Monaco : un colis piégé contre l'oligarque ukrainien Vadim Yermolaev

Accroche
Monaco n’a pas l’habitude de voir des hélicoptères survoler ses toits la nuit. Pas pour une chasse à l’homme. Pourtant, le soir du 28 juin 2026, deux appareils tournent au-dessus du quartier des Moulins. En bas, 200 policiers monégasques et 35 gendarmes français quadrillent les rues. Une photo circule sur les téléphones des agents : celle d’un individu coiffé d’un bob noir, aperçu furtivement par les caméras de surveillance avant de disparaître vers la commune française de Beausoleil. « C’est une scène de guerre », témoigne un riverain, arrivé parmi les premiers sur les lieux.
L’explosion a retenti à plusieurs centaines de mètres. Les fenêtres de l’immeuble ont volé en éclats. Un couple gît au sol : l’homme, blessé, sa femme, la jambe arrachée. Un adolescent, touché lui aussi, est pris en charge par les secours. « J’ai vu une dame affalée sur le bord des escaliers. On avait l’impression qu’elle était encastrée. Puis j’ai vu son ventre bouger — elle était vivante », raconte Sylvano Hippolito, habitant de l’immeuble voisin. Les blessés sont évacués en urgence absolue vers l’hôpital. Le choc est total dans cette principauté où la violence de rue est quasi inexistante. « Habituellement, c’est une bulle ultra sécurisée. Les gens se sentent vraiment en sécurité », confie un témoin.
Les faits
Commençons par le commencement. Les enquêteurs reconstituent la chronologie grâce aux 1400 caméras qui quadrillent les 2 km² du Rocher. Le 26 juin 2026, à 22h30, un individu effectue un premier repérage autour de l’immeuble ciblé. Le lendemain, 27 juin, à 7h, il revêt la même tenue — short, t-shirt, bob noir — et parcourt à nouveau le cheminement. Le 28 juin, jour de l’attentat, c’est une personne de sexe féminin qui procède aux mêmes repérages. Le soir venu, la famille Yermolaev regagne son domicile par une volée d’escalier. L’individu les attend sur une placette, les voit arriver dans son dos, puis se dirige vers l’entrée de l’immeuble. Il dépose un sac, s’assure que ses cibles montent les marches, et déclenche l’explosif. « Le mode opératoire est assez professionnel », note un enquêteur. « Ce n’est pas un travail d’amateur. »
Il faudra 96 heures pour identifier le suspect. Les images de vidéosurveillance, croisées avec les analyses téléphoniques, révèlent son identité : Anastasia Beryozovska, 39 ans, de nationalité ukrainienne. Un mandat d’arrêt international est émis par Interpol. La traque devient mondiale. « La relative sophistication de l’engin explosif et le modus operandi semblent indiquer que la personne qui a posé l’engin n’a pas agi seule », indique le communiqué officiel.
Le contexte
Qui est Vadim Yermolaev ? Cet homme d’affaires ukrainien de 58 ans est la 45e fortune d’Ukraine, avec un patrimoine de 190 millions de dollars. Sa fortune, bâtie dans les années 1990 à Dnipro, une ville industrielle du sud de l’Ukraine, provient de rachats d’entreprises privatisées — notamment dans le bâtiment et la fabrication de détergents. Comme beaucoup d’oligarques, il a profité de l’effondrement de l’URSS pour accumuler des biens à bas prix. Mais son parcours est sulfureux. En 2023, Volodymyr Zelensky a signé un décret présidentiel gelant ses avoirs et lui imposant dix ans de sanctions financières pour « collaboration avec l’ennemi » — selon la source, il est accusé d’avoir poursuivi des activités commerciales en Crimée après son annexion par la Russie en 2014, payant ainsi des impôts à Moscou. Yermolaev a toujours rejeté ces accusations.
Son univers dépasse largement les frontières ukrainiennes. Selon la source, son fils a été interpellé à Chypre dans une arnaque de 150 millions d’euros. Un ami ou collaborateur de son fils a été retrouvé tué, démembré, à Bali. « On voit bien que cet homme d’affaires navigue dans un univers d’ultraviolence et de grand banditisme », analyse un expert. Yermolaev possède une banque en Estonie, des comptes à Monaco, et a demandé la citoyenneté chypriote — un passeport qui s’achète et donne accès à l’espace Schengen. Il aurait transféré la majeure partie de sa fortune hors d’Ukraine.
À Monaco, il n’est pas seul. La presse ukrainienne a ironiquement surnommé les oligarques ukrainiens installés sur le Rocher le « bataillon Monaco ». « Sur le Rocher, les plaques d’immatriculation bleu et jaune sont légion », constate le reportage. « Ces ultra-riches ont fui la guerre et placé leur argent en sécurité en Occident. Ils profitent de la belle vie sur la Côte d’Azur, très loin du conflit. »
Le traitement judiciaire
L’enquête progresse sur plusieurs fronts. Le 3 juillet 2026, le procureur a tenu une conférence de presse pour faire le point. Il a confirmé qu’Anastasia Beryozovska était activement recherchée via Interpol, et que l’hypothèse d’une action commanditée était privilégiée. Les enquêteurs cherchent à déterminer le mobile : règlement de comptes lié aux activités de Yermolaev, pression politique, ou encore conflit entre oligarques. « On est clairement dans un acte mafieux », commente un spécialiste.
Pour l’instant, les circonstances exactes qui ont permis à la suspecte d’agir sans être repérée plus tôt restent floues — malgré les 1400 caméras. Le mode opératoire professionnel et l’utilisation d’un explosif sophistiqué suggèrent une organisation criminelle rodée. Le parquet n’a pas communiqué sur la nature exacte de l’explosif ni sur d’éventuelles revendications. La présomption d’innocence s’applique à Anastasia Beryozovska.
Ce que ça dit de la France
Retenez ce détail : Monaco est une principauté souveraine, mais c’est la France qui garantit sa sécurité — par la présence de gendarmes français, par une frontière commune, et par une subvention annuelle d’environ un milliard d’euros, dénoncée dès 2000 par le rapport Montebourg. Ce rapport de 164 pages, publié par l’Assemblée nationale, accusait Monaco d’« organiser le blanchiment de capitaux illicites » : absence de déontologie bancaire, législation garantissant l’anonymat des transactions, manque de coopération internationale. L’OCDE avait alors inscrit le Rocher sur sa liste noire des paradis fiscaux non coopératifs.
Vingt-cinq ans plus tard, la situation a-t-elle vraiment changé ? Selon la source, l’Union Européenne a classé Monaco sur sa liste des juridictions présentant un « fort potentiel de blanchiment d’argent ». Comme le rappelle le documentaire, « Monaco a construit sa prospérité sur l’axiome que l’argent n’a jamais d’odeur ».
Vadim Yermolaev, sanctionné par Kyiv pour avoir collaboré avec Moscou, vivait à Monaco, y circulait en Bentley. L’explosion de son immeuble n’est pas seulement un fait divers. C’est le symptôme d’une zone grise où l’argent sale peut circuler en paix, tant qu’il ne fait pas trop de bruit. Les hélicoptères sont repartis. Les caméras continuent de filmer. Mais l’image de Monaco, « zone la plus sécurisée au monde », en ressort profondément fissurée.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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