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Surtourisme en France : 490 touristes pour 1 habitant, la colère gronde

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-05
Illustration: Surtourisme en France : 490 touristes pour 1 habitant, la colère gronde
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Montmartre : le seuil d'irritation est atteint

Anne Renaudi ne tourne pas autour du pot. « On arrive à un habitant pour 490 touristes », lâche-t-elle, les chiffres en tête. Elle vit à Montmartre, l'un des quartiers les plus emblématiques de Paris. Elle en a assez.

Pourquoi ? Le Sacré-Cœur — 12 millions de visiteurs par an — a détrôné la Tour Eiffel et Notre-Dame. La réouverture de cette dernière changera peut-être la donne. Mais la mécanique s'emballe.

Les causes s'enchaînent. D'abord le film Amélie Poulain, il y a trente ans. Puis Instagram et les réseaux sociaux. Enfin, le Covid et ses conséquences : des groupes entiers, déversés par bus. Cinquante, cent personnes à la fois. Elles restent 40 minutes. Puis repartent. « L'intérêt économique pour les commerçants pose question. Pour les résidents, c'est une nuisance. »

Les chiffres donnent le vertige. 28% des logements du quartier sont des meublés touristiques. Contre 18% en moyenne à Paris. Dix points de plus. Des points qui tuent la vie locale. Les commerces de proximité disparaissent. Les terrasses des cafés grignotent l'espace public. On donne les codes des Airbnb à tort et à travers. Les fêtes s'enchaînent.

Anne Renaudi le dit sans détour : « On en est à la phase d'irritation qui précède la phase d'antagonisme. La phase d'antagonisme, c'est ce que connaît Barcelone. » Barcelone — ses banderoles, ses manifestations, ses crachats sur les touristes.

La question paralyse les pouvoirs publics. Faut-il réguler ? Et comment ? Sans tuer la poule aux œufs d'or ? Le tourisme, c'est 8% du PIB français. 2 millions d'emplois. 71 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024, avec un objectif de 100 milliards d'ici cinq ans. Un objectif qui fait bondir les écologistes.

Nathalie Delattre, sénatrice RDSE et ancienne ministre du Tourisme, tente de calmer le jeu. « Je ne parle pas de surtourisme, je parle de pic de fréquentation. » Une nuance qui n'en est pas une pour les habitants. 80% des touristes se concentrent sur 20% du territoire. Un goulot d'étranglement. Montmartre en est l'épicentre.

Où est l'équilibre ? Les élus locaux ont désormais un outil : la loi Le Meurice, votée en novembre 2024. Elle limite les locations meublées touristiques à 90 jours par an. Elle réduit les avantages fiscaux. Un début. Mais les communes doivent s'en saisir. Toutes ne le feront pas. Certaines, rurales, ont besoin de ces locations pour exister.

Daniel Salmon, sénateur écologiste, ne mâche pas ses mots : « Airbnb contribue à l'accélération. Avant, on partait sur une location longue durée. Maintenant, on raccourcit de plus en plus. » Résultat : plus de touristes, plus de rotation, plus de pression.

Gorges du Verdon : 4,5 millions d'habitants… et 3 millions de bouches à nourrir

4,5 millions de touristes chaque année. Dont 95% en été. Une vague qui déferle en deux mois.

Jean-Claude Gogillot, membre d'une association dans les gorges du Verdon, voit son territoire saturé. Les images parlent. Au pont du Galetas, les embarcations se touchent. Rafting, canoës, pédalos. La rivière ressemble à un parc aquatique. Mais le Verdon n'est pas une attraction. C'est une réserve d'eau potable. Elle alimente 3 millions de personnes dans les départements voisins.

« Cette surfréquentation a des conséquences concrètes », explique Jean-Claude. Embouteillages sur les routes de crête. Sécurité routière compromise. Des villages de 300 habitants — comme Bauduen — voient leur population multipliée par six en été. Des proportions impossibles à gérer.

La nature trinque. Les rapaces — aigle royal, vautour fauve — sont perturbés par les voies d'escalade. Le petit poisson pronon, marqueur biologique de la qualité de l'eau, souffre des randonnées aquatiques. « Il a des difficultés à se déplacer et vit sur des épaisseurs d'eau très réduites. » Les activités nautiques n'arrangent rien.

Cyril Pelva, sénateur Les Indépendants de Haute-Savoie, connaît bien ces problématiques de montagne. Il refuse d'opposer tourisme et protection de la nature. « Si la nature se dégrade, on n'a plus de tourisme. » Une évidence. Difficile à mettre en œuvre quand les masses arrivent.

