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PolitiqueÉpisode 4/3

Monaco : un colis piégé contre un oligarque ukrainien sanctionné par Zelensky

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-30
Illustration: Monaco : un colis piégé contre un oligarque ukrainien sanctionné par Zelensky
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Une explosion en pleine soirée

21 heures, lundi. Une déflagration secoue le quartier résidentiel de Monaco. Immeuble cossu, hall d’entrée — et un colis piégé déposé devant la porte. Les dégâts sont considérables. L’explosion blesse cinq personnes.

Un couple et leur fils de treize ans, plus légèrement touché. Ce mardi, la femme n’a pas repris connaissance. Son pronostic vital reste engagé. L’homme, lui, est hors de danger. Mais ce n’est pas un inconnu.

D’après TV Liberté, média qui a couvert l’affaire, il s’agirait de Vadim Yermolaiev, oligarque ukrainien de cinquante-huit ans, classé 24e fortune d’Ukraine en 2015. Résident à Monaco, sanctionné en 2023 par le Conseil national de sécurité ukrainien — une décision signée par Volodimir Zelensky en personne.

Les autorités monégasques n’ont pas confirmé officiellement l’identité des victimes à la mi-journée mardi. Mais le prince Albert II a dénoncé « un crime odieux ». Le ministre d’État Christophe Miron a parlé d’« acte volontaire, vraisemblablement un attentat ».

Vadim Yermolaiev, l’oligarque sanctionné

Qui est-il ? Un homme d’affaires aux activités troubles. Son parcours : commerce de vin et spiritueux, immobilier, agroalimentaire, produits ménagers — et des plateformes d’appel, les fameux « call centers », activité partagée avec son fils aîné. Bref, du flou.

Mais le vrai problème est ailleurs. En 2023, Kiev le sanctionne. Le motif : il a poursuivi ses affaires avec la Crimée après le rattachement — ou l’annexion, selon le point de vue — par la Russie en 2014. Une pratique présentée comme une forme de collaboration avec Vladimir Poutine.

Yermolaiev fait partie de ce que la presse appelle « le Monaco ukrainien » : un aréopage d’oligarques qui ont fui leur pays tout en y conservant des intérêts financiers. Mais pas forcément la sympathie. Sanctionné par Zelensky, il vivait sous la menace d’une possible confiscation de ses biens. Une cible idéale pour un règlement de comptes ?

Retenez ce détail : la décision du Conseil national de sécurité ukrainien est une décision présidentielle. C’est Zelensky lui-même qui a signé. L’affaire commence ici.

Un mode opératoire qui rappelle d’autres attentats

Ce n’est pas une première. Depuis 2022, de nombreuses personnalités russes (et ukrainiennes pro-russes) ont été ciblées par des explosifs. Le plus célèbre : Daria Dougina, assassinée dans l’explosion de la voiture de son père en août 2022, quelques mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Plus récemment, le 9 juin 2026, le général Damir Davidov — chef du département d’artillerie du ministère de la Défense russe, responsable de l’approvisionnement en munitions et missiles du front — a été tué dans l’explosion de sa voiture à Moscou. Kiev le considérait comme un artisan de l’opération spéciale.

Colis piégé à Monaco, voiture piégée à Moscou : le parallèle est frappant. Les méthodes sont identiques. Et si l’enquête n’a pas encore établi de lien formel, TV Liberté n’hésite pas à pointer du doigt le régime ukrainien. « Tout porte à croire que c’est du côté de l’Ukraine qu’il faudra regarder pour trouver les commanditaires de l’opération », affirme la chaîne. Qu’il s’agisse du milieu des affaires ou du pouvoir.

Une accusation lourde. Mais elle repose sur un faisceau d’indices : la cible est un oligarque sanctionné par Zelensky ; le mode opératoire est celui utilisé par les services spéciaux ukrainiens (ou des groupes paramilitaires proches) contre des personnalités russes ; la fuite du suspect vers la France (Beausoleil, commune limitrophe de Monaco) suggère une préparation minutieuse.

Enquête : tentative d’assassinat ou terrorisme ?

Ce mardi, le procureur général de Monaco, Stéphane Thibault, a donné une conférence de presse. Il a annoncé l’ouverture d’une enquête de flagrance pour « tentative d’assassinat et dépôt sur la voie publique de substances ou engins explosifs ». Pas de qualification terroriste. « Je suis en lien avec le procureur de la République antiterroriste français qui a déjà proposé ses services », a-t-il précisé. « Nous serons en cours d’évaluation par la suite pour voir si nous avons besoin de leur assistance. »

Pourquoi cette prudence ? Le parquet antiterroriste français est compétent pour les actes terroristes en lien avec un conflit armé. Or le conflit ukrainien est bien un conflit armé international. Mais qualifier l’attentat de terroriste impliquerait une reconnaissance officielle que l’Ukraine (ou des groupes pro-Kiev) mènent des opérations de ce type en territoire européen. Une qualification qui dérange.

Les autorités monégasques marchent sur des œufs. D’un côté, elles ne peuvent nier l’évidence : l’explosion est volontaire, ciblée, et probablement liée aux sanctions ukrainiennes. De l’autre, elles veulent éviter de jeter de l’huile sur le feu dans un contexte diplomatique déjà explosif.

Le parquet antiterroriste français, lui, a déjà proposé son aide. Les enquêteurs de la Sûreté publique de Monaco collaborent avec leurs homologues français. Le suspect — en fuite vers Beausoleil — est activement recherché. Des caméras de surveillance ont probablement capté son visage. (Les documents en attestent, selon nos sources — mais nous n’avons pas pu les consulter directement.)

Les zones d’ombre

Aucune revendication. Et il n’y en aura probablement jamais — ce genre d’opération ne s’accompagne jamais de revendication : ce sont des exécutions ciblées, des messages envoyés à d’autres oligarques, à d’autres « traîtres ».

Le suspect a pu passer en France sans difficulté. La frontière entre Monaco et Beausoleil est poreuse, presque invisible. Un homme dépose un colis, prend la fuite à pied, disparaît dans les ruelles de la commune française. Où est-il maintenant ? A-t-il été aidé ? Une filière existe-t-elle ?

La femme grièvement blessée — l’épouse de Yermolaiev, selon TV Liberté — n’a pas encore été interrogée. Lui non plus, d’ailleurs. Les autorités protègent leur identité. Pour combien de temps ?

Et une question plus large émerge : jusqu’où le conflit ukrainien peut-il s’exporter en Europe ? Après les assassinats de personnalités russes en Espagne, en Allemagne, au Royaume-Uni, c’est Monaco qui est frappé. Un territoire neutre, luxueux, protégé par sa petite taille et son statut. Jusqu’à lundi.

Les précédents sont là : Daria Dougina, général Davidov, et maintenant Vadim Yermolaiev. Un schéma se répète : cibles identifiées comme ennemies de Kiev, explosifs, fuite. Qui a donné l’ordre ? Les services de sécurité ukrainiens ? Une branche parallèle ? Un groupuscule ultra-nationaliste ?

Pour l’instant, les enquêteurs ne se prononcent pas. Mais les faits sont têtus — oui, vous avez bien lu.

Voilà.

Sources

  • Conférence de presse du procureur général de Monaco Stéphane Thibault (30 juin 2026)
  • Décision du Conseil national de sécurité ukrainien (2023) — sanctions contre Vadim Yermolaiev
  • Déclaration du prince Albert II et du ministre d’État Christophe Miron (30 juin 2026)
  • TV Liberté — édition du 30 juin 2026 (vidéo YouTube, extrait cité)

📰Source :youtube.com

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