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Violences du 17 octobre : près de 3 000 commerces touchés, et la facture pour les indépendants

Le week-end du 17 octobre, près de 3 000 commerces ont été dégradés en France. Pertes estimées à 1,2 milliard d'euros, indépendants mal assurés, chômage partiel à 100 % : ce que disent les invités de France 24.

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-10-28
Illustration: Violences du 17 octobre : près de 3 000 commerces touchés, et la facture pour les indépendants
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Les faits

Le président de la Fédération nationale de l'habillement, Pierre Talamon, raconte d'abord ce qu'il a vu à Paris. Les autorités avaient avancé 1 500 commerces touchés ; lui dit en avoir compté « environ 30 » sur les 800 mètres qui séparent son domicile de son lieu de travail. « Je n'ai jamais vu un mouvement aussi violent », affirme-t-il. Les boutiques, selon lui, ont été « soigneusement choisies selon les enseignes » pour revendre ensuite les biens volés.

Le chiffre de plus de 3 000 commerces touchés a été souligné par le ministre du Commerce, rappelle le directeur général du comparateur Assurland. Aucun bilan officiel des assureurs n'est encore disponible : France Assureurs n'a pas communiqué, et il faudra « peut-être 10 15 jours » pour un montant. La seule estimation citée est celle d'un cabinet d'analyse financière cité en plateau : environ 1,2 milliard d'euros de pertes.

Le cœur du problème est contractuel. La multirisque professionnelle couvre les dégâts et, souvent, le vol. « Le vrai sujet pour les commerçants, c'est la perte d'exploitation », explique le dirigeant d'Assurland : un magasin pillé peut rester fermé des jours, voire des semaines. Or la plupart des petits commerçants de centre-ville ne prennent pas cette extension, jugée coûteuse, pour préserver leur trésorerie. Conséquence : « ils seront pas indemnisés du manque à gagner ».

La réponse du gouvernement est venue du Premier ministre : chômage partiel déclenché par instruction ministérielle, avec Jean-Pierre Farandou. « On va pas le faire à 70 %, on le fait tout de suite à 100 % », a-t-il déclaré, parlant d'« une mesure de protection de l'emploi ».

Ce qu'on ne vous dit pas

Le 100 % a des limites. Pierre Talamon rappelle que ce taux vaut sur la base du SMIC, et qu'au-delà la prise en charge est de 40 %. Surtout, le dispositif ne vise que les commerces vandalisés, contraints de fermer. Les autres, ceux qui baissent le rideau par prévention les jours de manifestation, sont ce qu'il appelle « les victimes collatérales » : pour eux, pas de chômage partiel. Il demande d'en élargir le périmètre.

La garantie émeutes, elle, n'existe toujours pas. Le président de la fédération affirme que la loi de finances 2026 devait instaurer une garantie obligatoire contre les émeutes et les soulèvements populaires, et que cette garantie n'est toujours pas votée. Les commerçants risquent d'être pris entre un assureur qui refuse et un État dont la responsabilité reste à établir.

Le recours contre l'État est pourtant prévu. La responsabilité de l'État est définie par un article du code de la sécurité intérieure, rappelle le dirigeant d'Assurland, qui cite le précédent des gilets jaunes : l'État avait été condamné par le tribunal administratif à rembourser l'intégralité des dégâts pour les villes de Paris et de Toulouse. La fédération a demandé à ses présidents régionaux et départementaux d'écrire aux préfectures pour connaître le dispositif de sécurité prévu ; en cas de débordement, elle saisira le tribunal administratif.

Le terrain, lui, s'organise seul. À Toulouse, un reportage de France 24 montre un gérant qui s'est équipé d'une bombe lacrymogène, une première pour lui. Un armurier, qui reste anonyme, confirme avoir reçu plusieurs demandes de commerçants. D'autres refusent cette voie et se regroupent pour payer des vigiles avec des chiens. « J'ai pas envie de blesser quelqu'un », explique une photographe. La chambre de commerce propose une alerte en direct, et certains ferment dès la veille.

