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Barbara Bouch boycottée à Grenoble : LFI accusée d'antisémitisme

Par la rédaction de Le Dossier · 22 JUILLET 2026
Illustration: Barbara Bouch boycottée à Grenoble : LFI accusée d'antisémitisme
© YouTube

Une vingtaine de minutes après le début de son set, la mairie de Grenoble décide de l’interrompre — pour garantir la sécurité de tous, face à la mobilisation d’une centaine de militants venus contester la présence de l’artiste. Les images tournées par nos confrères d’ici Isère montrent des drapeaux palestiniens déployés dans le public. Des doigts d’honneur sont adressés à l’artiste. Des huées, des sifflets et des slogans couvrent parfois la musique.

Pourquoi cette colère ? Les militants reprochent à Barbara Bouch son soutien affiché à la loi Yad, déposée par la députée macroniste Caroline Yadan. Un texte présenté comme visant à lutter contre les formes renouvelées d’antisémitisme. Ses opposants y voient un risque d’atteinte à la liberté d’expression, notamment dans la critique de la politique d’Israël. Barbara Bouch a signé une tribune de soutien à cette loi en mars dernier. Elle a aussi accepté de performer à l’ambassade de France à Tel Aviv en juin 2025, alors que le génocide à Gaza était en cours.

La section locale de La France Insoumise a relayé l’appel au boycott et à la mobilisation. Alan Brunon, élu local et chef du groupe LFI au conseil municipal de Grenoble, explique : « Nous, on voulait simplement pacifiquement dire que on était en désaccord avec le fait que de l’argent public vienne permettre la réalisation d’une artiste qui a pris position politique pour bien évidemment soutenir une loi que nous jugeons être une loi qui a vocation à bayonner l’expression des militants en soutien à la cause palestinienne. » Il insiste : « Nous ne nous en prenons pas à elle pour ce qu’elle est ou pour ce qu’elle représente, mais nous avons une position politique sur ce qu’elle a fait en tant que soutien à la loi Yad. »

La classe politique s’embrase

La participation des insoumis isérois à cette mobilisation, une aubaine pour leurs adversaires politiques. Ils n’ont pas manqué d’en faire des caisses et d’accuser une fois encore la formation politique d’antisémitisme. Gabriel Attal a tweeté que l’antisémitisme de LFI est tout sauf résiduel. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a ajouté que l’antisémitisme, les intimidations et les pressions n’ont pas leur place dans notre politique et qu’empêcher une artiste de se produire est une atteinte inacceptable à la liberté d’expression. Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale, s’est dite choquée et a dénoncé des attaques antisémites sous couvert de militantisme. Marine Le Pen a dénoncé le projet totalitaire que porterait l’extrême gauche.

À gauche, la fracture est nette. Pour Olivier Faure, premier secrétaire du PS, LFI ne sert pas la cause palestinienne, ces méthodes n’aident en rien les Palestiniens et desservent les militants sincères. Clémentine Autain, dans un long post sur les réseaux sociaux, a questionné : n’a-t-on pas plutôt des représentants politiques qui défendent la loi Yadan avant de s’en prendre à Barbara Bouch ? Sandrine Rousseau s’est rangée du côté de l’artiste, estimant qu’elle est déjà victime de multiples discriminations qui devrait tous nous interroger.

Les insoumis tentent d’éteindre l’incendie

Alan Brunon monte au créneau : « Je dis qu’il n’y a aucun antisémite dans mon groupe politique comme il n’y a aucun antisémite à La France Insoumise et que par conséquent nous dénonçons bien évidemment le fait de mettre le curseur sur ces choses-là qui ne sont pas rentrées en ligne de compte dans notre position de militant. » Il rappelle que la mobilisation se voulait pacifique et visait à contester une prise de position politique, pas la personne.

Au niveau national, aucun cadre ou figure de LFI n’a relayé l’appel à mobilisation. Manuel Bompard, coordinateur de La France Insoumise, s’explique sur France Info : « D’abord, on parle d’un concert qui est organisé par une municipalité. Bon, et vous avez des élus insoumis qui ont pris position contre l’organisation de ce concert. Ensuite, la municipalité de Grenoble a décidé de maintenir ce concert et il y a eu une protestation pacifique à ma connaissance. En tout cas, s’il y a eu des choses qui sortaient du cadre pacifique, je les désapprouve absolument. » Il ajoute : « Le fait qu’on puisse avoir une protestation pacifique contre des prises de position politique d’une artiste, parce que c’est de ça dont il s’agit, Barbara Bouch a signé une tribune de soutien à la proposition de loi de Caroline Yadan sur les formes renouvelées de l’antisémitisme. »

Une enquête ouverte

La mairie de Grenoble affirme que des projectiles auraient été envoyés sur l’artiste. Ce mardi, le parquet de Grenoble a annoncé l’ouverture d’une enquête pour délit d’entrave concerté aux libertés, rappelant dans le communiqué que ce délit est puni d’un an d’emprisonnement.

Barbara Bouch n’en est pas à sa première polémique. En 2024, sa participation à un tableau de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris avait déclenché une vague de cyberharcèlement. Menacée de mort, de torture et de viol, elle avait porté plainte. En novembre 2025, quatre hommes ont été condamnés dans cette affaire, avec des peines allant de 4 mois de sursis à 10 mois de prison ferme. À l’époque, elle avait reçu le soutien des insoumis.

Boycott ou censure ?

Derrière cette polémique et l’évidente instrumentalisation du prétendu antisémitisme attribué à LFI, deux notions s’entremêlent : le boycott et la censure. La censure, c’est quand une institution publique fait usage de son autorité pour empêcher la diffusion d’un contenu. Le boycott, en revanche, est une initiative citoyenne sans pouvoir de coercition — un appel à ne pas consommer ou financer une œuvre au nom d’un désaccord politique. Barbara Bouch fait face à la seconde option. Elle n’a pas été déprogrammée. Elle a fait face à l’expression d’un désaccord d’un collectif militant.

Jamais quand le rappeur Médine fait face à des déprogrammations en cascade sur décision politique de mairie — ce qui entre dans la case de la censure — on n’entend s’émouvoir autant sur les plateaux. Même chose quand l’humoriste Hakim Omiri voit son spectacle perturbé par le collectif militant Nous Vivrons, ou quand le RN attaque judiciairement les artistes Costa ou Kerchac pour leur couplet sur le morceau « Nassaran » dénonçant l’extrême droite, ou quand des conférences pro-palestiniennes sont déprogrammées. Là, personne ne s’émeut de la forme ou du fond, ni de qui est visé.

Une question de frontière

Au final, l’affaire Barbara Bouch pose une question simple. Où place-t-on la frontière entre la contestation politique légitime et l’atteinte à la liberté d’expression, voire le harcèlement ou la discrimination ? Une frontière qui, dans le débat public, semble parfois varier selon l’artiste concerné, selon la cause défendue et surtout selon le camp qui parle et celui qu’on cherche à abattre. C’est peut-être ça, au fond, le véritable sujet de cette polémique.

Sources

  • Le Média (vidéo YouTube)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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