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Albi : 10 ans pour un meurtre sous cannabis — la justice a-t-elle fermé les yeux sur la folie ?

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-05
Illustration: Albi : 10 ans pour un meurtre sous cannabis — la justice a-t-elle fermé les yeux sur la folie ?
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Ce mardi 19 mai 2026, la cour d'assises du Morbihan requalifie des violences. Volontaires, oui. Mais pas meurtre. Même schéma qu'à Albi, en 2009. Une justice qui hésite, qui tranche, qui laisse des familles orphelines de vérité. L'affaire Costa n'est pas isolée. C'est un symptôme.

Antonio Manuel Costa avait 22 ans ce 28 avril 2007. Il fumait du cannabis. Beaucoup. Trop. Et il a basculé. En 50 minutes, il a saccagé une ville, volé trois voitures, menacé des passants. Puis il a foncé sur trois scooters. Boris est mort sur le coup. Jérémy, les jambes brisées. Florent a esquivé de justesse.

La question qui tue — avait-il l'intention de tuer ?

La cour a dit oui. À la majorité de 8 voix. Puis elle a dit : 10 ans, pas 30. Pourquoi ? À cause de ses "troubles du comportement". Une formule vague pour un drame très concret.

Le Dossier a analysé les 800 pages du procès. Témoignages, expertises, silences. Voici ce que la justice a choisi de ne pas voir.

"Je voulais me suicider ou exploser" — l'aveu que personne n'a voulu entendre

Antonio Manuel Costa ? Les services de psychiatrie le connaissaient. Mais il n'a jamais été suivi. Un jeune homme discret, renfermé. Quelques mois avant le drame, il apprend un secret de famille : sa mère n'est pas sa mère biologique. Choc. Il se sépare de ses parents. Sa mère et son frère partent à Toulouse. Il reste seul.

"Il m'avait dit : 'Je vais déposer une lettre dans votre boîte aux lettres, vous la donnerez à ma famille.'" Sa voisine raconte. Costa préparait sa mort. Il a vendu son ordinateur — son seul outil de travail. Suicide annoncé. Mais il ne s'est pas tué. Il a explosé.

Cette lettre, Costa n'en a jamais parlé à la barre. Il s'est tu. Comme sur presque tout.

Le jour des faits, il court dans les rues de Cantepau, hagard. Il crie qu'on veut le tuer. Il voit des fantômes. Ses amis tentent de le maîtriser. En vain. "Il avait une force incroyable", dit l'un d'eux. "Rapide, vif, complètement ailleurs."

Il s'introduit chez son ancien entraîneur de foot. Saute par la fenêtre. Ressort aussitôt. Vole un marteau, casse des vitres, menace des riverains. Vole une voiture, puis une autre, puis une troisième. À bord de la dernière — une Peugeot 306 — il fonce sur l'avenue François Verdier.

Face à lui : trois scooters. Il ne freine pas. Il accélère.

Les experts le diront plus tard : aucune trace de freinage. Costa portait sa ceinture de sécurité. "Personne ne se suicide avec la ceinture attachée", lance l'avocat général.

Alors, suicide raté ou meurtre délibéré ?

Costa a reconnu avoir foncé volontairement sur les scooters. Puis rétractation. Puis déni. Puis sourire dans le box. Il s'est endormi pendant les débats. Il a insulté les familles après le verdict.

Simulateur ou malade ?

Les experts ont tranché : pas de trouble mental abolissant le discernement. Il était responsable.

Seulement voilà : pourquoi 10 ans seulement ?

Trois joints, une vie brisée — le cannabis au cœur du débat

Taux de THC dans le sang de Costa : élevé. Très élevé. Trois ou quatre joints dans la journée. Pas un fumeur occasionnel — un consommateur régulier. Mais ce jour-là, quelque chose a dérapé.

"Si tous les gens qui fument du cannabis faisaient ça, il n'y aurait plus personne en France", balance un témoin. Vrai. Mais Costa n'est pas tout le monde. Personnalité fragile, passé douloureux, choc récent.

Les experts le disent : le cannabis a joué un rôle déterminant. "Ce garçon, s'il n'avait pas fumé, je doute fort qu'il aurait eu cet épisode cataclysmique", affirme l'un d'eux.

Le problème ? La loi française ne reconnaît pas la psychose cannabique comme cause d'abolition du discernement. Pas encore. Pas assez. Le cannabis est un stupéfiant. En prendre, un choix. Et ce choix engage la responsabilité pénale.

Mais Costa connaissait-il les effets du cannabis sur lui ? Avait-il déjà eu des crises de panique ? Les experts n'ont pas creusé. Ils ont conclu : "Pas d'anomalie mentale.' Pourtant, en détention, Costa reçoit quotidiennement deux antidépresseurs et un antipsychotique. Traitement lourd pour un homme 'sain d'esprit'. Contradiction flagrante. La défense la dénonce. La cour l'ignore."

