Dordogne : le coup de fusil qui révèle un couple en enfer

"Crève, charogne" — la nuit où tout a basculé
28 juillet 2007, 3h du matin. Les pompiers de Saint-Laurent-des-Bâtons reçoivent un appel étouffé : "J’ai tiré sur mon mari." Sur place, ils découvrent Michel Tabanou, 48 ans, saignant abondamment au thorax. À ses côtés, une carabine 6 mm et quatre cartouches.
"C’est horrible. Pour lui… et pour moi." Martine Mo, 50 ans, répète cette phrase aux gendarmes. Son récit oscille. D’abord, elle parle d’un accident. Puis d’une provocation. Enfin, d’un cri : "Crève, charogne !"
Les faits ? Une dispute après une soirée arrosée. Tabanou abandonne Mo sur une route isolée. Elle marche 15 km. Trois heures dans le noir. "J’avais peur des sangliers", murmure-t-elle. En arrivant, elle trouve Tabanou endormi. "Il ronflait. Comme si de rien n’était."
L’expert balistique est catégorique : distance de tir — 1,50 m. Détente réglée. Impossible que le coup parte seul. "La balle a ricoché sur une côte avant de s’arrêter à 1 cm de la veine cave", précise le rapport médical.
Question clé : l’intention de tuer. "Je voulais juste qu’il m’écoute", plaide Mo. Tabanou, lui, est formel : "Elle visait."
Un procès sous tension
6 avril 2010. La cour d’assises de Dordogne ouvre le procès. Président : Michel Regaldo de Saint-Blancard. Procureur : Pierre Orignac. Deux avocats s’affrontent :
- Maître Thierry Legal pour Tabanou
- Maître Henri Michel Gat pour Mo
L’audience dévoile un couple toxique. Tabanou, le chasseur campagnard. Mo, l’ex-citadine instable. "Deux caractères de feu", résume un témoin.
Les preuves s’accumulent :
- Antécédents de violences (couteaux, assiettes lancées)
- Témoignage du locataire : "Je l’ai trouvée par terre après une dispute"
- Expertise psychiatrique : "Personnalité borderline avec impulsivité"
Pourtant, Mo joue son rôle de victime. "J’étais humiliée. Rien devant ses copains." Jusqu’à ce que son passé ressurgisse.
L’enfance fracassée de Martine Mo
Claude Mo, père de Martine, témoigne sans la regarder. "Une gosse tordue", lâche-t-il. Le portrait est glaçant :
- Enfant non désirée ("Mon père voulait un garçon")
- Violences paternelles ("Bouche éclatée, yeux au beurre noir")
- Fugue à 14 ans, prostitution occasionnelle
- Abandon de sa première fille ("Elle l’appelait 'Madame'")
L’enquêtrice sociale résume : "Une quête désespérée d’amour." Les psychologues pointent un "vide affectif" et une "incapacité à gérer la frustration".
Le président interroge : "Vous reproduisez les violences subies ?" Mo baisse les yeux. Pas de réponse.
Tabanou-Mo : chronique d’un naufrage annoncé
- Martine Mo contacte Michel Tabanou après une rencontre fugace. "Il me faisait rire", dit-elle. Rapidement, le couple s’installe dans sa maison isolée. Et déraille.
Trois éléments explosifs :
- L’alcool ("Chacun buvait plus que de raison")
- La jalousie ("Elle détestait mes amis", dit Tabanou)
- L’enfermement ("Je n’étais plus rien", avoue Mo)
Les scènes violentes se multiplient. En 2006, Mo lance un couteau. Tabanou la pousse contre un mur. "Je me suis défendu", justifie-t-il.
Puis arrive le drame de juillet 2007. Pour les experts, "l’élément déclencheur est l’abandon nocturne". Ultime humiliation.
Verdict : 5 ans avec obligation de soins
Le jury reconnaît la préméditation. Mais tempère par le contexte. La peine ? Cinq ans, dont six mois déjà effectués. Avec obligation de suivi psychiatrique.
Trois questions restent en suspens :
- Pourquoi la justice n’a-t-elle pas agi plus tôt face aux violences signalées ?
- Comment un couple aussi dysfonctionnel a-t-il pu durer quatre ans ?
- Où étaient les services sociaux pendant l’enfance martyrisée de Mo ?
L’affaire Mo-Tabanou n’est pas un fait divers. C’est le miroir d’une société qui rate les signaux d’alerte. Les violences conjugales ne commencent jamais par un coup de fusil. Mais toujours par des silences complices.
Sources
- Dossier judiciaire n°P2007-1742
- Audiences Cour d’assises de Dordogne - 6-7 avril 2010
- Expertises balistiques et psychiatriques
- Témoignages des parties civiles
- Rapports de police et de gendarmerie
Par la rédaction de Le Dossier


