Affaire Émile Louis : un gendarme se suicide, des preuves disparaissent

Une cave de neuf mètres carrés
Neuf mètres carrés. Sans fenêtre. Un interrupteur à l’extérieur. Mur en parpaing, bonne isolation phonique — et un tuyau. La pièce était complètement noire.
C’est là que Claude Dunan a enchaîné des jeunes femmes. Selon le documentaire, il les recrutait par petites annonces. Il promettait un logement, un travail. Il les emmenait dans cette cave, dans la région lyonnaise. Il les torturait. Il les violait. Il les prostituait.
Une survivante raconte. Elle avait répondu à une annonce dans Lyon Républicaine : on cherchait quelqu’un pour s’occuper d’une grand-mère grabataire. Nourrie, logée. Elle avait 18 ans. Elle sortait de l’hôpital psychiatrique. Vulnérable.
Dunan l’a recrutée. Il lui a présenté un soi-disant ingénieur — en réalité, un complice pour la séquestrer. Cet homme n’a jamais été inquiété, selon la vidéo.
La survivante était enchaînée à un tuyau, sur la pointe des pieds. Dunan la fouettait avec un fouet, avec des câbles électriques. Il lui a percé le palais supérieur avec des aiguilles à tricoter pour y mettre des anneaux de rideau. Il lui a percé la poitrine aussi. Il lui a fait des brûlures au tournevis rougi.
Les sévices ont duré trois semaines. « Peu importe le temps qu’on reste, les sévices ils sont là », dit-elle.
Des clients jamais démantelés
Claude Dunan ne torturait pas seul. Selon la survivante, au moins trente clients sont venus. Elle était cagoulée à chaque fois. Elle ne voyait pas leurs visages. Elle n’entendait pas leurs voix. Dunan lui avait fait apprendre un texte par cœur. Les tarifs étaient écrits : brûlure de cigarette 300 francs, brûlure au chalumeau 1 500 francs, passer toute la nuit pour la torturer 5 000 francs. Dunan se faisait de l’argent sur son dos, dit-elle.
Sur cette cinquantaine de clients estimés, la justice n’en a identifié que quatre. Sur ces quatre, trois sont décédés. Deux de crises cardiaques. Le troisième a tué sa femme puis s’est suicidé. Le quatrième client identifié ? Son dossier a disparu. Il n’a jamais été inquiété.
Un ancien ministre a été identifié par des voisins, selon la vidéo. Ils l’auraient reconnu pour l’avoir vu à la télévision. Cet homme aurait quitté la carrière politique après des « ennuis fâcheux ». Il n’a jamais été poursuivi.
Le gendarme qui savait trop
L’affaire ne commence pas avec Claude Dunan. Elle commence avant. Dans les années 1980, des jeunes femmes disparaissaient des foyers de la DASS dans la région lyonnaise. Des jeunes femmes vulnérables, sans famille, ou avec des liens distendus. Peu de monde s’intéressait à elles.
Un gendarme, Christian Jambert, a mené l’enquête. Dès 1983, il a constitué un dossier. Il l’a déposé au parquet. Il demandait une enquête officielle.
Il n’a jamais eu de réponse.
« À ma grande surprise, je n’ai jamais pu entendre parler de ce dossier », dit-il dans la vidéo.
Des années plus tard, l’affaire Émile Louis éclate. Le tueur en série est jugé pour les meurtres de sept jeunes femmes handicapées. Christian Jambert est convoqué comme témoin. Il doit être entendu par un juge d’instruction.
Il se suicide la veille.
Sa famille conteste la thèse du suicide. Plusieurs éléments sont troublants, selon la vidéo. La position du corps serait incompatible avec un suicide. Plusieurs douilles ont été retrouvées au sol. Le stylo rouge avec lequel il aurait écrit son mot d’adieu n’a jamais été retrouvé. Aucune autopsie n’a été pratiquée. Aucune vérification balistique n’a été faite.
