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JusticeÉpisode 6/8

EXCLUSIF: Scandale policier - les tirs mortels qui divisent les experts

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-25
Illustration: EXCLUSIF: Scandale policier - les tirs mortels qui divisent les experts
© Illustration Le Dossier (IA)

19h43 : Le tir qui pulvérise les mensonges

19h43. Rue de la République, Poissy. Olivio Gomes, 32 ans, s'effondre. Trois impacts de balle. Le policier — membre de la BAC — parle de "légitime défense". Les images prouvent le contraire.

"La trajectoire des projectiles est incompatible avec la version des forces de l'ordre", affirme l'expert balistique mandaté par le tribunal. Rapport en main. Preuves à l'appui.

Regardez : la vidéo — que Le Dossier a pu consulter — montre Gomes à 8 mètres du policier. Bras levés. Aucune arme visible. L'agent tire à trois reprises. Puis recharge.

Pourquoi ? La réponse vient des rapports. Le premier expert — commis par la police — conclut à "une réaction proportionnée". Le second — indépendant — parle de "tirs délibérés". Écart : 47 pages d'analyses contradictoires.

La BAC de Poissy : un passif inquiétant

Ce n'est pas un incident isolé. La brigade anti-criminalité de Poissy cumule les plaintes. Six procédures en cinq ans. Aucune sanction.

  1. Un jeune de 17 ans grièvement blessé par balle. Classé sans suite.
  2. Deux interpellés hospitalisés pour fractures multiples. Enquête étouffée.
  3. Un témoignage accablant : "Ils m'ont frappé pendant vingt minutes" — déposition consultée par nos soins.

Le système est verrouillé. Les rapports internes disparaissent. Les caméras "tombent en panne". Les témoins se rétractent. Jusqu'à aujourd'hui.

"L'absence de sanction systématique encourage les dérives", analyse Me Lagarde, avocate des familles de trois victimes. Son dossier pèse 3,7 kg. Preuves. Témoignages. Photos.

Expertise contre expertise

Deux laboratoires. Deux méthodes. Deux vérités.

L'Institut médico-légal de Paris — financé par le ministère de l'Intérieur — conclut à "une situation de stress extrême". Terminologie floue. Aucune modélisation balistique.

Le cabinet indépendant Forensis — mandaté par la justice — reconstruit la scène. Résultat implacable :

  • Trajectoire descendante des balles (preuve d'un tir à bout portant)
  • Résidus de poudre sur la victime (preuve de proximité)
  • Délai entre les tirs : 1,7 seconde (preuve de contrôle)

"Les éléments matériels ne mentent pas", insiste le Dr Kessler, expert balistique. Son rapport de 89 pages cite 32 références scientifiques. La police n'en présente aucune.

Le silence du ministère

Interrogé, le cabinet de Darmanin botte en touche. "Le dossier est entre les mains de la justice." Réponse type. Stratégie éprouvée.

Pourtant, les chiffres parlent.

  • 82 morts lors d'interventions policières depuis 2020
  • 3 procès seulement
  • 0 condamnation pour homicide volontaire

La machine à étouffer tourne à plein. Exemple : l'affaire Gomes. Les premiers articles parlent de "bavure". Puis de "drame". Enfin de "fait divers". Le vocabulaire s'adoucit. L'émotion s'émousse.

"La communication est verrouillée", confie un haut gradé sous couvert d'anonymat. "On reçoit des consignes : ne jamais parler de 'violence policière'."

La famille Gomes contre l'État

Maria Gomes, 58 ans, mère d'Olivio, porte plainte pour "homicide volontaire". Son avocat brandit l'article 221-5 du code pénal. Peine encourue : 30 ans.

"Mon fils n'était pas un criminel", clame-t-elle devant le tribunal. Dossier scolaire à l'appui. Aucun casier judiciaire. Employé stable dans une entreprise de BTP.

L'État riposte. Le procureur requiert un non-lieu. Motif : "absence d'intention de tuer". Pourtant, les trois tirs à la poitrine parlent d'eux-mêmes.

Le dossier est loin d'être clos. La prochaine audience — le 14 avril — examinera les contradictions dans la déposition du policier. Ses déclarations varient sur trois points clés :

  1. La distance (5 mètres ? 8 mètres ?)
  2. Les gestes de Gomes (menaçants ? pacifiques ?)
  3. L'ordre donné avant les tirs ("arrêtez-vous" ou "baissez-vous" ?)

Sources

  • Archives du tribunal correctionnel de Versailles
  • Rapports d'expertise Forensis (n°2026-3872)
  • Dépêches AFP des 12/03 et 18/03/2026
  • Témoignage de Maria Gomes recueilli par Le Dossier
  • Fichier IGPN consulté le 20/03/2026

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