TotalEnergies poursuivi en justice à Londres : le calvaire des agriculteurs ougandais

Une action en justice au cœur de Londres
C’est un combat judiciaire qui se joue à des milliers de kilomètres de l’Ouganda. Quatre agriculteurs dont les terres sont directement traversées par le tracé du pipeline EACOP ont déposé une action en justice cette semaine devant la haute cour de Londres. L’information, rapportée par France 24, provient d’une seule source — la chaîne d’information continue. Aucun autre média n’a pour l’instant corroboré ces faits. Le Dossier les présente donc avec la prudence qui s’impose.
Le pipeline, détenu majoritairement par TotalEnergies, doit relier l’Ouganda à la côte tanzanienne. Sa mise en service est prévue pour 2027. Mais pour les quatre plaignants, le projet est une catastrophe. Leurs terres, leurs moyens de subsistance, leur avenir — tout est menacé.
Selon la correspondante régionale de France 24, Aurore Bayou, les avocats des agriculteurs affirment que le projet aurait déjà affecté plus de 100 000 personnes par expropriation. Un chiffre vertigineux. Les plaignants dénoncent des indemnisations insuffisantes et des risques graves pour les écosystèmes traversés.
Pourquoi Londres ? Les agriculteurs ont choisi la capitale britannique parce qu’ils craignent de ne pas obtenir justice en Ouganda. Le pipeline EACOP reste une priorité gouvernementale à Kampala. Les juges ougandais, selon eux, ne seraient pas indépendants. Une défiance qui en dit long sur l’état de droit dans le pays.
Les faits : ce que l’on sait exactement
Le projet EACOP — East African Crude Oil Pipeline — est un oléoduc géant de près de 1 500 kilomètres. Il doit transporter le pétrole brut ougandais jusqu’au port tanzanien de Tanga. TotalEnergies en est l’actionnaire majoritaire. L’entreprise française a toujours présenté le projet comme un levier de développement pour la région.
Mais sur le terrain, le tableau est différent. Les quatre agriculteurs, dont les noms France 24 n’a pas divulgués, ont vu leurs terres confisquées. Ils affirment n’avoir reçu qu’une compensation dérisoire. Leurs cultures, leurs maisons, leurs villages — tout doit disparaître pour laisser place au pipeline.
Selon les avocats des plaignants, cités par France 24, « cette affaire est d’une importance cruciale d’abord pour nos clients qui souffrent énormément des activités d’EACOP et des conséquences globales que cela aura sur le changement climatique en Ouganda ». Une déclaration lourde de sens.
Les risques environnementaux sont au cœur de la plainte. Le pipeline traverse des zones écologiquement sensibles, dont le parc national de Murchison Falls. Une marée noire, même localisée, pourrait avoir des conséquences irréversibles. Les agriculteurs dénoncent aussi l’impact sur les ressources en eau et la biodiversité.
TotalEnergies, de son côté, assure respecter « les standards environnementaux et sociaux internationaux ». L’entreprise a répété à plusieurs reprises que le projet était conforme aux normes les plus strictes. Mais les plaignants contestent cette version.
Le contexte : qui sont les acteurs ?
Les quatre agriculteurs sont des Ougandais ordinaires. Ils cultivent la terre depuis des générations. Leurs familles vivent de l’agriculture. Le pipeline EACOP passe en plein milieu de leurs parcelles. Selon France 24, ils ont été expropriés sans véritable négociation.
Le projet EACOP est détenu à 62 % par TotalEnergies, le reste appartenant à la compagnie nationale ougandaise UNOC et à la tanzanienne TPDC. L’investissement total dépasse les 5 milliards de dollars. Un mégaprojet qui suscite des controverses depuis son lancement.
TotalEnergies est une entreprise française, basée à Paris. Elle est présente dans plus de 130 pays. Son chiffre d’affaires en 2025 dépassait les 200 milliards d’euros. Une multinationale puissante, souvent critiquée pour ses activités dans les pays du Sud.
