LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

SociétéÉpisode 3/3

Barbara Bouch agressée à Grenoble : le tract antisémite qui accuse LFI

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-22
Illustration: Barbara Bouch agressée à Grenoble : le tract antisémite qui accuse LFI
© YouTube

Les faits

Tout commence le 31 mars 2026. Ce jour-là, le journal Le Point publie une tribune de soutien à la loi Yad. Ce texte législatif, depuis abandonné, visait notamment à interdire l'appel à la destruction d'un État reconnu par la France — Israël, mais aussi la Palestine. Parmi les 80 signataires : Barbara Bouch. La DJ, de confession juive, y appose son nom. Un geste politique. Un geste qui va lui coûter cher.

D'après le récit qu'elle livre à BFMTV, les attaques commencent immédiatement. Des militants pro-palestiniens la prennent pour cible sur les réseaux sociaux. Elle tente de se défendre sur Instagram en avril, rappelant son opposition au gouvernement israélien. Rien n'y fait.

Le 6 mai, le festival Cabaret Frappé annonce sa venue pour le 18 juillet. Les Insoumis de Grenoble réagissent. Leur compte Instagram publie un visuel choc : une photo de Barbara Bouch devant un drapeau LGBT, surmontée d'une étoile de David. Du sang coule sur son visage. Le message est clair : elle est juive, donc complice de la politique israélienne. Le tract circule. Une pétition est lancée par LFI. Elle recueille 364 signatures. Une quinzaine de publications sur le compte Instagram des Insoumis de Grenoble relaient l'appel au boycott, y compris quelques heures avant le concert.

Le 18 juillet, Barbara Bouch arrive au festival. Elle sait qu'il y a des appels au boycott. Elle a vu les tracts. Mais elle ne s'attend pas à ça. « Je pensais pas, je m'attendais pas à une telle violence », raconte-t-elle. Dès qu'elle monte sur scène, le public se divise. Une partie de la foule hurle. Des projectiles fusent. Des bouteilles en verre. Des cailloux. Elle doit interrompre son set. « J'ai eu peur que ça dégénère. J'ai eu peur pour les équipes, j'ai eu peur pour le public », confie-t-elle.

Les images de l'agression, diffusées sur les réseaux sociaux, montrent une scène de chaos. Des cris. Des bousculades. La DJ, protégée par son équipe, quitte la scène sous les huées. Le concert est annulé.

Le contexte

Barbara Bouch n'est pas une inconnue. Depuis sa prestation lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Paris 2024, elle est devenue une cible. L'extrême droite l'avait déjà prise pour cible à l'époque. Aujourd'hui, c'est l'extrême gauche qui l'attaque. « Je suis aussi une cible de l'extrême droite », rappelle-t-elle. « Même en ce moment, je suis en couverture d'un magazine d'extrême droite au côté d'un militant LFI. »

Les messages qu'elle reçoit sont d'une violence inouïe. « Sale juive ». « Hitler n'a pas fini son travail ». « On devrait faire du savon avec ta peau ». Des insultes antisémites, venues autant de l'extrême droite que de l'extrême gauche. « Autant », précise-t-elle.

Son histoire familiale est lourde. Sa famille a été prise lors de la rafle du Vélodrome d'Hiver. Ses proches ont fini dans les camps. « Ils ont jamais eu la possibilité de revenir de ces camps, de parler de leur histoire. Moi, je suis là comme l'héritière de tout ça », confie-t-elle.

La campagne de boycott, elle, repose sur un mensonge. Les militants LFI lui reprochent d'avoir animé la marche des fiertés à Tel Aviv en 2025. Cette marche n'a jamais eu lieu. L'événement avait été annulé. « Ce qui est reproché est faux », insiste-t-elle.

Le traitement judiciaire

L'enquête est en cours. Le procureur de la République de Grenoble a été saisi. L'avocate de Barbara Bouch, présente lors de l'interview sur BFMTV, annonce le dépôt d'une plainte. « Nous sommes en étroite collaboration avec le procureur de la République de Grenoble. Nous avons une communication à bâton rompu. Évidemment, nous allons déposer plainte pour ces faits entre ses mains », déclare-t-elle.

Les faits reprochés ? Entrave à la liberté d'expression. Violence en réunion. Injures antisémites. Appels à la haine. L'enquête devra déterminer si les militants LFI ont franchi la ligne rouge entre critique politique légitime et discrimination.

La section locale de La France insoumise, elle, affirme qu'il s'agissait d'une « manifestation pacifique ». Une version contredite par les images. Et par le témoignage de l'artiste.

Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, a reconnu un « mauvais tract ». Mais elle assure qu'il n'y a pas d'antisémitisme. Une position que Barbara Bouch refuse d'accepter. « Un mauvais tract, dit Mathilde Panot. Ce n'est pas un mauvais tract, c'est un tract purement antisémite. À un moment donné, je pense qu'il va falloir assumer les conséquences de ces paroles », répond-elle.

L'artiste demande-t-elle des excuses ? « Les excuses sont un peu tardives. Mais j'aimerais que les personnes assument la responsabilité de leurs actes. »

Ce que ça dit de la France

L'agression de Barbara Bouch n'est pas un fait isolé. Elle s'inscrit dans une escalade. Une escalade de la violence politique. Une escalade de l'antisémitisme.

« Il y a une montée de l'antisémitisme depuis trois ans. Et là, on a atteint un climax », constate l'artiste.

Le phénomène dépasse les clivages partisans. L'extrême droite attaque. L'extrême gauche aussi. Les juifs de France sont pris entre deux feux. Pris pour cible par ceux qui les voient comme des symboles d'Israël. Pris pour cible par ceux qui les voient comme des étrangers.

La question est simple : où s'arrête la critique politique légitime ? Où commence la haine discriminatoire ?

Barbara Bouch a signé une tribune de soutien à une loi. Une loi qui, rappelons-le, visait aussi à protéger la Palestine. Elle a été réduite à sa judéité. Son opinion politique n'a pas été discutée. Elle a été attaquée parce qu'elle est juive. Point.

« Ce que je reproche, c'est l'amalgame qu'on fait aux juifs. Dire aux juifs de devoir se justifier sur la politique israélienne, c'est pas normal. Moi, je suis juive française. J'ai des comptes à rendre sur la politique de mon pays dans lequel je vote. »

La liberté d'expression des artistes est en danger. Barbara Bouch en est convaincue. « Ce qui s'est passé samedi soir, c'est une preuve que la liberté d'expression est en danger. On peut ne pas être d'accord avec les positions de l'autre. De là à envoyer des cailloux, des bouteilles, ou à crier à hurler à tel point que j'entendais pas la musique... Moi, je suis pas une politicienne. Je suis une DJ. Je fais de la musique. Je fais de l'art. Je fais danser les gens. Et là, on m'en a empêché. »

Elle a été reçue par la ministre de la Culture, Catherine Pegar. « On est d'accord sur le fait qu'il faut faire attention à notre démocratie. Il faut faire attention aux artistes. Il faut empêcher l'entrave des artistes. »

Le président de la République, lui, ne l'a pas appelée. « Je me suis entretenue avec la ministre de la culture. J'ai eu aussi un conseiller de monsieur le président. »

Malgré la peur, Barbara Bouch maintient sa tournée. Samedi prochain, elle doit se produire à Saint-Martin-du-Tertre, dans le Rhône. « Je vais m'y rendre avec toujours le même panache, la même fierté de diffuser des messages de paix, d'amour, d'espoir. Et d'essayer encore de recréer du lien sur le dance floor. »

Elle refuse de céder à la peur. « Je céderai pas à cette peur qu'on essaie de me faire ressentir. Ni même à la colère. »

Mais elle est sous protection. Pas policière, mais une protection assurée par son équipe. « Je suis sous protection. »

Le festival Cabaret Frappé, lui, n'a pas publié de vidéo de sa prestation. Comme d'autres festivals cet été. « Tous les festivals dans lesquels j'ai joué n'ont fait aucune publication sur moi. Les personnes ont tellement peur de ce qui pourrait se prendre par des militants énervés qu'ils préfèrent effacer. »

Effacer. C'est le mot. Effacer les artistes juifs. Effacer ceux qui ne sont pas dans la ligne. Effacer la liberté d'expression.

L'affaire Barbara Bouch est un test. Un test pour la République. Un test pour la gauche. Un test pour la France.

La question reste posée : jusqu'où laisserons-nous la haine gangrener l'espace public ?

Le dossier est loin d'être clos.

Sources :

  • BFMTV : interview de Barbara Bouch et de son avocate, 21 juillet 2026
  • France 24 : reportage sur la campagne de boycott et le tract antisémite
  • Le Point : tribune de soutien à la loi Yad du 31 mars 2026
  • Compte Instagram des Insoumis de Grenoble : publications appelant au boycott
  • Compte Instagram du Cabaret Frappé : annulation de la publication sur la prestation de Barbara Bouch

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 3 · 2026-07-22

Barbara Bouch agressée à Grenoble : le tract antisémite qui accuse LFI

Sur le même sujet