Mehdi Lyoubi, le rappeur français que le Maroc retient sans motif

L’arrestation
Les faits remontent au vendredi 10 juillet. Mehdi Lyoubi — connu sous le nom de scène Mehdi Black Wind — se trouve dans la salle d’embarquement de l’aéroport de Rabat-Salé. Il vient de terminer des repérages pour son prochain documentaire. Selon le récit de son comité de soutien, rapporté par RFI, il est interpellé sans explication et informé d’une interdiction de quitter le territoire. Trois jours plus tard, le 13 juillet, il est convoqué au commissariat et placé en garde à vue.
D’après les informations publiées sur le blog de Mediapart, l’artiste n’a reçu aucun document officiel précisant les charges retenues contre lui. « On n’a pas encore accès au chef d’accusation de Mehdi. Et ça même est une violation de ses droits, que l’information ne soit encore pas claire », déclare Zineb Karoubi, membre du comité de soutien, dans un entretien recueilli par Ouda Ibrahim pour RFI.
Le contexte
Mehdi Lyoubi vit en France. Il est connu pour son engagement citoyen, notamment en faveur du mouvement Gen Z, qui milite pour les libertés publiques et la justice sociale au Maroc. En septembre 2025, il se produisait au festival L’Boulevard de Casablanca devant plus de 50 000 personnes. Son court-métrage Mickey Mat a été primé au festival de Valence. Son travail de documentariste explore les fractures de la société marocaine.
Son arrestation s’inscrit dans un climat de répression plus large. Le même jour, le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a été placé en garde à vue pour « propos diffamatoires », selon Le Parisien Faits Divers. Plusieurs rappeurs et jeunes activistes de la Gen Z sont actuellement emprisonnés, en attente de verdict. « Il y a eu aussi plusieurs procès de plusieurs rappeurs au Maroc. Trois rappeurs récemment », rappelle Zineb Karoubi.
Les sources divergent sur la qualification exacte des faits reprochés à Mehdi Lyoubi. RFI évoque une « interdiction de quitter le territoire » sans autre précision. Le Parisien, dans sa couverture vidéo, titre sur une « Erreur sur la personne » — une expression qui pourrait renvoyer à une confusion d’identité, mais qui n’est pas confirmée par les autorités marocaines. Aucun document officiel n’a filtré. Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.
Le traitement judiciaire
La garde à vue de Mehdi Lyoubi se poursuit. Son comité de soutien dénonce une détention arbitraire. « C’est une question de liberté d’expression pour son engagement dans tout ce qu’il fait », insiste Zineb Karoubi. Une tribune publiée sur Mediapart, signée par 500 personnalités — artistes, intellectuels, élus — réclame sa libération immédiate et la transparence sur les motifs de son arrestation.
Les autorités marocaines n’ont pas répondu aux sollicitations des médias. Aucun juge d’instruction n’a été officiellement saisi, du moins publiquement. Le flou juridique est total. « En fait, son arrestation survient dans un contexte de répression au Maroc et d’arrestation de plusieurs activistes, artistes, journalistes qui parlent de ce qui ne va pas, qui écrivent, qui chantent, qui filment », analyse Zineb Karoubi.
Ce que ça dit de la France
Ce fait divers dépasse le simple cas individuel. Mehdi Lyoubi est citoyen français. Son arrestation pose une question diplomatique : que fait la France quand l’un de ses ressortissants est détenu sans charge à l’étranger ? Le Quai d’Orsay, interrogé par plusieurs médias, n’a pas communiqué. Silence.
Mais au-delà de la diplomatie, cette affaire révèle une tension plus profonde. La France entretient avec le Maroc des relations économiques et sécuritaires étroites. Trop étroites, diront certains, pour que Paris exerce une pression réelle sur Rabat en matière de droits humains. Le cas de Mehdi Lyoubi n’est pas isolé : des dizaines de binationaux sont aujourd’hui incarcérés au Maroc pour des motifs politiques. La liberté d’expression, en France comme ailleurs, reste un combat permanent.
Retenez ce détail : Mehdi Lyoubi n’a pas été arrêté pour un crime, un délit ou une infraction flagrante. Il a été arrêté parce qu’il filmait, qu’il chantait, qu’il écrivait. Parce qu’il donnait la parole à une jeunesse qui réclame des comptes. Le dossier est loin d’être clos.
Sources :
- RFI (YouTube) – « Maroc : arrestation du rappeur El Mahdi Lyoubi, alias Mehdi Black Wind »
- Le Parisien (YouTube) – « Erreur sur la personne : L’ICE de nouveau au cœur d’un scandale »
- Le Parisien Faits Divers (RSS) – « Maroc : le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet en garde à vue pour “propos diffamatoires” »
- Mediapart (blog) – témoignages et tribune
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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