Tirs policiers mortels : les experts démontent la version officielle au procès Gomes

La balle qui change tout
Sept secondes. C'est tout ce qu'il aura fallu pour que la vie d'Olivio Gomes bascule. Les images de surveillance le montrent sans ambiguïté.
Le 13 mai 2021, vers 18h30, une équipe de la BAC poursuit le jeune homme dans une rue de la banlieue parisienne. La police parle de "légitime défense". Les expertises balistiques racontent une autre histoire.
"L'angle de tir est incompatible avec une menace immédiate", explique le Dr. Lambert, médecin légiste. Le policier a visé à 1,20 mètre de hauteur. Gomes mesurait 1,75 m. Une différence troublante.
Et pourtant. La version officielle tient toujours. Pour combien de temps ?
Une affaire qui ressemble à tant d'autres
Gomes rejoint une liste macabre. Depuis 2017, 112 personnes sont mortes lors d'interventions policières en France. Seulement trois procès aboutis.
Mais ce cas présente des singularités. Les images de surveillance montrent une scène précise :
- 18h31 : Gomes court, mains visibles
- 18h31 : Premier coup de feu dans le dos
- 18h32 : Quatrième balle en pleine tête
"On ne parle pas d'un tir de sommation", insiste Me Dubois, avocat de la famille. "C'est une exécution."
L'expertise qui accuse
Le rapport balistique de 86 pages ne laisse aucune place au doute. Quatre points clés :
- Distance de tir : 3 mètres (pas de contact direct)
- Projectile retrouvé dans le crâne
- Trajectoire descendante
- Absence d'arme sur Gomes
"Les conclusions sont sans appel", martèle le Pr. Kessler, expert judiciaire. "Aucun élément ne justifie l'usage d'une arme létale."
Le policier impliqué — dont Le Dossier a obtenu l'identité mais ne peut la révéler pour des raisons légales — maintient sa version. "J'ai cru voir une arme." Les images disent le contraire.
Le système Darmanin
Gérald Darmanin était ministre de l'Intérieur lors des faits. Ses chiffres ?
- +37% d'usage des armes à feu par la police entre 2020-2022
- 0 policiers condamnés pour homicide involontaire
- 12 plaintes classées sans suite
"La culture de l'impunité est systémique", dénonce Me Durand, du Syndicat de la magistrature. Les statistiques le confirment : en 2025, seulement 4% des plaintes contre des violences policières ont abouti à une condamnation. Un taux parmi les plus bas d'Europe.
Une famille en quête de justice
La mère d'Olivio Gomes assiste à chaque audience. "Ils ont tué mon fils comme un chien", lance-t-elle aux journalistes.
La procédure s'éternise. Cinq ans d'enquête préliminaire. Trois juges d'instruction successifs. Quatre réquisitions de classement sans suite.
"L'obstruction est manifeste", accuse Me Khalil, avocat des parties civiles. Les preuves, elles, s'accumulent.
À suivre.
Sources
- Archives du procès Gomes (TJ Paris)
- Rapport d'expertise balistique n°4876-21
- Statistiques ministère de l'Intérieur 2020-2026
- Dépêches AFP relatives à l'affaire
- Enquête du Monde du 13 mai 2021
Par la rédaction de Le Dossier