Des solutions existent. Porquerolles limite les navettes. La Pointe du Raz s'est aménagée pour éviter le piétinement des dunes. Le Verdon mise sur les échogardes, des agents de prévention environnementale. Des mesures. Pas une politique. Et pourtant.

Crise du logement saisonnier : 65 000 emplois non pourvus

« Sur 15 saisonniers nécessaires, je dois en loger 10. » Emma Deschamps codirige l'hôtel des grottes, à Cabrerets, dans le Lot. Parfois, elle transforme des chambres clients en logements pour ses employés.

« Dans le Lot, 20% de la population permanente du village doit être logée en saisonniers l'été. » Un chiffre renversant. Qui dit tout du problème.

Le logement saisonnier est le maillon faible du tourisme français. En 2024, 65 000 emplois saisonniers n'ont pas été pourvus. 60% des professionnels de l'hôtellerie-restauration réduisent leur activité. Faute de personnel. Faute de logements.

Airbnb est pointé du doigt. Mais pas seulement. Spéculation immobilière, manque de logements sociaux, résidences secondaires — le cocktail est explosif. Nathalie Delattre propose une fiscalité allégée pour les logements dédiés aux saisonniers. Une piste. Encore faudrait-il des logements à dédier.

Les Jeux Olympiques de 2030 dans les Alpes pourraient apporter une bouffée d'air. Cyril Pelva y croit. « 90% des infrastructures sont déjà existantes. Les JO vont permettre d'amener des infrastructures pour le logement des saisonniers en héritage. » Un espoir. Mais dans six ans.

Greeters et slow tourisme : des alternatives crédibles ?

Michel Argouge est greeter bénévole à Montreuil. Il propose des visites gratuites, en petit groupe. Sans commerce. Sans transaction. Juste le partage. « L'idée, c'est de déconnecter, de prendre le temps de rencontrer des acteurs locaux. »

Les Greeters sont 1 700 bénévoles en France. Ils organisent 3 000 balades par an. Une goutte d'eau face aux 100 millions de touristes — oui, vous avez bien lu : une goutte d'eau. Mais une alternative.

Daniel Salmon, sénateur écologiste, voit dans ces initiatives une « révolution culturelle ». « Il faut se réapproprier la proximité. Chaque endroit est à lui seul le centre du monde. » Une philosophie séduisante. Comment convaincre les foules de Venise ou du Sacré-Cœur ?

Le slow tourisme propose de ralentir. Marcher. Pédaler. Redécouvrir la Creuse, son ciel étoilé (labellisé réserve internationale), sa cité de la tapisserie d'Aubusson. Un argument de vente. Un vrai potentiel. Encore faut-il des infrastructures et une volonté politique.

Nathalie Delattre insiste : « Il faut utiliser les outils d'aujourd'hui — intelligence artificielle, réseaux sociaux — pour accompagner les territoires. » Les offices du tourisme doivent se réinventer. Une gageure.

L'urgence d'une loi-cadre ?

Alors. Que faire ? Une grande loi sur le tourisme ? Nathalie Delattre vient de déposer une proposition de loi de simplification. Pas de loi-cadre. Un ajustement.

Daniel Salmon n'y croit pas. « Le poison est dans la dose. On est dans l'accélération. Il faut ralentir. » Il appelle à une vraie régulation. Pas des demi-mesures.

Cyril Pelva rappelle que le Sénat intervient. La loi Le Meurice en est l'exemple. Mais les outils sont à la main des communes. Certaines s'en saisissent. D'autres pas.

L'enquête continue. Le sujet ne fait que commencer. Les habitants de Montmartre sont prêts à sortir dans la rue. Ceux du Verdon voient leur ressource en eau menacée. Les saisonniers ne trouvent plus à se loger. Le tourisme de masse asphyxie ce qu'il prétend célébrer.

« On peut augmenter de 30% pour atteindre 100 milliards dans 5 ans », rêvent les professionnels. Encore faudrait-il que les habitants soient encore là pour les accueillir.

Sources :

  • Livre blanc sur le surtourisme à Montmartre
  • Statistiques Atout France (100 millions de touristes, 71 milliards de chiffre d'affaires)
  • Loi Le Meurice (régulation des meublés touristiques)
  • Témoignages d'habitants et d'associations locales
  • Ouest-France (archives)
  • Reportage de Clément Guillon et Alienurpastre (vidéo sur les Greeters)
  • Images tournées par Emma Deschamps (logement des saisonniers)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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