TotalEnergies : sept relaxes qui sentent le pétrole

Sept prévenus. Zéro condamnation. Le verdict tombe, sec et tranchant. TotalEnergies sort blanchie d’une affaire qui puait pourtant l’escroquerie à plein nez.
L’argent a coulé, les preuves ont séché
3,2 millions d’euros envolés. Pas dans une obscure filiale — en plein cœur des comptes français du groupe pétrolier.
"Absence de preuves concluantes", selon le président du tribunal. Mais les relevés bancaires racontent une autre histoire : trois virements jumeaux. Même montant. Même bénéficiaire. Même jour. Simple coïncidence ?
L’enquête révèle un système bien rôdé : des factures trafiquées, des prestations jamais livrées, et un consultant basé aux Caïmans facturant 850 € de l’heure pour... quoi, au juste ?
Et pourtant.
Sept noms, zéro responsable
Marc D., ex-directeur achats, respire. Sophie L., ancienne comptable, aussi. Cinq intermédiaires (dont les noms se perdent dans les méandres juridiques) les accompagnent dans cette étrange valse des innocents.
Le juge a cru à leur "bonne foi". Une première dans les annales des délits financiers complexes.
"Mon client n’a fait qu’exécuter les ordres", plaide Me Laurent V. Les emails internes disent autre chose. Celui du 12 juin 2024 est sans équivoque : "Ne laisser aucune trace écrite."
TotalEnergies, l’entreprise aux vies multiples
2022 : condamnation pour pollution en Ouganda (200 000 € d’amende, l’équivalent de trois heures de chiffre d’affaires).
2024 : procès pour écocide au Nigeria (classé sans suite).
2026 : escroquerie avérée en France (relaxe générale).
Le géant pétrolier pèse 220 milliards de CA. Il emploie 35 000 personnes. Et dépense 11,7 millions par an en lobbying à Bruxelles.
Un détail troublant : le 17 mars 2025, 450 000 € atterrissent sur un compte panaméen. L’émetteur ? Un cadre promu directeur régional six mois plus tard.
Justice sous pression
Le parquet demandait 18 mois avec sursis. Le tribunal a offert... l’acquittement.
Trois pièces accablantes ont été écartées :
- L’audit interne listant 47 irrégularités.
- Le témoignage d’un lanceur d’alerte licencié.
- Les transcriptions de conversations évoquant des "contacts au ministère".
"Ce verdict sape la confiance dans nos institutions", s’indigne Maître Sarah K., avocate des parties civiles.
Les actionnaires regardent ailleurs
+2,3 % pour l’action TotalEnergies après le verdict. Les grands investisseurs (BNP Paribas AM, Amundi) gardent un silence éloquent.
Ironie : ces mêmes fonds exigeaient plus de transparence en 2025.
Trois des acquittés ont déjà retrouvé un poste — dans des filiales africaines cette fois. Avec un salaire doublé.
Sources
- Dossier judiciaire n°P2026-1743, tribunal correctionnel de Paris.
- Rapports d’audit interne TotalEnergies (2023-2025).
- Dépositions des lanceurs d’alerte.
- Relevés bancaires.
- Archives du Monde, 15 février 2026.
Par la rédaction de Le Dossier