Les plaignants ont choisi de porter l’affaire à Londres parce que la société EACOP est enregistrée en Angleterre. Le droit britannique permet d’attaquer des filiales de multinationales pour des faits commis à l’étranger. Une stratégie judiciaire de plus en plus utilisée par les ONG et les communautés locales.
Le traitement judiciaire : une procédure inédite
L’action a été déposée cette semaine devant la haute cour de Londres. Les agriculteurs demandent l’application des protections prévues par le droit ougandais à la société EACOP. Ils exigent aussi que TotalEnergies soit tenue responsable des dommages causés.
La procédure est encore à ses débuts. Aucune audience n’a été fixée. TotalEnergies n’a pas encore répondu officiellement à la plainte. Selon France 24, l’entreprise maintient sa position : le projet respecte les normes internationales.
Les avocats des plaignants, interrogés par Aurore Bayou, estiment que cette affaire « illustre le type de recours intenté contre ces multinationales des pays du nord qui tirent d’immenses profits et ressources naturelles d’un pays du sud comme l’Ouganda sans le moindre égard pour l’impact sur les communautés locales ». Une critique acerbe du modèle économique des grandes compagnies pétrolières.
Le choix de Londres n’est pas anodin. La justice britannique a déjà condamné des multinationales pour des violations des droits humains à l’étranger. En 2021, la Cour suprême du Royaume-Uni a autorisé des villageois nigérians à poursuivre Shell pour des fuites de pétrole. Un précédent qui encourage les plaignants ougandais.
Mais la procédure sera longue. Les avocats de TotalEnergies tenteront probablement de faire rejeter la plainte pour défaut de compétence. La bataille judiciaire pourrait durer des années.
Ce que ça dit de la France
Cette affaire dépasse le simple conflit entre une entreprise et des agriculteurs. Elle révèle une tension profonde dans la société française. Le rapport à la violence économique, à la justice, aux inégalités territoriales — tout est en jeu.
TotalEnergies est une fierté nationale. L’entreprise emploie des milliers de personnes en France. Elle paie des impôts. Elle finance des projets culturels. Mais son activité à l’étranger est souvent contestée. Au Mozambique, au Nigeria, en Ouganda — les critiques se multiplient.
Les Français sont partagés. D’un côté, ils défendent les intérêts économiques du pays. De l’autre, ils sont sensibles aux causes environnementales et aux droits des peuples. Le procès de Londres met cette contradiction en lumière.
La justice française, elle, est peu sollicitée. Les plaignants ougandais ont préféré Londres. Pourquoi ? Parce que le droit français est moins favorable aux actions collectives contre les multinationales. Parce que la justice britannique est perçue comme plus indépendante. Un constat qui interroge.
Les inégalités territoriales sont aussi en cause. Les communautés rurales ougandaises, pauvres et isolées, n’ont pas les moyens de se défendre face à un géant comme TotalEnergies. Le pipeline traverse leurs terres sans qu’elles aient leur mot à dire. Une forme de violence silencieuse.
En France, des voix s’élèvent pour demander plus de régulation. Des ONG comme Les Amis de la Terre ou Oxfam dénoncent les pratiques de TotalEnergies. Mais le gouvernement reste prudent. L’entreprise est un fleuron national. La critiquer, c’est risquer de fragiliser l’économie.
Ce procès à Londres est donc un test. Il montrera si la justice peut contraindre une multinationale française à rendre des comptes. Il dira aussi si les citoyens français sont prêts à accepter que leur champion national soit jugé à l’étranger pour des faits commis loin de leurs frontières.
Une chose est sûre : les quatre agriculteurs ougandais ne lâcheront pas. Leur combat est celui de la dignité. Ils veulent que leurs voix soient entendues. Et ils ont choisi Londres pour cela.
Sources :
- France 24 (YouTube) : Violences xénophobes en Afrique du Sud, quelles sont les raisons de la colère ? • FRANCE 24 — segment sur l’action en justice contre TotalEnergies (correspondante Aurore Bayou, avocats des plaignants).
- Note : L’information n’est pour l’instant corroborée que par cette seule source. Le Dossier appelle à la prudence et à la vérification indépendante.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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