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Michel Ambras : 25 ans de prison pour le tortionnaire à la perceuse de La Celle-Saint-Cloud

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-13
Illustration: Michel Ambras : 25 ans de prison pour le tortionnaire à la perceuse de La Celle-Saint-Cloud
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Le 16 avril 1996, Willy Pomonti est découvert mort dans sa maison du 15 allée Horace Vernet, à La Celle-Saint-Cloud. Il a été torturé avec une perceuse en mode marteau‑piqueur, puis tué à coups de masse. Son corps porte des trous de six centimètres de profondeur dans le genou et le poignet. La scène de crime est un abattoir. Pendant dix ans, l’enquête piétine. Puis une réforme du fichier ADN permet d’identifier un petit escroc sans passé violent : Michel Ambras. En 2010, il est condamné à 25 ans de réclusion criminelle. La famille Pomonti, elle, cherche encore la vérité.

« C’était de la barbarie dans toute son horreur »

Mardi 16 avril 1996, 9h45. Le commissariat de La Celle-Saint-Cloud reçoit un appel paniqué. C’est Pierre, le voisin de Willy Pomonti. Il vient de découvrir le corps inanimé de l’architecte retraité de 69 ans. Les policiers arrivent trois minutes plus tard. La porte d’entrée est ouverte. Pas de trace d’effraction. Dans le salon, des tiroirs renversés, des papiers éparpillés, un poste de télévision déplacé. Tout indique un cambriolage.

Mais le couloir raconte une autre histoire. « On avance vers un couloir où on commence à voir des traces de sang, des objets épars au sol », raconte le commandant Frédéric Ackermann, de la PJ de Versailles. « On voit par terre une perceuse, couverte de sang. » Une mèche à béton encore vissée. Un escabeau maculé de rouge. « On a l’impression d’un acharnement. »

Au bout du couloir, la chambre. Willy Pomonti gît dans une mare de sang, les pieds attachés, les mains liées. « La tête écrabouillée, le sang partout », résume un enquêteur. À côté du corps, une masse ensanglantée. L’autopsie, réalisée le 17 avril à l’institut médico-légal de Garches, confirme l’horreur : la victime a été perforée au genou et au poignet par une perceuse utilisée en mode percussion, sur six centimètres de profondeur. Ces blessures ont été infligées avant la mort. « Les douleurs ont été telles qu’elles ont provoqué un arrêt cardiaque », conclut le rapport.

Pourquoi tant de violence ? Willy Pomonti est un homme sans histoire. Il ne fermait jamais sa porte à clé. Il recevait volontiers ses voisins. Sa femme vit séparée mais en bons termes dans le Sud. Ses enfants, Eric et Florence, sont anéantis. « J’ai appelé mon père, personne n’a répondu », sanglote Florence. « J’ai dû admettre ce qu’on me disait. »

Dix ans de silence, une voiture et cinq toxicomanes

Les enquêteurs récoltent une moisson d’indices. Dans le cendrier du salon, des mégots de trois marques différentes. Deux ADN inconnus. Dix-neuf empreintes digitales non identifiées. Des traces de pas de chaussures Nike. Une perceuse et une masse ensanglantées. Pourtant, aucune correspondance au fichier des empreintes digitales. Personne n’est fiché.

Le 30 avril 1996, la Renault 5 Baccarat de Willy Pomonti est retrouvée sur un parking d’Ivry-sur-Seine, à vingt kilomètres de là. Une cité populaire, connue pour ses trafics. Dans le coffre, des traces d’objets lourds. Un appel anonyme signale des jeunes traînant autour de la voiture. Cinq toxicomanes sont interpellés le 14 mai. Leurs chaussures de sport ressemblent aux traces relevées dans le sang. Leurs cigarettes correspondent aux mégots. Mais les empreintes digitales ne matchent pas. Alibis vérifiés. Tous relâchés.

Pendant sept ans, plus rien. Le dossier sommeille. La famille désespère. « Notre espoir, ça me nuit vraiment beaucoup, de retrouver un jour l’assassin », confie Eric Pomonti. « Mais il ne faut pas que le dossier soit clos. »

Le mégot qui change tout

En 2006, une réforme du fichier national des empreintes génétiques (FNAEG) élargit son périmètre. Jusqu’alors réservé aux criminels sexuels, il inclut désormais tous les auteurs de délits. 17 000 profils. La juge d’instruction Marie‑Odile de Villers tente le tout pour le tout. « Je vais retenter une comparaison », se dit‑elle. « C’était une bouteille lancée à la mer », se souvient un enquêteur.

