Scandale sanitaire au Sénégal : Des couches toxiques pour bébés vendues pendant des mois
Matières premières périmées, normes bafouées. Pendant un an, l'État sénégalais a laissé circuler des produits dangereux. Enquête sur un système qui a préféré les profits à la santé des nourrissons.

95 mm : la mesure qui a tout révélé
95 mm. Une simple différence de 5 millimètres a mis à nu la supercherie. Les machines devaient produire des couches de cette taille précise depuis 2024. Mais les relevés montrent des écarts dès 2023. Premier signal d'alarme ignoré.
"Les matières premières dataient de 2020", peut-on lire dans un rapport interne de l'Agence de Réglementation Pharmaceutique que Le Dossier s'est procuré. Quatre ans de dépassement de date limite — pour un produit en contact direct avec la peau fragile des nourrissons.
Et pourtant. L'enquête parlementaire révèle une cascade de négligences :
- Stocks entrants jamais contrôlés
- Rapports d'audit falsifiés
- Alertes systématiquement enterrées
Interrogé lors des auditions, le professeur Mbaye Ndiaye du ministère de la Santé s'est contenté d'une réponse laconique : "Il fallait maintenir l'approvisionnement." Les nourrissons, eux, ont payé le prix fort.
Alerte allemande, silence sénégalais
Janvier 2024. Les laboratoires allemands envoient leurs analyses. Le verdict est sans appel : pH trop acide, résidus chimiques à 300% au-dessus des seuils autorisés. Des résultats qui auraient dû déclencher l'alerte maximale.
Rien ne se passe. Les couches SoftCare restent en vente libre. Il faudra attendre mars 2025 — quinze mois plus tard — pour que le ministère de l'Industrie ordonne enfin leur retrait. "Des procédures", ont-ils expliqué. Vraie raison ? La pression des industriels.
Les chiffres donnent froid dans le dos :
- 12 millions de couches vendues
- 87% des pharmacies concernées
- 0 rappel avant 2025
Un inspecteur, sous couvert d'anonymat, lâche : "Le chiffre d'affaires avant tout. Même quand il s'agit de bébés."
Une commission d'enquête... qui n'enquête pas
L'Assemblée Nationale promettait des auditions transparentes. Dans les faits ? Un simulacre. Deux semaines chrono pour boucler le dossier. Aucun industriel convoqué. Le commissaire aux Enquêtes Économiques s'est contenté d'envoyer un courrier.
Le rapport final minimise les risques. "Aucun cas avéré", affirme-t-il. Problème : personne n'a cherché. "Comme éteindre un incendie les yeux fermés", ironise une pédiatre de Dakar.
Pendant ce temps, les documents internes du ministère de la Santé révèlent trois cas d'érythèmes sévères en juin 2024. Des hospitalisations. Aucun suivi.
La valse des responsabilités
Tous savaient. Tous se renvoient la balle.
L'Agence de Réglementation a tiré la sonnette d'alarme dès novembre 2023. Le ministère de l'Industrie avait les analyses. La Santé en discutait en interne — nos documents le prouvent.
Pourtant, le jeu des responsabilités bat son plein :
- "Aux industriels de contrôler" (Industrie)
- "Pas les moyens" (Agence)
- "Pas notre décision" (Santé)
Un système bien huilé. Qui protège ses intérêts. Au détriment des plus vulnérables.
Quand le profit l'emporte sur la santé
Mars 2025. Le retrait est enfin annoncé. Trop tard : 92% des stocks contaminés avaient déjà été écoulés.
On nous promet des "mesures correctives". Les mêmes mots qu'en 2019 après le scandale des laits infantiles. L'histoire se répète.
Les faits, eux, sont implacables :
- Budget inspections santé : -40% depuis 2020
- 3 contrôleurs pour 1 200 usines
- 0 sanction malgré les preuves accablantes
"Priorité absolue", clament les communiqués. Les bébés sénégalais attendent toujours que les actes suivent.
L'enquête continue.
Sources
- Rapports d'analyse des laboratoires allemands (2024) - Fuite interne
- Procès-verbaux des auditions parlementaires sénégalaises (2025)
- Documents internes du ministère de la Santé (2023-2025)
- Témoignages d'inspecteurs de l'Agence de Réglementation Pharmaceutique
- Dossiers techniques des usines SoftCare (2020-2025)
Quelle était la différence de taille qui a révélé le problème des couches ?
Par la rédaction de Le Dossier
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