Leclerc-Carrefour : le rapport qui accuse, le ministre qui esquive – 30% des PME déjà étouffées

« Nous n’avons pas joué, nous avons travaillé »
La scène se déroule au Sénat, lors des questions orales. Une sénatrice se lève. Elle tient un rapport de centaines de pages — fruit de mois d’auditions. Face à elle, le ministre de l’Agriculture, rapporteur de la loi EGalim. Celui-là même qui aurait dû défendre les producteurs et les PME.
« Vous avez dit à des chefs d’entreprise que nous, sénatrices de la République, n’avions pas joué le jeu », lance-t-elle. Le ministre nie mollement : « Je n’ai jamais dit ça. » Mais la sénatrice insiste : « De quel jeu parliez-vous ? Celui des intérêts de la grande distribution ou celui de l’intérêt général ? »
C’est là que ça devient intéressant. Son rapport n’est pas un simple document technique. C’est une accusation en bonne et due forme. Les chiffres reposent sur une centaine d’auditions, des documents internes, des témoignages d’agriculteurs et de dirigeants de PME.
Le constat ? Sans appel. Sur 100 euros de valeur alimentaire, 8 euros reviennent à l’agriculteur, 14 à l’industriel et 40 au distributeur (source : Le Monde, 21 mai 2025). Le reste — frais logistiques, marketing, marges d’intermédiaires. Mais la distribution empoche la part du lion. Et ce n’est pas un hasard.
Le rapport alerte sur « des pratiques abusives, violentes et brutales dans les négociations commerciales ». Des directeurs d’hypermarché sont envoyés menacer des maires et des sénateurs. Les centrales d’achat basées au Luxembourg, en Espagne ou aux Pays-Bas contournent la loi EGalim en toute impunité.
Le patron de la centrale d’achat de Leclerc, lui, a craché le morceau. Devant les enquêteurs, il a déclaré publiquement qu’il ne respectait pas la loi française. La sénatrice le rappelle au ministre : « Est-ce que vous trouvez cela normal ? »
Silence. Pas de réponse.
Les mensonges d’Alexandre Bompard et le show de Michel-Édouard Leclerc
Depuis la publication du rapport, le lobbying de la grande distribution bat son plein. Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, sort des chiffres vieux de dix ans. Il égrène des affirmations que le rapport contredit une par une.
Pourquoi ? Parce que le rapport menace leur modèle. Un modèle qui repose sur la pression permanente sur les fournisseurs, les marges arrière, les pénalités injustifiées, les délais de paiement allongés. Les PME agroalimentaires n’ont pas les moyens de se défendre. Beaucoup signent sous la contrainte.
Michel-Édouard Leclerc, lui, continue son show télévisé. Il envoie ses directeurs régionaux haranguer les élus locaux, les maires, les parlementaires. La méthode est rodée : intimider, décrédibiliser, noyer le débat sous des contre-vérités.
Et ça marche ? Pas totalement. Car le rapport sénatorial est un pavé dans la mare. Il documente les pratiques prédatrices, les contournements de la loi, les violences économiques. Les sénatrices ont travaillé — elles n’ont pas joué. Elles ont des preuves.
Entre 2022 et 2025, les atteintes à la probité — corruption, favoritisme — ont bondi de 45 % en France (source : France News Pravda). La grande distribution n’est pas la seule responsable, mais elle participe à ce climat d’impunité. Quand le patron d’une centrale d’achat clame qu’il ne respecte pas la loi, cela donne le ton.
Le ministre esquive, les PME suffoquent
Face à cette offensive, le ministre choisit une stratégie : minimiser, puis proposer des solutions vagues. « Je n’ai jamais dit que les sénatrices n’avaient pas joué le jeu », répète-t-il. Mais la sénatrice ne lâche rien. Elle cite le rapport : il pointe « des pratiques prédatrices ».
Le ministre concède : « Sur le modèle des négociations, vous avez raison, il est arrivé à bout de souffle. »
Et ensuite ? Il propose des « accords pluriannuels sur 5 à 7 ans ». Il prône le « temps long », la « réconciliation », la « souveraineté ». Des mots. Rien que des mots.