Le 9 juin 2006, le miracle. Un profil correspond à l’ADN prélevé sur un mégot chez Willy Pomonti. Nom : Michel Ambras. Surnom : le roi du chéquier volé. Ce petit escroc a été fiché pour des vols mineurs. Son ADN a été prélevé lors d’une garde à vue. « La certitude qu’on a, c’est qu’on a quelqu’hui dont on est sûr qu’il a été chez Monsieur Pomonti », dit Ackermann.

Ambras est arrêté le 13 septembre 2006. Il nie immédiatement. Puis il change de version. « Ce n’est pas moi, c’est Patrick Lepetit », lâche‑t‑il. Patrick Lepetit, un délinquant violent connu pour vols avec violence. Mais les enquêteurs vérifient : aucune empreinte digitale de Lepetit sur la scène de crime. Et surtout, Lepetit travaillait de 19h à 8h le soir du meurtre. « Il ne peut pas avoir été à La Celle-Saint-Cloud », tranche un policier. Pire : Patrick Lepetit est mort en prison en 2005, d’un cancer. Ambras accuse un mort.

La suite est édifiante. Pendant deux ans, Michel Ambras reste en détention provisoire sans donner d’autre explication. Le 3 septembre 2008, une reconstitution est organisée sur les lieux du crime. Ambras refuse de mimer les gestes de torture. Il se montre « digne, un peu trop », selon un témoin. À un moment, des policiers plaisantent. Ambras les rappelle à l’ordre : « Comment osez‑vous plaisanter dans cette maison où il y a eu un tel drame ? Vous devriez avoir du respect pour la victime. » Les enquêteurs y voient une comédie. « Il joue la comédie », résume l’un d’eux.

Le procès : un petit escroc face à l’horreur

Le 13 septembre 2010 s’ouvre le procès de Michel Ambras devant la cour d’assises des Yvelines. Quatorze ans après les faits. La famille Pomonti attend ce moment avec angoisse. « J’avais l’impression de faire un retour très violent dans le passé », confie Florence. « Pendant des années, j’imaginais un être barbare. Quand j’ai vu Michel Ambras, j’ai vu quelqu’un de très distingué. »

Dans le box, Ambras est calme, poli, sûr de lui. Il ne s’énerve jamais. Il maintient sa version : Patrick Lepetit a tué, lui n’a fait que le guet. Mais les preuves l’accablent : son ADN sur un mégot, sa présence chez la victime, l’absence totale de traces de Lepetit. L’avocat général requiert 30 ans de réclusion criminelle. « C’est l’avant‑dernière marche avant la perpétuité », souligne‑t‑il.

Les avocats d’Ambras plaident le doute. « M. Ambras n’a pas le profil du tortionnaire », argue l’un d’eux. « Il n’a jamais commis d’acte de violence. » Effectivement, son casier ne mentionne que des escroqueries et des vols mineurs. Mais l’horreur des faits est indélébile. Le médecin légiste décrit les tortures. Une photo tombe accidentellement sous les yeux de Florence. « C’était un choc », dit‑elle.

Et pourtant, Ambras demande pardon à la famille. « J’aurais dû appeler les secours », déclare‑t‑il. Florence explose : « Comment il peut arriver à me dire ça ? C’est ignoble. » Les jurés délibèrent. Le verdict tombe : 25 ans de réclusion criminelle. Moins que les 30 requis. Ambras ne fait pas appel. Il sort du box impassible.

« Il y a une seule personne qui détient la vérité : Michel Ambras »

La condamnation est prononcée. Mais les questions demeurent. Était‑il seul ? Pourquoi tant de violence contre un retraité sans histoire ? Quelle était la véritable raison de cette torture ? Michel Ambras n’a jamais donné de mobile crédible. La famille Pomonti reste convaincue qu’il cache quelque chose. « C’est le secret de M. Ambras, qu’il est libre de garder pour lui », lâche Eric.

Florence, elle, rêve d’une confrontation sans micro, sans caméra. « Un jour j’aurais envie de lui dire : écoutez, maintenant il n’y a plus de micro. Expliquez‑moi, pourquoi ce jour‑là ? Pourquoi mon père ? Pourquoi tout ça ? » Mais elle sait que la vérité est enterrée avec le silence de l’accusé. « Il n’y a que lui qui sait. »

L’affaire Pomonti‑Ambras illustre les limites de la justice. Une preuve ADN a mis dix ans à aboutir. Un petit escroc a été capable d’une barbarie inouïe. Ou peut‑être a‑t‑il protégé un commanditaire. Les archives judiciaires resteront muettes. La famille, elle, continue de vivre avec l’horreur. « Quand je pense que mon mari a pu souffrir », murmure la veuve de Willy Pomonti. « C’est quelque chose d’inimaginable. »

Michel Ambras purgera sa peine. Mais pour ceux qui l’ont connu, il restera à jamais le tortionnaire de La Celle-Saint-Cloud. Ce n’est pas une erreur de gestion. C’est un acte. Et cet acte a un nom.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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