Territoires ultramarins : l'État français face à son obsolescence institutionnelle

Le conservatisme institutionnel, maladie française
- C'est l'année où la France a pensé ses outre-mer. 1958 ? Un copier-coller. Soixante-dix ans plus tard, le modèle n'a pas bougé. Ferdinand Mélin-Souchon, ancien président de l'INSP, le dit sans détour : "On traite des situations radicalement différentes avec des outils identiques."
Aristote l'avait pourtant établi : traiter également des choses inégales est la pire des injustices. La preuve ?
- À Mayotte, une part importante de la population est illettrée. La Réunion ? 12%.
- La Nouvelle-Calédonie compte des morts en 2024 — proportionnellement un nombre élevé en France hexagonale.
L'État répond par l'uniformité. Les classes ouvertes un jour sur deux à Mayotte. Les mêmes concours administratifs qu'à Paris. La même formation des préfets. "Quand je suis arrivé à l'INSP, j'ai demandé ce qu'on enseignait sur les outre-mer. La réponse ? Rien", révèle Mélin-Souchon.
L'assimilation en échec
Jean-Marc Paillette, 68 ans, réunionnais. Illettré. Comme un adulte sur six sur son île. Son histoire résume le drame : "Mes parents n'ont pas pu m'envoyer à l'école. Pas de cahier, pas de stylo." Soixante ans après la départementalisation, l'école républicaine échoue encore à intégrer.
Pourquoi ? Trois raisons.
D'abord, le refus du sur-mesure. Des fonctionnaires affectés outre-mer sans y avoir de "centre d'intérêts matériels et moraux", tandis que des locaux qualifiés étaient refusés. Ensuite, l'abandon linguistique : une part importante des ultramarins non-européens ne maîtrisent pas le français après des années de résidence. Enfin, la fracture économique : le pouvoir d'achat des ultramarins a baissé ces dernières années.
Les deux visages de la dépendance
La Réunion montre pourtant qu'une autre voie existe. L'île a construit une filière d'animation reconnue à Cannes. "Quand on disait qu'on ferait un long-métrage ici, on nous regardait avec des yeux ronds", raconte un producteur local. Aujourd'hui, des studios exportent leur savoir-faire.
Preuve que l'émancipation économique est possible. À condition d'y croire.
Mais à côté, la Guyane illustre les contradictions françaises. Elle abrite une grande partie de la biodiversité nationale, mais l'État contrôle une part importante de son foncier. Le paradoxe ultime ? La base spatiale de Kourou rayonne pour la France quand les jeunes Guyanais peinent à se faire entendre à la COP30.
ET MAINTENANT ?
Trois scénarios se dessinent.
- Le statu quo. La France continue de gérer ses outre-mer comme en 1946. Conséquence : l'explosion sociale guette, comme en Nouvelle-Calédonie.
- L'autonomie. Le modèle polynésien : des compétences élargies, mais un risque de clientélisme local.
- Le partenariat. Une voie médiane où l'État reconnaîtrait enfin les spécificités ultramarines sans renoncer à la souveraineté.
"Il faut rétablir la confiance", plaide Mélin-Souchon. Les faits sont têtus : sans réforme institutionnelle majeure, la France perdra ce qui reste de son influence dans le Pacifique, l'Amazonie et l'océan Indien.
La question n'est plus si il faut changer. Mais comment. Avant que les territoires ne choisissent pour elle.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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