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Trottinettes électriques : à Marseille, un accident révèle un trafic aux ramifications internationales

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-08
Illustration: Trottinettes électriques : à Marseille, un accident révèle un trafic aux ramifications internationales
© YouTube

L'accident

La scène se passe à Marseille. Un père et son fils de 11 ans roulent à trottinette électrique — sans casque. Ils sont deux sur l'engin, pratique qu'une future loi devrait interdire. Une voiture les percute.

« Ils sont apparus d'un coup. J'ai freiné, mais j'ai vu la tête de l'enfant sur le pare-brise, raconte le conducteur. J'ai eu tellement peur, j'ai cru que je l'avais tué. » Les marins-pompiers arrivent. Laurence, chef de groupe, et Nicolas sont sur place. La trottinette a glissé sous les roues du véhicule. L'enfant a heurté le pare-brise avec sa tête, le tibia avec le pare-choc.

La mère débarque en panique. Un médecin du SAMU examine le garçon. « Dernier match que tu as fait, tu as gagné ou perdu ? » — il essaie de le distraire. L'enfant s'en sortira sans fracture, avec une grosse bosse à la tête. Le père est plus légèrement touché. Mais le choc persiste.

Ce n'est pas un cas isolé. Les marins-pompiers marseillais multiplient les interventions impliquant des trottinettes électriques. « C'est à la mode, et maintenant c'est en libre-service », explique l'un d'eux. « On fait de plus en plus d'accidents. Et souvent, ces nouveaux usagers n'imaginent pas les conséquences. »

Une compagnie d'assurance a réalisé un crash test pour le démontrer. La vidéo est parlante : un mannequin sans protection grille une priorité. Une voiture roule à 50 km/h — vitesse autorisée en ville. Le choc projette le conducteur à plus de dix mètres. Ceux qui survivent gardent souvent de graves séquelles.

Le trafic des trottinettes piratées

Mais le phénomène ne s'arrête pas aux accidents. Un nouveau type de délinquance prospère : le vol et le piratage des trottinettes en libre-service. L'enquête d'Enquête Choc a suivi la piste.

Tout commence sur Le Bon Coin. Une annonce attire l'attention : une trottinette d'occasion presque neuve vendue 360 € — prix défiant toute concurrence. Mais sans garantie. Et la photo ne correspond pas au modèle annoncé.

Les journalistes organisent une rencontre en caméra cachée. Dans un square parisien, un couple présente la trottinette. Elle fonctionne. Mais un détail intrigue : un interrupteur de lampe de chevet, visiblement rapporté, sert à l'allumer. « Ça ne vous choque pas ? », demande le journaliste. « Il nous a expliqué, c'est juste comme ça », répond le vendeur.

Autre indice : le marche-pied large à l'arrière ressemble trait pour trait à celui des trottinettes en libre-service. Les logos de la marque ont été poncés et repeints. « On ne sait pas si c'est volé, ça nous est égal, on veut juste la vendre », lâche le couple.

L'enquête se poursuit. Sur internet, les journalistes dénichent un youtubeur — appelons-le Pierre — qui publie des tutoriels pour débloquer des trottinettes en libre-service et se les approprier. Il accepte de les rencontrer, visage masqué.

Devant les images, Pierre confirme : « C'est le modèle utilisé par telle société de libre-service. Les logos ont été poncés. Le bouton de lampe de chevet trahit le bidouillage. C'est une trottinette volée et piratée. »

Il prouve son propos. En moins de dix minutes, avec un tournevis et une clé USB, il reprogramme l'ordinateur de bord. La trottinette change de propriétaire. « Tout véhicule électrique en libre-service dans la rue peut être piraté. Une trottinette comme celle-ci, repeinte, se revend 150 € en quelques minutes. »

Pierre explique que des réseaux bien organisés en tirent des profits considérables. Il accepte de présenter un ami qui a transformé cette activité en business.

Le rendez-vous a lieu dans un parking souterrain parisien — un garage clandestin. Le jeune homme, à peine sorti de l'adolescence, débloque des trottinettes à la chaîne. « Pour une trottinette, je prends 40 €, parfois 70 €. On en reçoit tous les jours. » Il montre la recette des deux derniers jours : 950 €. Certains mois, il atteint 12 000 €. « On a commencé sur internet. Les clients nous en ont ramené neuf autres. Maintenant, c'est du bouche-à-oreille. »

Mais l'affaire ne s'arrête pas là. Le garagiste clandestin révèle une filière internationale. « On envoie des trottinettes dans d'autres pays, pour des sociétés de location. Ils les remettent en libre-service là-bas. » Les destinations : Tunisie, Algérie, Maroc. « Notre plus grosse commande : 80 trottinettes à faire en même temps. On était trois à les débloquer à la chaîne. » Il raconte avoir eu peur de se faire attraper par les forces de l'ordre ou par d'autres malfaiteurs.

Des peines lourdes, mais peu de poursuites connues

Selon la vidéo d'Enquête Choc, le simple fait d'acheter et de revendre une trottinette volée expose à 5 ans de prison et 375 000 € d'amende. Le recel aggravé — pour le garagiste clandestin — jusqu'à 10 ans de prison et 750 000 € d'amende.

Mais à ce stade, aucune information n'a filtré sur l'ouverture d'une enquête judiciaire. Les forces de l'ordre ont-elles identifié ce réseau ? Les sociétés de location ont-elles porté plainte ? Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Le garagiste clandestin, lui, semble peu inquiet. Il continue son activité dans le parking souterrain. « On a peur de beaucoup de choses, dit-il. Mais on fait très attention. »

Ce que ça dit de la France

Ce fait divers n'en est pas vraiment un. Il révèle une tension profonde dans la société française.

D'un côté, la trottinette électrique incarne une mobilité douce, encouragée par les pouvoirs publics et adoptée par des millions d'usagers. De l'autre, l'absence de régulation efficace transforme ces engins en vecteurs de violence routière et en marchandises de trafic. Les accidents se multiplient, les vols aussi. Le cadre légal peine à suivre.

L'affaire montre aussi une délinquance high-tech, accessible à tous. Avec une clé USB et un tutoriel YouTube, on peut détourner un bien de plusieurs centaines d'euros. La frontière entre l'astuce et le crime s'estompe. Le garage clandestin n'est pas tenu par des mafieux — par un jeune homme qui a vu une opportunité.

Enfin, le trafic vers le Maghreb souligne les inégalités territoriales. Les trottinettes volées en France sont revendues dans des pays où le prix d'achat est prohibitif. Une forme de mondialisation du vol, facilitée par le numérique.

Les questions restent sans réponse. Voilà. Une chose est sûre : tant que le cadre légal ne sera pas renforcé, que l'assurance ne sera pas généralisée, que les sociétés de location ne sécuriseront pas leurs engins, le trafic continuera. Et les accidents aussi.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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