Barbe bleue de l'Essonne : 30 ans pour le mari qui tuait pour l'assurance

Un million en poche, une femme dans le coma
8 millions d'euros. C'est ce que devait toucher Djamel Lelmi si Julie mourait. 2 millions s'il perdait Kathleen. L'addition est simple. Le calcul, macabre.
Janvier 2007. Kathleen souscrit quatre assurances décès. Pas une, pas deux. Quatre. Au profit exclusif de son mari de quatre mois. Un mariage célébré en cachette — sans invité, sans famille, sans ami. Brigitte, la mère de Kathleen, l'apprendra après la mort de sa fille.
"Voilà l'assurance décès qui est souscrite par Kathleen, bénéficiant en cas de décès mon conjoint", détaille Maître Lacan, avocat des assurances. "Je souhaite être garanti pour un capital de 500 000 euros. Je souhaite opter pour le doublement de ce capital en cas de décès accidentel."
Doublement. Accident. 2 millions d'euros — oui, vous avez bien lu.
Le 30 janvier 2007, Kathleen part faire du vélo avec son mari. Route non éclairée. Habits noirs. Une voiture la percute. Puis prend la fuite.
Le mari joue la comédie du désespoir. Il s'allonge sur le corps de sa femme, l'empêche de respirer. Un pompier bénévole arrive sur place. Il propose son aide. Lelmi refuse catégoriquement.
Il faudra trois hommes pour l'arracher à sa proie. Voilà.
"Est-ce qu'elle bouge ?" demande-t-il.
Pas "est-ce qu'elle va bien ?" Pas "appelez une ambulance". "Est-ce qu'elle bouge ?" La question du chasseur qui vérifie si le gibier est mort.
Les secours l'emmènent à l'hôpital. Six jours de coma. Sa mère Brigitte arrive, découvre sa fille "belle, trop belle", avec Lelmi au chevet. "Ce garçon, je le connais pas, j'ai jamais vu moi", souffle-t-elle aujourd'hui.
Kathleen meurt. Lelmi empoche plus d'un million d'euros.
Pourquoi les assurances ont-elles payé ? Pourquoi l'enquête initiale a-t-elle conclu à un simple accident ? Ces questions pourrissent le dossier depuis 2007.
L'argent de Kathleen ne suffit pas. En octobre 2009, il rencontre Julie
Djamel Lelmi a encaissé l'argent. Il cherche la suivante.
Dans un parc de loisirs pour enfants, il rencontre Julie, 26 ans, mère célibataire de deux petites filles. Il est veuf depuis deux ans, patron d'un parc de jeux. Le prince charmant moderne : il offre des passes pour les attractions, des pop-corns, des glaces aux enfants.
"C'est vraiment l'attitude qu'il a eue avec mes enfants qui m'a vraiment fait craquer", confie Julie.
Elle tombe amoureuse. Il lui promet un avenir radieux. Le voyage en Algérie pour présenter la future épouse à sa famille. Mais pour obtenir un visa, il faut des garanties financières. Des assurances décès.
"Pour moi, c'était des souscriptions de contrat bidons", explique Julie. "Il disait que j'étais une Pierre Richard, que le voyage, si jamais j'avais la tourista ou une entorse, je pourrais pas être rapatriée."
Elle signe quatre contrats. Comme Kathleen. Même nombre. Mêmes clauses. Vous voyez un schéma ? Avec un détail qui tue : si elle meurt dans un accident, le montant atteint plus de 7 millions d'euros.
Sept millions. Pour un homme qui a déjà touché un million.
Le 20 décembre 2009, Julie part pour le Maroc. Première escale avant l'Algérie. Le couple ne prend pas le même avion — Lelmi voyage un jour avant. Il la rejoint tard dans la soirée à l'hôtel. Ils quittent les lieux dans deux voitures séparées.
Elle le suit. Il fait nuit. Route sans éclairage. Elle le perd de vue.
Soudain, une voiture la pousse par derrière, phares allumés. Elle sort de la route, s'immobilise. Deux hommes ouvrent les portières. L'un l'attrape par les bras, l'autre l'arrache par les cheveux, lui fracasse la tête sur le volant, frappe ses cervicales.
"C'est ce qui l'a fait, je pense, fuir", dit-elle.
Julie est persuadée que Lelmi était l'un des agresseurs. Quand ses cervicales craquent, elle perd connaissance. Pour elle, c'était la mort annoncée.
"Il n'a pas d'âme, c'est l'enfant du diable"
Julie survit. De justesse.
Son état est critique : moelle épinière touchée, plusieurs cervicales brisées, hématomes sur tout le corps. Son père Thierry reçoit l'appel. Il prend l'avion sans savoir s'il a de quoi s'habiller.
"Quand je suis rentré dans la chambre, je croyais qu'elle était morte ma fille", raconte-t-il. "Elle était tellement dans un état pitoyable, elle ne bougeait plus."
Six interventions chirurgicales. Six mois de convalescence. Julie retrouve l'usage de son corps. Mais les séquelles sont permanentes.
"Tout ce qui est l'aspirateur, passer la serpillière, faire les nettoyages de vitres, sont très difficiles pour moi au quotidien", explique-t-elle.
Sa colère, elle, ne passe pas — et on la comprend.
"Je serais toute ma vie en colère contre ce qu'il m'a fait", dit
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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