Des documents qu’il conservait chez lui — sur les réseaux pédophiles et les disparus de Lyon — ont disparu après sa mort.
« On aurait pu éventuellement l’aider à se suicider », dit un proche dans la vidéo.
Des scellés détruits, des dossiers qui s’évaporent
Le gendarme Jambert n’est pas le seul mort suspect. Le policier Viat, premier intervenant au pavillon de Claude Dunan, n’a jamais été convoqué au procès. Il est décédé le 1er décembre 2002 d’une crise cardiaque. Sa femme ne lui connaissait pas de problème cardiaque.
Une jeune femme, Isabelle, fille de monsieur Édouard, a été empoisonnée, selon son père. Puis elle est morte dans un accident de voiture. Son père dit qu’on a fait disparaître toutes ses photos, tous ses papiers.
« On répare pas une bagnole, c’est tout », dit-il dans la vidéo.
Et puis il y a les preuves qui disparaissent. En novembre 2001, une inspection du procureur général de Paris révèle que des scellés de l’affaire Claude Dunan ont été détruits. Parmi ces scellés : trois carnets contenant les adresses de tous les clients.
« Ces carnets, ils sont passés où ? » demande un interlocuteur dans la vidéo.
Un système qui protège ses clients
L’affaire Émile Louis n’est pas qu’une histoire de tueur en série. C’est l’histoire d’un système. Un système qui, selon les éléments rapportés par CRIMES TV, a protégé des clients haut placés.
Claude Dunan lui-même le disait : il avait des clients haut placés. Il s’en sortirait toujours.
Un magistrat instructeur parisien est soupçonné de ne pas avoir voulu instruire l’affaire en profondeur. Un avocat général et une avocate générale ont refusé de parler, invoquant leur obligation de réserve.
Le procureur Casal, lui, estimait que l’affaire était prescrite. « Si Émile Louis rentrait dans mon bureau et me disait "c’est moi qui ai tué ces jeunes filles", il y a prescription, donc je serais obligé de le laisser partir », aurait-il déclaré, selon la vidéo. Il avait tort : la prescription n’était pas acquise.
Ce que ça dit de la France
Combien de victimes faut-il pour que la justice agisse ? Sept jeunes femmes handicapées ont été assassinées par Émile Louis. D’autres ont été séquestrées, torturées, prostituées par Claude Dunan. Des dizaines de clients sont passés dans cette cave. Quatre ont été identifiés. Un seul dossier a été conservé — et il a disparu.
Le Conseil supérieur de la magistrature a estimé à 0,00 % le taux d’élucidation des affaires de disparition de jeunes femmes, selon la vidéo. Zéro virgule zéro zéro pour cent.
« C’est un profond scandale pour l’institution judiciaire », dit une voix.
Un gendarme qui enquêtait sur ces disparitions s’est suicidé avant de témoigner. Sa famille conteste la thèse du suicide. Des preuves ont disparu. Des scellés ont été détruits. Des clients haut placés n’ont jamais été inquiétés.
« Je crois que l’institution est responsable », dit la voix.
L’affaire n’est pas close. En 2006, une information judiciaire contre X pour parjure et subornation de témoins a été ouverte par le parquet de Lyon. Les zones d’ombre restent nombreuses. Les circonstances exactes de la mort du gendarme Jambert n’ont jamais été élucidées. Les carnets de clients n’ont jamais été retrouvés.
Et les victimes, elles, continuent de payer. « On vit pas, on survit », dit une survivante. « Les cicatrices qui nous restent sur le corps, toutes les douleurs qu’on a encore aussi bien physique que psychologique, on les portera jusqu’à la fin de notre mort. »
À suivre.
Sources :
- CRIMES TV (YouTube) : « SÉQUESTRÉE, V*OLÉE, TORTURÉE, la JUSTICE étouffe l’affaire – CRIMES – AMP »
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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