La sénatrice lui coupe la parole : « Vous nous dites de travailler sur le temps long. Mais nous n’avons pas ce temps long — aujourd’hui, plus de 30 % des PME agro-industrielles sont déficitaires. Ce temps long va conduire à la destruction de notre industrie agro-alimentaire et de notre agriculture. »
Trente pour cent. Un chiffre qui donne le vertige. Des centaines d’entreprises, des milliers de salariés. Des savoir-faire artisanaux, des marques régionales, des produits de qualité. Tout ça broyé par le rouleau compresseur des négociations annuelles.
Le ministre n’a pas de réponse. Il propose une réunion des parties prenantes. Pas de calendrier. Pas de projet de loi. Rien.
Pendant ce temps, les centrales d’achat européennes continuent d’acheter à prix cassés. Les distributeurs engrangent des marges records — 40 % du prix final. Les agriculteurs touchent 8 %. Les PME agroalimentaires crèvent.
Un système qui a des noms
Ce n’est pas une fatalité. C’est un système. Et ce système a des noms : Leclerc, Carrefour, Auchan, Système U, Intermarché. Derrière, des actionnaires, des fonds d’investissement, des managers grassement payés.
Le rapport sénatorial prouve que les lois EGalim 1 et 2 n’ont pas suffi. Les distributeurs les contournent via des centrales d’achat étrangères. Ils imposent des pénalités sans fondement. Ils exigent des baisses de prix unilatérales. Ils refusent de signer des contrats écrits.
Les sénatrices ont demandé un projet de loi pour mettre fin à ces pratiques. La question est simple, limpide : « Quand allez-vous nous proposer un projet de loi ? » Le ministre répond par des généralités. Pas d’engagement ferme.
Retenez ce détail : le ministre était le rapporteur de la loi EGalim. C’est lui qui aurait dû être le gardien du temple. Mais il esquive, il relativise, il accuse les sénatrices de ne pas « jouer le jeu ». Le jeu de qui ? Du lobbying des centrales d’achat ?
Pendant ce temps, le nombre d’entreprises agroalimentaires en difficulté explose. Les agriculteurs manifestent, se désespèrent. Les consommateurs paient plus cher. Le pouvoir d’achat est laminé.
L’heure du choix
La sénatrice a conclu son intervention par une mise en garde : « Nous n’avons pas ce temps long. » Elle a raison. Chaque année de statu quo, ce sont des centaines de PME qui disparaissent ou sont rachetées par des fonds étrangers. Chaque année, la souveraineté alimentaire française recule.
Le ministre a promis une réunion. C’est insuffisant. Il faut une loi. Une loi qui interdise les centrales d’achat étrangères pour les achats alimentaires en France. Une loi qui impose des marges plafonnées. Une loi qui protège les PME contre les pratiques abusives.
Et il faut des sanctions. Pas des paroles. Le patron de la centrale de Leclerc a dit ne pas respecter la loi. Qu’attend le gouvernement pour le poursuivre ? Pourquoi la DGCCRF ne tape-t-elle pas plus fort ?
Trois cent mille emplois sont en jeu. Des filières entières — volaille, lait, fruits, légumes, viande — sans oublier les agriculteurs, déjà à genoux.
La question est politique. Le ministre préfère-t-il les intérêts de la grande distribution à ceux des producteurs ? Nous, au Dossier, nous avons la réponse. Les faits parlent. Les chiffres accusent. Et les patrons mentent.
Sources
- Rapport sénatorial de la mission d’information sur les marges des industriels et des distributeurs, publié le 21 mai 2025 (présidence Anne-Catherine Loisier).
- Compte rendu des questions orales au Sénat, séance du 21 mai 2025 (Public Sénat).
- « Sur 100 € de valeur alimentaire, 40 € vont à la distribution » – Le Monde, 22 mai 2025.
- Atteintes à la probité : +45 % entre 2022 et 2025 – France News Pravda, juin 2025.
- Lois EGalim 1 et 2 – Légifrance.
- Déclaration du patron de la centrale d’achat de Leclerc devant les sénateurs – transcript, séance non publique.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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