Sandrine Josso : six mois après le verdict, le contribuable payait encore l'indemnité de Guerriau

« J’ai plus de facilité à faire du bruit pour toutes les victimes de l’ombre. » Sandrine Josso, députée, victime de soumission chimique, tient parole. Six mois après la condamnation de Joël Guerriau à quatre ans de prison – dont 18 mois ferme – elle continue de se battre. Mais pendant que l’ancien sénateur purge sa peine, une question demeure : pourquoi a-t-il bénéficié de sa pleine indemnité parlementaire jusqu’à sa démission, en octobre 2025 ? Le contribuable, lui, a payé. Et ce n’est pas rien.
Un verdict, quatre ans de prison, 18 mois ferme
Le 27 janvier 2026, le tribunal correctionnel de Paris rend son jugement. Après deux jours d’audience, Joël Guerriau est reconnu coupable d’avoir administré de la MDMA à la députée Sandrine Josso dans l’intention de l’agresser sexuellement. La peine : quatre ans de prison, dont 18 mois ferme. Un mandat de dépôt est décerné. L’ex-sénateur de Loire-Atlantique, 66 ans, est incarcéré.
Le procès a été rapide – deux jours seulement. Une rareté dans une justice française qui, selon les données de la CEPEJ (Commission européenne pour l’efficacité de la justice), compte 11 juges pour 100 000 habitants. Contre 25 en Allemagne. Résultat : un procès civil dure en moyenne 637 jours en France, contre 190 outre-Rhin. Ici, l’affaire a été jugée en quelques mois. Pourquoi ? Parce que la victime est une députée. Parce que l’affaire a fait la une. Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.
Le combat de Josso : « Je me préparerais encore une fois à monter sur le ring »
Sandrine Josso n’est pas une victime silencieuse. « Mon engagement vient du ventre, confie-t-elle à franceinfo. Je me suis engagée pour lutter contre les cancers pédiatriques, parce que ma fille avait eu un cancer. » Aujourd’hui, son combat s’élargit. « Aujourd’hui, la soumission chimique fait partie d’un de mes combats et je continuerai parce que j’ai d’un côté ce statut de victime et d’un autre côté ce statut de députée. »
Elle utilise sa tribune. Six mois après le verdict, elle multiplie les prises de parole, les rencontres avec des associations, les interventions à l’Assemblée. « Je me préparerais encore une fois à monter sur le ring », dit-elle. Une formule qui n’a rien d’une métaphore creuse. Josso a déposé des propositions de loi pour renforcer la lutte contre la soumission chimique, pour faciliter les dépôts de plainte, pour former les forces de l’ordre. Le texte est en commission. Son sort ? Inconnu.
Pendant ce temps, les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon le ministère de la Justice, 94 % des viols sont classés sans suite. Le taux pour les soumissions chimiques n’est pas public, mais les associations estiment qu’il est comparable. L’impunité est la règle. Josso veut changer cela. Mais elle est seule – ou presque. Le Sénat, lui, reste silencieux.
Pendant ce temps, le contribuable payait l’indemnité de Guerriau
C’est peut-être l’aspect le plus scandaleux de cette affaire. En octobre 2024, l’association anticorruption Anticor écrit au président du Sénat, Gérard Larcher. Son message : Joël Guerriau, mis en examen et en retrait du Sénat sans avoir démissionné de son mandat, continue de bénéficier de la totalité de son indemnité mensuelle. 7 000 euros brut. Par mois.
Guerriau avait annoncé son refus de démissionner en septembre 2024, arguant que « ce serait totalement injuste car la justice n’a pas tranché ». Il a finalement quitté son mandat le 6 octobre 2025, après sa condamnation en première instance ? Non, la condamnation date de janvier 2026. Il a démissionné avant le verdict, sous la pression médiatique et politique. Mais entre sa mise en examen (novembre 2023) et sa démission, combien de mois a-t-il perçu son indemnité ? Au moins 22 mois. Soit environ 154 000 euros brut. De l’argent public. Versé à un homme qui, selon la justice, a drogué une collègue pour l’agresser sexuellement.
Le Sénat n’a rien fait. Aucune suspension de l’indemnité. Aucune procédure disciplinaire. Anticor dénonce un « manquement grave à la probité ». Le contribuable, lui, paie. Et il paie aussi pour les 50 agences publiques créées depuis 2000 sans aucune suppression, pour un coût cumulé de 60 milliards d’euros par an (selon un rapport sénatorial de 2023). Mais ceci est une autre histoire.
Une justice à deux vitesses ?
L’affaire Guerriau illustre un paradoxe. D’un côté, une procédure rapide, un procès en deux jours, une condamnation ferme. De l’autre, une impunité administrative et une lenteur chronique pour les anonymes. La France manque de juges – 11 pour 100 000 habitants, contre 25 en Allemagne. Les parquets sont submergés. Les affaires complexes sont classées sans suite. Les victimes ordinaires attendent des années.
Josso a eu la chance d’être députée, d’avoir des relais médiatiques, de pouvoir « faire du bruit ». Combien de femmes victimes de soumission chimique n’ont pas cette chance ? Combien de plaintes sont classées parce que le parquet n’a pas le temps d’instruire ? Le système judiciaire français est structurellement incapable d’absorber le flux. Ce n’est pas une question de moyens – la France dépense plus de 10 % de son PIB en dépenses publiques de justice ? Non, le budget de la justice est de 9,6 milliards d’euros en 2025, en hausse, mais toujours insuffisant au regard des besoins. Le problème est un choix politique : depuis des décennies, on sacrifie la justice sur l’autel des économies.
Et maintenant ?
Sandrine Josso continue. Elle prépare de nouvelles propositions de loi. Elle veut créer un fichier des auteurs de soumission chimique, renforcer les contrôles dans les discothèques, former les médecins. Elle sait que le chemin est long. « Je continuerai parce que j’ai ce statut de victime et ce statut de députée », répète-t-elle.
Pendant ce temps, Joël Guerriau purge sa peine. L’indemnité qu’il a perçue pendant des mois n’a pas été réclamée par le Sénat. Le contribuable a perdu 154 000 euros. Et aucune réforme structurelle n’est en vue. Le Sénat n’a toujours pas de procédure pour suspendre l’indemnité d’un élu mis en examen. La justice attend toujours ses 14 000 magistrats supplémentaires (promis par le Président en 2023, à peine 2 000 recrutés). Et les victimes de l’ombre restent dans l’ombre.
« J’ai plus de facilité à faire du bruit », dit Josso. Elle a raison. Mais le bruit ne suffit pas. Il faut des juges. Il faut des procédures. Il faut que l’État punisse – et qu’il cesse de payer les coupables.
À suivre.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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