Le sociologue invité sur le plateau y voit un signal grave : « on assiste à une privatisation de la sécurité ». Il évoque des sondages qui indiquent que des citoyens jugent la police dépassée, et parle d'un « engrenage qui est dangereux ». Pierre Talamon, de son côté, pointe des défauts de renseignement en amont et un sous-dimensionnement des forces de l'ordre le 17 octobre, mais refuse d'appeler ses adhérents à s'armer : il leur conseille plutôt de fermer plus tôt.

Le contexte économique

Le commerce encaisse ce choc déjà affaibli. Près de la moitié des commerçants sont au SMIC, rappelle Pierre Talamon. La part de l'habillement dans le budget des ménages serait passée, selon ses souvenirs, d'environ 12 % dans les années 1960 à 3 % aujourd'hui. Dans les hypercentres touristiques, une partie du chiffre d'affaires repose sur « 30 ou 40 % » de flux touristique, et il fait état d'« énormément d'annulations ».

L'économiste Philippe Crevel relativise l'effet durable sur l'image : la France accueille 100 millions de touristes étrangers par an, et les épisodes passés n'ont pas infléchi durablement leur nombre. Il rappelle aussi que la France n'est pas seule : des manifestations très violentes, avec pillages, ont eu lieu à Milan, et d'autres, moins violentes, à Madrid sur le logement et le niveau de vie.

Le diagnostic de fond est ailleurs. « Il y a un problème social majeur en France », dit Philippe Crevel. Les dépenses contraintes, logement et assurances en tête, prennent selon lui 30 % ou plus du budget des ménages, et 40 à 45 % pour les jeunes actifs. Mais il refuse l'explication par le seul coût du travail : le salaire moyen français est 23 % inférieur à l'allemand, « parce on travaille moins et on crée moins de richesse que les Allemands ». Il cite un chômage des jeunes « autour de 20 % », parmi les plus élevés d'Europe, et un faible taux d'emploi après 55 ans.

La note arrive aussi par les marchés. Le taux d'emprunt à 10 ans de la France a franchi 5 %, une première depuis 2002 ; la courbe montrée dans le reportage passe de 3,2 % à 5 %, avec une accélération ces derniers mois. L'Espagne emprunte autour de 4,05 %, la Grèce à 4,38 %, l'Italie à 4,55 %, l'Allemagne autour de 3,4 %. « C'est une prime de risque », résume Philippe Crevel. Le reportage chiffre à 90 milliards d'euros le poids possible des intérêts l'an prochain.

Notre analyse

Le schéma est limpide. Un État qui ne parvient pas à tenir la rue le 17 octobre, de l'aveu même d'un représentant des commerçants, puis qui promet de payer — mais seulement une partie des victimes, et sur la base du SMIC. Une garantie émeutes annoncée, jamais votée. Et des commerçants qui achètent des bombes lacrymogènes ou louent des vigiles avec des chiens.

Le vrai sujet n'est pas la casse d'un week-end. C'est la question que pose le sociologue invité par France 24 : que se passe-t-il quand les citoyens cessent de croire que la police protège leur boutique ? La sécurité est la première mission de l'État. Quand elle se privatise, le contribuable paie deux fois : l'impôt, puis le vigile.

Le diagnostic économique de Philippe Crevel mérite d'être entendu jusqu'au bout. La colère est réelle, le pouvoir d'achat stagne. Mais l'écart avec l'Allemagne ne vient pas, selon lui, des charges : il vient d'un volume de travail plus faible. La redistribution ne comble pas cet écart. Et pendant ce temps, la France emprunte plus cher que la Grèce.

Et maintenant ?

  • Le montant officiel des sinistres que France Assureurs doit publier dans les prochaines semaines : confirmera-t-il l'estimation de 1,2 milliard ?
  • Un éventuel élargissement du chômage partiel aux commerces fermés par précaution.
  • Les recours devant le tribunal administratif annoncés par la fédération de l'habillement en cas de nouveaux débordements.
  • La garantie émeutes obligatoire : reviendra-t-elle dans le prochain budget ?
  • La prochaine mobilisation, annoncée pour le 5 novembre.

Sources : débat de France 24, 23 octobre 2026 (vidéo), avec Philippe Crevel (économiste), Pierre Talamon (Fédération nationale de l'habillement), un sociologue et le directeur général d'Assurland.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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