Bretagne : l'alcoolisme, fléau des gendarmes et des jeunes conducteurs

Bretagne, deuxième région la plus alcoolisée de France
56 %. Ce chiffre, deux fois supérieur à la moyenne nationale, représente le pourcentage de Bretons de moins de 30 ans ayant été ivres au moins une fois dans l'année. La Bretagne se classe deuxième région la plus touchée par l'alcoolisme en France, juste derrière la Corse. Bars à chaque coin de rue, nuits qui tournent au drame — le tableau est sombre.
À Dinan, les gendarmes interviennent presque toutes les nuits. Rue de la Cordonnerie, rebaptisée "rue de la soif", ils débarquent dans un mélange de dégradations, de violences et de désespoir. "Tu pisses dessus, tu prends", lancent certains jeunes. D'autres supplient : "Tu peux me mettre un coup de taser, s'il te plaît, monsieur l'agent.' Une ambiance bon enfant qui vire souvent au chaos."
Les interventions sont musclées. Les dégradations fréquentes. Les gendarmes doivent redoubler de patience. "C'est toujours le même scénario", explique Sébastien, adjudant de 43 ans. "On vient, on met dehors, on place en cellule de dégrisement. Mais le problème revient régulièrement."
Sébastien, adjudant de gendarmerie : "On ne peut pas faire plus"
Sébastien connaît les adresses par cœur. Ce soir-là, il intervient chez une sexagénaire. Son ancien compagnon, hébergé pour la nuit, a trop bu. Il s'en est pris à elle. "Il menace de me tuer, de me couer", raconte-t-elle. "Il m'a déjà frappé. Il a craché partout, cassé les assiettes." Elle n'a jamais porté plainte.
Les gendarmes tentent de raisonner l'homme. "Monsieur, vous écoutez. On est gentil, on est correct. Soyez correct, s'il vous plaît." En vain. L'homme résiste. "Je te lève, hein ? Moi, je te lève, il n'y a pas de souci." L'intervention dure plus d'une heure. L'homme finit en cellule. Sébastien sait qu'il reviendra dans quelques jours.
"Elle cède un peu à son chantage", explique-t-il. "Il tambourine à la porte, elle finit par ouvrir." Les gendarmes ne peuvent rien faire de plus. "On ne peut pas faire plus", répète Sébastien. "On le met dehors, on ferme les portes, on termine."
Un jeune conducteur, trois fois la limite légale
Minuit. Sébastien patrouille en ville. Il repère un véhicule qui zigzague dans les rues. Le conducteur heurte un trottoir juste devant lui. Sébastien arrête le jeune homme. "Bonsoir, monsieur. Vous coupez le moteur, vous présentez le permis de conduire, la carte grise. Vous avez consommé des boissons alcoolisées ou pas ?"
Le jeune homme avoue : "Deux verres de bière.' Le dépistage révèle un taux d'alcoolémie de 0,86 g/l, plus de trois fois la limite autorisée. 'C'est bon, c'est pas vous lisez, c'est la mesure', lui explique Sébastien. 'C'est combien ? 0,86 mg par litre, 1,7 g d'alcool dans le sang."
Le jeune homme s'amuse de la situation. "Mais moi, le second souffle dans deux heures, peut-être j'aurais gagné." Il est déjà coutumier du fait. "Déjà trois permis perdus à cause de l'alcool", reconnaît-il. Sébastien le place en garde à vue. Le jeune homme devra attendre la décision du procureur le lendemain matin.
L'alcool au volant, responsable d'un accident mortel sur trois
Un Breton sur trois reconnaît avoir conduit après avoir trop bu. En Bretagne, l'alcool au volant est responsable d'un accident mortel sur trois. Les jeunes de 18 à 24 ans sont les plus touchés. 40 % d'entre eux déclarent avoir déjà conduit après avoir consommé de l'alcool ou de la drogue. 10 % de plus que la moyenne nationale.
Les gendarmes de Dinan enchaînent les interventions. "C'est sous l'effet de l'alcool que les gens partent sur des discussions qui n'ont pas beaucoup de sens", explique Sébastien. "On verra demain quand il aura récupéré." Mais demain, ce sera trop tard. Un autre conducteur aura pris la route en état d'ivresse. Un autre accident aura peut-être lieu.
Un système à bout
Les gendarmes sont en première ligne. Ils interviennent chaque nuit pour des problèmes liés à l'alcool. Violences conjugales, dégradations, conduites en état d'ivresse. Ils déploient des trésors de patience. Mais le système est à bout.
"Pas mal de détresse sociale, de misère, sous fond d'alcool", explique Sébastien. "C'est le fond de nos interventions." Les gendarmes ne peuvent pas tout faire. Ils ne peuvent pas protéger les gens d'eux-mêmes. Ils ne peuvent pas empêcher les jeunes de boire et de conduire.
La Bretagne est face à un scandale de santé publique. L'alcoolisme engorge les services de gendarmerie. Il pousse les jeunes à prendre des risques inconsidérés. Les chiffres sont là. Les gendarmes aussi. Mais les solutions ? Où sont-elles ?
Sources :
- Santé publique France
- Breizh-info.com
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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