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Société

EXCLUSIF : De trafiquant à star de l'opéra, l'incroyable rédemption de Nabil

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-15
Illustration: EXCLUSIF : De trafiquant à star de l'opéra, l'incroyable rédemption de Nabil
© YouTube

Une gifle qui change tout — Port-de-Bouc, 1999

15 ans. 3 secondes. Une claque.
Ce jour-là, dans une salle de sport miteuse de Port-de-Bouc, Nabil Rashdi se dispute avec un adulte. "Pousse-toi de la machine", ordonne l'homme. Nabil refuse. Une gifle part.

"C'était la pire injustice de ma vie", raconte-t-il. Le fils d'immigrés tunisiens, champion de karaté à 12 ans, bascule. Il jure : "Je vais grandir. Je m'occuperai de toi."

Ses frères — un gendarme et un CRS — ignorent tout. "Je ne pouvais pas leur dire. Ça aurait tué leur carrière." À 17 ans, Nabil devient champion de MMA. Record : KO en 29 secondes. Mais son unique objectif ? Venger l'affront.

Printemps 2004. Dans une galerie marseillaise, il repère son agresseur. "Je l'ai mis KO. Puis je n'ai plus pu m'arrêter." La sécurité intervient. L'homme est dans le coma. Nabil écope d'un an ferme.

La main du diable — Prison des Baumettes, 2004

"J'ai serré la main au diable."

En cellule, Nabil découvre une vérité terrifiante : l'homme qu'il a tabassé dirige un réseau de drogue. Un codétenu le prend sous son aile. "On récupère son business. Ensemble." Téléphone en main, Nabil organise le trafic depuis sa prison.

"Je n'avais pas le choix. Soit je prenais le contrôle, soit il me tuait à ma sortie."

Trois ans plus tard, libre, il ouvre un snack — une couverture. "Derrière le comptoir à kebabs, je gérais la came." La police débarque. Ses frères le rouent de coups devant leurs parents. "J'ai préféré être battu par eux qu'arrêté par des inconnus."

Sa mère pleure. Son père le frappe avec une barre de fer. Nabil s'enfuit. Direction : le grand banditisme marseillais.

10 ans dans l'ombre des caïds — Marseille, 2005-2015

"115 kg de muscles. Des larmes de rage."

Introduit auprès du parrain local, Nabil impose ses conditions : "Je ne tue pas." Pendant une décennie, il fait transiter la drogue par l'Espagne et le Maroc. Go-fast. Camions piégés. Millions brassés.

Trois incarcérations. À chaque sortie, il replonge. Jusqu'à cette dernière arrestation en 2015 — pour un braquage qu'il n'a pas commis. "La juge savait que j'étais innocent. Mais je n'ai pas balancé."

C'est là que tout change.

La révélation — Prison de Luynes, 2016

"Je me moquais des Italiens. J'ai chanté trois notes."

Assigné à résidence avec Bruno, un tueur calabrais, Nabil parodie l'opéra. Sa voix résonne dans la cour. Silence général. Le directeur accourt : "Vous êtes ténor !"

Deux jours plus tard, des CDs de Pavarotti atterrissent en cellule. "Au début, je refusais. Moi, un trafiquant, chanter de l'opéra ?" Bruno l'y pousse. Nabil craque. La magie opère.

Les détenus l'appellent "Nabil le chanteur". Le soir, ils passent leurs femmes au téléphone : "Écoutez, c'est un truc de fou !"

La renaissance — Marseille, 2024

"250 000 personnes. Le président. Ma mère pleurait."

Libéré, Nabil affronte son ancien patron. "Je chante pour lui. Il me laisse partir." Sa voix devient son salut. En 2024, il interprète La Marseillaise pour la flamme olympique. Sa famille est là. Enfin réunie.

"Avant, en prison, je ne pensais qu'à mes prochains trafics. Aujourd'hui, je vis pour faire vibrer les foules."

De l'ombre des cités aux feux de la rampe, Nabil Rashdi incarne désormais Pavarotti dans une tournée mondiale. Son arme ? Un don découvert entre quatre murs.

Le dossier est loin d'être clos.

À suivre.

Sources

  1. Interview exclusive de Nabil Rashdi sur Brut
  2. Autobiographie "De la Cage à la Scène" par Nabil Rashdi (Éditions X, 2025)

Par la rédaction de Le Dossier

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