Assureurs : le grand désengagement climatique qui condamne vos maisons
107 milliards — et tout ce qui reste sur le carreau
Vertige : 107 milliards de dollars de pertes assurées en 2025. Mais ce n'est que la partie visible. Ajoutez les dommages non couverts — 220 milliards au total.
La part non assurée atteint 58% dans le monde. En Europe, 65%. Dans les économies émergentes, 80 à 90% (transcript). Résultat : des populations entières livrées à elles-mêmes quand la tempête passe.
Mathilde Vienna, chef de projet au département environnement du Haut commissariat à la stratégie et au plan, pose le problème : « La question c'est vraiment est-ce que demain les assureurs vont pouvoir couvrir l'ensemble des logements ? » (transcript).
La réponse est non. Déjà, non.
Le changement climatique transforme des événements rares en certitudes statistiques. « Quand c'est plus fréquent, ça devient presque certain. On sait que tous les 5 ans ce village sera sous l'eau. Quand c'est certain, pour les assureurs ce n'est plus rentable », explique-t-elle (transcript).
C'est mécanique. Les assureurs ne sont pas des philanthropes — ce sont des entreprises qui doivent dégager des profits. Si un risque devient trop prévisible, ils le retirent de leurs grilles. Tant pis pour les propriétaires.
Ils le savent depuis un demi-siècle. Dès les années 1970, Munich Re — l'un des plus grands réassureurs mondiaux — alertait sur le risque climatique (transcript). Ils ont les modèles. Ils ont les données. Ils savent ce qui vient.
Ils continuent pourtant d'alimenter la machine.
Le Fair Plan californien — ou comment faire payer les sinistrés deux fois
Donald Trump a tweeté le 26 avril 2026. Sa solution pour les incendies californiens ? « J'ai obligé les assureurs à payer » (transcript). Belle promesse. La réalité est tout autre.
Le système californien s'appuie sur le Fair Plan. Un mécanisme que Tomer, chargé de campagne assurabilité des risques climatiques à l'ONG Reclaim Finance, décrit sans fard : « Lorsqu'il y a une catastrophe climatique trop importante qui dépasse le milliard de dollars de pertes, les assureurs ont le droit de retranscrire ces pertes à 100% sur les primes de leurs assurés sur l'ensemble du territoire » (transcript).
Traduction : après un incendie dévastateur, ce sont les assurés qui paient la facture. Une solidarité forcée qui fait grimper les primes à des niveaux astronomiques. « On a des ménages qui paient aujourd'hui pratiquement plus de 10 000 dollars à l'année pour assurer leur maison », précise Tomer (transcript).
10 000 dollars par an. Pour une maison. Oui, vous avez bien lu.
Et ce n'est pas un cas isolé. En Californie, certaines zones sont devenues quasi impossibles à assurer. Les assureurs se retirent, laissant les propriétaires sans filet.
Wells Fargo, la banque mentionnée par Trump dans son tweet, est dans le viseur du président pour ses pratiques « difficiles à gérer » (transcript). Mais le problème est plus profond. Bien plus profond.
Le Fair Plan n'est pas une solution miracle. C'est un pansement sur une hémorragie. Il mutualise les pertes, certes, mais il les répercute intégralement sur les assurés. Ceux qui ont déjà perdu leur maison paient deux fois : une fois dans les flammes, une fois dans leurs primes.
La méthode Trump — un tweet, des menaces, des déclarations musclées — ne changera rien à l'équation fondamentale. Le changement climatique rend certains risques trop fréquents, trop intenses, trop certains. Les assureurs fuient. Et les mécanismes de solidarité forcée ne font que déplacer la douleur.
France : les signaux faibles qui annoncent la tempête
On pourrait croire que la France est protégée. Grâce au régime CatNat et au Bureau central de tarification, l'État peut imposer une couverture aux assureurs récalcitrants. « En France, si quelqu'un ne trouve pas d'assurance catastrophe naturelle, cette personne peut se tourner vers l'État pour que l'État impose », rappelle Mathilde Vienna (transcript).
Le coût ? Environ 50 euros par an en moyenne pour l'assurance des événements climatiques extrêmes. Ce qui s'ajoute à la prime multirisque habitation classique — 400 à 500 euros (transcript). Un tarif fixe pour tout le monde, grâce à une solidarité nationale.
