EPAD de Valenton : une famille accuse l'établissement de négligence mortelle

Une odeur de chair morte. Des mensonges éhontés. Une plainte déposée dans l'urgence. Nathalie n'oubliera jamais ce 12 février. En soulevant la couverture de sa mère, l'odeur l'a frappée avant même qu'elle ne découvre l'escarre — une plaie béante de 10 cm, purulente, bordée de tissus noircis. Cinq jours plus tard, Denise Cosjan Jean rendait son dernier souffle. L'EPAD de Valenton, géré par le groupe ISIS, clame son innocence. Le parquet de Créteil a ouvert une enquête.
L'escarre qui a tué
Cinq jours. C'est tout ce qu'il a fallu à l'infection pour emporter Denise après la découverte de la plaie. "Ils l'ont laissée pourrir", martèle Nathalie, les yeux rivés sur la photo que Le Dossier a pu consulter. La nécrose sentait la mort.
L'établissement affirme avoir alerté la famille dès novembre. Un mensonge, selon les enfants : "On nous a menti sur son état." Le certificat de décès mentionne un arrêt cardiaque. Mais l'autopsie pourrait révéler autre chose.
Pendant ce temps, le médecin de l'EPAD aurait haussé les épaules : "De toute façon, c'est pas guérissable." Voilà.
Un corps en souffrance
L'escarre n'était que la dernière étape d'un long calvaire. Depuis son entrée en 2020, le corps de Denise racontait une autre histoire :
- Mâchoire fracturée après une chute "inexpliquée"
- Doigts écrasés dans une porte — "un accident", bien sûr
- Des hématomes partout. Toujours.
En septembre 2023, la famille avait porté plainte pour la fracture. Trop tard. "On cherchait désespérément une autre place..." Nathalie laisse traîner sa phrase. Sans espoir.
L'EPAD brandit ses "transmissions médicales". Pendant ce temps, Denise fondait : 38 kg sur la balance.
La machine à dénier
"Un escarre, ça s'évite." L'ancien cadre d'EPAD que nous avons joint n'y va pas par quatre chemins : "Avec du personnel en sous-effectif, les plaies deviennent inévitables.' L'établissement compte 12 soignants pour 60 résidents — pile le minimum légal."
ISIS, le groupe gestionnaire, a changé de nom en 2022 après le scandale HRPA. Dans Les Fauxoyeurs, on découvrait des résidents attachés, drogués à outrance. Chiffre d'affaires 2023 : 287 millions. "Où passe l'argent ?", s'étrangle Stéphane, le fils de Denise.
L'ARS ? Elle temporise : "Enquête en cours." Et pourtant.
Justice en sursis
La famille exige des réponses. Mais l'affaire Orpea leur a montré la voie : quatre ans d'attente avant un procès. "Maman ne reviendra pas", murmure Nathalie, les larmes aux yeux.
L'EPAD maintient sa version : "Aucune négligence." Au cimetière de Valenton, une tombe fraîche attend les résultats de l'autopsie. Et peut-être, un jour, un semblant de justice.
Sources :
- Certificat de décès de Denise Cosjan Jean
- Photographie de l'escarre datée du 12 février 2024
- Main courante déposée au commissariat de Créteil le 5 septembre 2023
- Réponse écrite du groupe ISIS à nos questions
- Livre "Les Fauxoyeurs" (éd. Flammarion, 2022)
- Dossier ARS Île-de-France sur l'EPAD de Valenton
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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