Barbara Bouch caillassée à Grenoble : des militants LFI accusés d’entrave

Une soirée bascule
Tout commence un samedi de juillet. Barbara Bouch arrive au Cabaret Frappé, un festival grenoblois. Elle est déjà sous pression. « J’étais déjà dans un mood hyper angoissé », confie-t-elle à Libération, dans une interview exclusive publiée après les faits. Dès sa descente de voiture, un groupe de manifestants l’attend. « Ils me criaient des horreurs », raconte-t-elle. La contestation n’est pas nouvelle : depuis mai, sa venue est dénoncée par des militants pro-palestiniens, en raison de sa signature d’une tribune soutenant la proposition de loi Yadan – un texte controversé visant à lutter contre les nouvelles formes d’antisémitisme, finalement retiré.
Sur scène, l’ambiance dégénère. Selon le témoignage de l’artiste, des personnes dans la foule ramassent du gravier à même le sol et le lancent sur les platines. Des bouteilles en verre volent. Du vin, de la bière sont projetés. « J’ai essayé de rester, de faire passer des messages dans le choix de mes morceaux », explique-t-elle. Elle met Titanium de David Guetta pour se recentrer, puis Imagine de John Lennon pour appeler à l’unité. Mais la violence monte. « Quand les bouteilles de verre ont commencé à arriver sur la scène, je me suis dit : une bouteille mal envoyée, je la prends dans la tête, il peut tout se passer. Ça peut aller jusqu’à la mort. »
La DJ décrit une foule en colère, des insultes antisémites, lesbophobes et grossophobes. « J’entendais “sioniste”, “assassin”, “sioniste génocidaire”. Dans ma tête, j’entendais “juive”. » Elle précise : « C’était pas que des drapeaux ou des pancartes, c’était des gestes physiques. » Les organisateurs du festival, la mairie de Grenoble, confirment : des projectiles ont été lancés. L’artiste est finalement exfiltrée par les services de sécurité.
Les faits, attribués et recoupés
D’après le récit de Barbara Bouch à Libération, l’agression a duré plusieurs minutes. Les manifestants — parmi lesquels des membres et élus de La France Insoumise, selon la source — maintenaient que leur action était pacifique. La DJ conteste fermement : « Il y avait rien de pacifique. » La mairie de Grenoble, dans un communiqué, a confirmé l’usage de bouteilles en verre et d’autres projectiles. La ville et son adjoint à la culture ont déposé une plainte. Le parquet a ouvert une enquête pour « entrave concertée aux libertés ».
Le contexte : une artiste prise pour cible
Barbara Bouch n’en est pas à sa première tempête. Figure des nuits LGBTQ+, elle a été l’un des visages de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris. Ce tableau, conçu par Thomas Jolly, représentait un festin de Dionysos, mêlant drag-queens, personnes handicapées, personnes trans. Il a déclenché une vague de haine venue de l’extrême droite internationale — Donald Trump, Elon Musk, Recep Tayyip Erdogan l’ont attaquée. « On faisait des savons avec la peau des juifs », rapporte-t-elle, citant des menaces de mort, de viol, des insultes antisémites. « C’était des méthodes utilisées par les SS. »
Cette fois, les reproches sont différents. Deux motifs sont avancés par ses détracteurs : la signature de la tribune Yadan, et une invitation à l’ambassade de France à Tel Aviv en juin 2025, au moment où l’armée israélienne intensifiait ses opérations à Gaza.
Sur la tribune, Barbara Bouch s’explique : « Une amie très proche me l’a envoyée tard. J’ai lu le texte sur un projet de loi contre l’antisémitisme. Je l’ai signé parce que tout ce qui était écrit me parlait. J’ai grandi avec une famille de déportés. » Elle reconnaît que la proposition de loi est critiquable, mais plaide pour le droit à l’erreur : « Le militantisme n’est pas parfait. On peut échanger, débattre. »
Sur l’invitation à Tel Aviv, elle clarifie : « J’ai été invitée par mon ami Frédéric Journes, ambassadeur de France en Israël, dans sa résidence. Une trentaine de personnes. Je ne suis pas allée jouer pour la Pride. » Elle ajoute : « La majorité de ma famille vit en Israël. Certains sont nés là-bas, d’autres y sont morts. J’ai un attachement avec ce pays. » Elle affirme son empathie pour le peuple palestinien : « Bien évidemment que j’ai de l’empathie. On ne peut pas soutenir cette violence. »
Le traitement judiciaire : une enquête ouverte
Le parquet de Grenoble a ouvert une enquête pour « entrave concertée aux libertés ». La plainte a été déposée par la ville de Grenoble et son adjoint à la culture. Barbara Bouch décrit un choc et un syndrome post-traumatique. « Je ressens encore dans mon corps et dans mon cœur ce qui s’est passé », dit-elle. Elle reçoit le soutien de personnalités politiques, notamment Sandrine Rousseau. « C’est courageux de sa part, parce que je suis radioactive depuis des mois. Les gens ont peur de prendre la parole pour me défendre. »
Barbara Bouch appelle au dialogue : « Il faut absolument remettre au centre la communication entre les uns et les autres. » Mais la violence du 18 juillet a laissé des traces. « C’est pas une sonnette d’alarme, là on est vraiment dans la sirène », conclut-elle.
Sources : Libération (interview exclusive de Barbara Bouch).
📰Source :YouTube
Par la rédaction de Le Dossier
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