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Séminaire français de Rome : un prêtre-psychanalyste accusé d'attouchements sur des séminaristes

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-14
Illustration: Séminaire français de Rome : un prêtre-psychanalyste accusé d'attouchements sur des séminaristes
© YouTube

Un séminariste raconte. Il décrit un système. Des hommes envoyés chez un prêtre pour « soigner » leur homosexualité. Selon la source, ce prêtre, Tony Anatrella, leur aurait imposé des séances de masturbation et de fellation. Sous couvert de thérapie. Le récit est celui de Barthélémy, ancien élève du séminaire français de Rome. Il est publié par le podcast Alter Ego de RFI.

Un système d'emprise au séminaire français de Rome

Selon le témoignage, le recteur du séminaire avait décelé une « difficulté » chez certains séminaristes. Une difficulté à assumer leur sexualité. Il soupçonnait que ces jeunes hommes étaient homosexuels — ou qu'ils traînaient des « problèmes pas réglés ». La solution ? Les envoyer chez Tony Anatrella.

Tony Anatrella est prêtre. Et il s'est autoproclamé psychanalyste, dit le témoin. Sous Benoît XVI, il est devenu « le monsieur sexualité » au Vatican. Un ami séminariste de Barthélémy y a été envoyé « sur ordre du recteur ». Il en est ressorti « traumatisé ».

Les séances « thérapeutiques » de Tony Anatrella

Selon Barthélémy, « tous décrivent à peu près le même genre de séance ». Ils venaient consulter parce qu'ils redoutaient d'être homosexuels. Anatrella leur expliquait qu'il fallait « évacuer leurs pulsions ». La méthode ? Une « thérapie corporelle ». Sans suivi. Avec des masturbations. Des fellations. « Pratiquées consciencieusement, cliniquement ».

Une figure vaticane aux méthodes radicales

Le séminaire français de Rome, lui, cultive l'opacité. « Une culture du secret et de l'emprise », décrit Barthélémy. Il y est entré à 26 ans. Il décrit un monde où le doute est interdit, où la rigidité est la règle, où l'on croise des « huiles » du Vatican avec de « très jeunes hommes ».

Barthélémy raconte une scène dans les rues de Rome. Avec des copains séminaristes, ils croisent un prêtre de Curie — un prêtre qui participe au gouvernement de l'Église. Il est accompagné d'un jeune séminariste « très mignon ». On lui recommande de « se méfier », de « s'en tenir à distance ». Les rumeurs tournent autour de ce prêtre.

Benoît XVI, idole, puis le choc François

Benoît XVI était une idole au séminaire. « Une idole », insiste Barthélémy. Il raconte l'avoir habillé. Le pape allemand, ses yeux très clairs, son bonnet rouge, son hermine blanche. « On l'habille comme une petite poupée. » Le pape se laisse faire. Il vit « dans le monde de la pensée ». Il fascine les conservateurs.

Puis 2013. Benoît XVI démissionne. Choc. Le conclave. Les cardinaux se réunissent. La fumée blanche. Le pape François sort sur le balcon : « Buonasera ! » Il dit « Fratelli e sorelle ». Un virage à 180 degrés, selon Barthélémy. François n'aime pas le formalisme. Il dit aux séminaristes : « Si vous ne doutez jamais, il y a un problème. »

Ce discours change tout pour Barthélémy. Il se sent légitime. En 2014, il devient prêtre à 28 ans. Il s'engage au célibat et à l'obéissance. Ses parents sont émus. « Il y a quelque chose qui s'approche du mariage », dit-il.

Les révélations et la lente libération de la parole

Mais les révélations arrivent à partir de 2015. L'affaire Bernard Preynat — un prêtre lyonnais condamné pour agressions sur mineurs. Le cardinal Barbarin est mis en cause, accusé de « légèreté ». Il a « menti », selon les victimes. Il perd toute crédibilité. La parole des victimes se libère.

Barthélémy part au Japon. Il quitte Rome, devient missionnaire. Il s'émerveille de ce grand départ — mais ne peut pas mettre à distance l'horreur. « Semaine après semaine », les révélations éclaboussent le clergé français. Il les regarde en face. Peu à peu.

Le podcast Alter Ego de RFI a recueilli ce témoignage en plusieurs épisodes. Le premier s'intitule « Obéir ou partir ». Le second décrit les séances chez Anatrella. Les faits sont précis. Les noms sont donnés. Les accusations sont directes.

Le contexte : une culture du secret

Le séminaire français de Rome est géré par la Conférence des évêques de France. Des critiques ont visé son conservatisme, son opacité.

Le témoignage de Barthélémy est un récit personnel. Il n'est pas étayé par des preuves documentaires dans l'extrait. Mais il est précis. Il nomme des lieux, des personnes. Il décrit des mécanismes : le recteur qui envoie, le prêtre qui « soigne », la culture du secret.

La question de la sexualité des prêtres reste un tabou. Un tabou qui, selon Barthélémy, « favorise » le recrutement de séminaristes homosexuels refoulés.

« Le mec qui est homo, il dit : de toute façon je ne pourrai jamais me mettre en couple », explique-t-il. L'homosexualité est réprouvée. Donc il devient prêtre. Le système « joue avec ça ». Il bloque les orientations sexuelles. Et il envoie ceux qui doutent chez Anatrella.

Barthélémy dit avoir « survécu ». « Je ne sais pas comment j'ai fait pour m'en tirer à si bon compte. Ce n'est clairement pas le cas de tout le monde autour de moi. » Il parle de « prêtres sexuels » qui jalonnent sa formation. De rues de Rome. De rumeurs. De prêtres de Curie.

À suivre.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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