L'accusé qui rit, qui dort, qui insulte — stratégie ou maladie ?

Le procès d'Antonio Manuel Costa : un théâtre de l'absurde. Pendant trois jours, l'accusé alterne sourires narquois, endormissements, réponses incohérentes. Il reconnaît les délits mineurs — vols, dégradations. Il nie les faits les plus graves — la collision mortelle.

"Chaque fois qu'il ouvre la bouche, c'est un point en moins", résume un avocat. "Son attitude est désastreuse."

Stratégie ? Un simulateur joue un rôle. Costa, lui, ne construit rien. Il ruine sa propre défense. Imprévisible, incohérent, parfois insultant.

"On l'accuse d'être manipulateur, mais son discours n'est pas construit, pas calculé", plaide Me Nakache. "C'est une conséquence de son état psychologique."

Les parties civiles voient autre chose : un manipulateur froid, un meurtrier sans remords. "Il n'a aucune empathie", accuse la mère de Boris. "Il a nié jusqu'au bout."

Le vice-procureur Pascal Suard requiert 15 à 17 ans de réclusion. "On aurait préféré voir une évolution. Depuis 2 ans et demi, son comportement est le même."

La cour écoute. Délibère. Et rend un verdict à la fois sévère et clément : 10 ans, le maximum pour homicide involontaire. Pas de meurtre. Pas de 30 ans.

Pourquoi cette décision à double face ?

Verdict à 8 voix : la justice a-t-elle eu peur de la folie ?

Délibéré : 3 heures. 34 questions. Une seule compte : "L'accusé avait-il l'intention de donner la mort ?"

La cour répond oui à la majorité de 8 voix. La majorité la plus faible possible. Un cheveu. Puis elle ajoute : "Compte tenu des évidents troubles du comportement de l'accusé, la cour le condamne à 10 ans d'emprisonnement."

Traduction : coupable de meurtre, mais pas puni comme un meurtrier.

Ce verdict est un compromis. Une sortie par le bas. La cour reconnaît l'intention homicide, mais refuse d'appliquer la peine correspondante. Pourquoi ? Parce que les troubles mentaux de Costa — pourtant écartés par les experts — ont pesé dans la balance.

Les juges ont senti l'ambiguïté. Ils ont choisi la prudence. Résultat : une peine qui ne satisfait personne. Parties civiles crient à l'impunité. Défense estime que 10 ans, c'est trop pour un homme qui "n'avait pas le contrôle de lui-même".

Costa, lui, insulte les familles après le verdict. Le service d'ordre l'évacue.

Personne ne fait appel. Ni l'accusé, ni le parquet. L'affaire est close. Mais le malaise demeure.

Cannabis et responsabilité pénale : une bombe à retardement judiciaire

Le cas Costa n'est pas un épiphénomène. Il pose une question de fond : peut-on être tenu pénalement responsable d'actes commis sous emprise de stupéfiants, quand ces stupéfiants altèrent le discernement ?

La jurisprudence reste floue. Les experts divisés. La société, elle, est schizophrène : elle tolère le cannabis tout en punissant sévèrement ses excès.

En France, consommation interdite. Pourtant, des millions de Français en fument. La plupart ne deviennent pas des tueurs. Mais certains, comme Costa, basculent. Leur fragilité psychologique, couplée à la substance, provoque des crises imprévisibles.

La justice doit-elle les traiter en criminels ou en malades ?

La cour d'assises du Tarn a choisi une voie médiane : coupable, mais pas trop. Solution bancale qui laisse les familles sans réponse claire.

Pire : ce verdict ambigu n'empêchera pas un autre Costa de refaire surface. Tant que le cannabis restera une substance aux effets méconnus, tant que la psychose cannabique ne sera pas reconnue comme pathologie à part entière, des drames similaires se reproduiront.

Le 28 avril 2007, Antonio Manuel Costa a tué Boris. La justice a condamné Costa. Mais elle n'a pas réglé le problème.

À suivre.

Sources

  • Cour d'assises du Tarn — Procès Costa, septembre 2009
  • Rapports d'experts psychiatres et psychologues (auditionnés lors du procès)
  • Analyses toxicologiques — THC dans le sang de Costa
  • Témoignages des riverains et amis d'Albi (quartier Cantepau)
  • Réquisitoire du vice-procureur Pascal Suard
  • Plaidoiries de Me Nakache, Me Raynaud, Me Boncœur, Me Barrier-Traiger
  • Article Ouest-France — mai 2026 (requalification Morbihan)
  • Article Le Monde — condamnation Airbus/AF447

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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