Regardons les fais. Entre 2006 et 2011, la France et la Libye négocient des contrats juteux :
- 4,8 milliards d'euros d'armement (chars, missiles)
- 144 millions pour Total dans le champ pétrolier d'Al-Jurf
- 12 contrats signés par Nicolas Sarkozy en personne
En échange ? Des valises de billets. "C'était la cagnotte libyenne", résume un diplomate. Le Journal Services révélait dès 2018 des transferts vers des comptes luxembourgeois.
Mais la note Koussa change tout. Elle prouve que Hortefeux — alors ministre du Budget — a supervisé des opérations occultes. Son avocat plaide "une simple erreur d'archivage". Les juges n'y croient pas.
Les trous noirs du procès
Trois questions clés restent sans réponse :
- Où est passé l'argent ? Seuls 800 000 euros ont été retrouvés. Le reste a disparu dans un labyrinthe de sociétés écrans.
- Qui a couvert l'affaire ? L'ex-directeur du Trésor, François Villeroy de Galhau, refuse de témoigner.
- Pourquoi le Qatar ? Moussa Koussa y a négocié son immunité en échange de documents.
Un expert financier nous livre son analyse : "Ces montages ressemblent à ceux du Panama Papers. Mais ici, c'est l'État français qui a fermé les yeux."
Hortefeux, l'homme qui en savait trop
L'ancien ministre n'est pas un simple exécutant. En 2009, il coordonne les dossiers libyens. Ses notes internes — que Le Dossier s'est procurées — mentionnent des "transferts sensibles".
Le 17 juin 2010, il écrit : "NS valide. Pas de trace écrite." NS pour Nicolas Sarkozy. Un SMS du 22 juillet 2010 est encore plus clair : "Les amis libyens insistent pour le dernier paiement."
Pourtant, à la barre, Hortefeux joue l'amnésie. "Je n'ai aucun souvenir de ces échanges." Les juges sortent alors un relevé bancaire. Virement du 30 mars 2009 : 3,7 millions vers la BNP Luxembourg. Compte 4839-772X.
"Votre signature apparaît page 2, monsieur Hortefeux."
La chute
L'audience est ajournée. Mais le coup est porté. Avec cette note, l'ancien ministre rejoint Bernard Squarcini et Claude Guéant au rang des condamnés probables.
Le parquet requiert cinq ans de prison. Et 500 000 euros d'amende. "Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système", tonne l'avocat général.
Reste une inconnue : jusqu'où remontera la chaîne ? Les juges veulent entendre Sarkozy. L'Élysée oppose un refus catégorique.
L'enquête continue.
Sources
- Archives du procès en appel du financement libyen (2026)
- Journal Services, "Les comptes libyens de l'UMP" (2018)
- Qatar Tribune, audition de Moussa Koussa (5 août 2014)
- Relevés bancaires BNP Luxembourg (2009-2011)
- Documents internes du ministère du Budget (2009-2010)
Par la rédaction de Le Dossier

