Saadé l'ogre médiatique : comment CMA CGM achète la France

1,55 milliard. Le chiffre fait trembler les comptes. En 2024, Rodolphe Saadé — l'homme qui dirige CMA CGM d'une main de fer — met la main sur BFM TV et RMC. Record absolu. Mais derrière ces gros titres, une mécanique huilée depuis des années.
Tout commence à Marseille
- La Provence cherche repreneur. Bernard Tapie, actionnaire historique, avait promis le journal à Xavier Niel. Raté.
L'Élysée est intervenu.
"Macron les a fait monter dans son avion présidentiel", révèle Marcendeeveld. Saadé l'emporte. Premier média. Première dette politique.
15 août 2022. Pendant que le président discute en Algérie, Niel mord la poussière. Saadé entre dans la cour — celle où l'on ne joue plus, mais où l'on gagne.
Millefeuille ou casse-tête ?
Pourquoi s'offrir des médias qui perdent de l'argent ? Trois mots : poids publicitaire.
- 2022 : La Provence (20 millions €)
- 2023 : La Tribune (montant secret)
- 2024 : BFM-RMC (1,55 milliard €)
Chaque achat a sa place dans le puzzle. "Tous déficitaires", souligne Marcendeeveld. "Mais ensemble, ils permettent de défier TF1 sur le marché pub."
Un marché en berne. -40% depuis 2018, laminé par les GAFAM. La parade ? Devenir indispensable.
L'impôt fantôme
54,4 milliards de dollars de CA. Presque zéro impôt. CMA CGM profite d'un statut d'armateur taillé sur mesure — merci Chirac.
"Le groupe ne paie rien en France", insiste notre source. Un privilège en sursis. D'où sa fidélité envers Macron.
Les archives du Sénat parlent. 2022, Saadé déclare : "Nos échanges avec le gouvernement sont réguliers. Certaines opérations se font en bonne intelligence." Aveu ou menace ?
L'ARCOM plie
- L'Autorité de la concurrence flanche. Après avoir torpillé TF1-M6 en 2022, elle prépare un revirement spectaculaire.
Raison officielle ? "Le paysage a changé avec les géants américains." Vraie raison ? Le matraquage intensif sur Rachida Dati, alors ministre de la Culture.
"On cherche des failles juridiques", confie un banquier. Objectif : réduire de 5 à 2 ans le délai pour revendre les licences médiatiques. Et Saadé presse.
La ligne éditoriale ? Une illusion
"Je ne m'immisce pas dans les rédactions." La phrase de Saadé sonne faux.
La Tribune : licenciements secs. La Provence : directeurs virés. "Il rationalise", décrypte Marcendeeveld. "Saadé n'est pas un patron de presse. C'est un stratège financier."
Sa méthode ?
- Acheter à perte
- Grappiller des faveurs
- Garder son avantage fiscal
Trois mouvements. Un seul but : 3,2 milliards € d'économies sur dix ans.
Ports en guerre
Sous les médias, la bataille des docks. CMA CGM affronte MSC — le rival italo-suisse — pour le contrôle des terminaux.
"Le Havre contre Marseille, c'est la diagonale du fou", lâche un ex-macroniste. Partout, des pions bougent.
L'affaire Colas le prouve. L'ex-secrétaire général de l'Élysée — proche de MSC — écope pour prise illégale d'intérêts. Les armateurs mènent le bal.
2027, déjà là
"Les milliardaires placent leurs pions", alerte Marcendeeveld. Bolloré mise sur l'extrême droite. Niel et Kretinsky guettent.
Saadé, lui, reste fidèle. Même si ça coûte des centaines de millions.
Pourquoi tenir ?
- Sauver son statut fiscal
- Garder un levier d'influence
- Préparer l'après-Macron
Un jeu risqué. Mais Saadé a les reins solides.
Sources
- Audition de Rodolphe Saadé au Sénat (15 mars 2022)
- Newsletter "L'Œil de Marcendeeveld" (mars-avril 2026)
- Décisions ARCOM n°2023-45 à 2025-12
- Rapport annuel CMA CGM 2025
- PV du colloque Sénat "Concentration médiatique" (janvier 2026)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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