Mais les fissures apparaissent.
Dans les outre-mer, plus que quatre compagnies proposent des contrats d'assurance. Quatre. Pour des territoires entiers exposés aux cyclones, aux inondations, à la montée des eaux (transcript).
Dans le Nord, des ménages ne trouvent plus de contrat après des inondations répétées. « Chaque canicule est durement touchée par les inondations », dit Mathilde Vienna (transcript). La formule est maladroite, mais le constat est implacable.
Les collectivités locales sont les premières victimes. Le 8 janvier 2025, Robert Rochaud, maire adjoint aux finances de Poitiers, s'exprimait sur les difficultés de sa ville à assurer ses bâtiments publics (transcript). Il a dû relancer des appels d'offre, sans garantie de résultat.
« Concrètement, ça veut dire que s'il y a une école qui brûle, la construction devra être assurée par des moyens propres de la collectivité », expliquait-il (transcript).
Les écoles. Les mairies. Les équipements sportifs. Autant de biens publics qui deviennent trop coûteux à assurer. Les maires se retrouvent seuls face aux risques.
Mathilde Vienna confirme : « Les biens publics font partie de ces biens qui sont trop coûteux, trop chers pour les assurances. Les maires se retrouvent sans couverture » (transcript).
Le risque le plus cher à venir ? La sécheresse. Le retrait-gonflement des argiles — RGA — concerne presque la moitié des maisons en France (transcript). Ce phénomène, amplifié par le changement climatique, fait fissurer les fondations. Les réparations coûtent des dizaines de milliers d'euros. Et les assureurs commencent à s'en détourner.
Les données vérifiées confirment la tendance : entre 2018 et 2024, les tarifs d'assurance habitation ont grimpé de 58% au niveau national (source : assurances.fm). Le montant des indemnisations liées aux catastrophes naturelles a atteint en moyenne 7,16 milliards d'euros par an en France sur la période 2022-2024 (source : linfodurable.fr). Et ce n'est qu'un début. L'augmentation attendue du coût des catastrophes naturelles d'ici 2050 est estimée entre 47% et 85% (source : banquedesterritoires.fr).
Le paradoxe des assureurs : pompiers pyromanes
Voici le cœur du problème.
Les assureurs alertent sur le risque climatique depuis les années 1970. Munich Re, le géant allemand de la réassurance, a été le premier à tirer la sonnette d'alarme (transcript). Aujourd'hui, tous les grands acteurs — AXA, Allianz, Generali — publient des rapports sur le changement climatique, ses impacts, ses coûts.
Mais ils continuent d'investir dans les énergies fossiles. Et pourtant.
Tomer, de Reclaim Finance, ne mâche pas ses mots : « Les assureurs sont des pompiers pyromanes. Ils alimentent eux-mêmes ces risques. Ils continuent de couvrir les expansions des énergies fossiles, les nouveaux terminaux de gaz naturel liquéfié » (transcript).
En France, AXA assure des nouveaux projets pétro-gaziers (transcript). Ces projets sont extrêmement émetteurs de gaz à effet de serre. Ils contribuent directement à l'accélération du dérèglement climatique qui produit les catastrophes que les assureurs prétendent combattre.
C'est un double jeu. D'un côté, les assureurs se présentent comme des acteurs responsables, engagés dans la transition écologique. De l'autre, ils continuent de financer et d'assurer l'industrie fossile qui détruit le climat.
Et ils gagnent de l'argent. Beaucoup d'argent.
Les grands assureurs — AXA, Allianz, Generali — affichent des résultats records dans une période de crise climatique émergente. « Même sur leur branche isolée dommage, celle qui est concernée par les risques climatiques, ils font des résultats positifs », souligne Tomer (transcript).
Comment est-ce possible ? Parce que les primes augmentent plus vite que les sinistres. Parce que les assureurs sélectionnent leurs risques, abandonnant les plus exposés. Parce que, en France, le régime CatNat et la solidarité nationale absorbent une partie des coûts.
Pendant ce temps, les actionnaires touchent leurs dividendes.
Les ménages paient de plus en plus cher
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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