Présidentielle 2027 : au RN, Bardella relégué, Le Pen reste la candidate

« Le destin des dauphins est parfois de s’échouer »
Cette maxime, Jordan Bardella la connaît par cœur. Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, la répétait dans les meetings, dans les couloirs. Elle visait alors Bruno Gollnisch, son bras droit, qui espérait prendre la succession. En 2011, Gollnisch a échoué. Le Pen a préféré sa fille, Marine.
Aujourd’hui, l’histoire se répète. Mediapart révèle que Bardella, qui cultivait depuis des mois une image de présidentiable, soudain, se fait remettre à sa place. Il ne postulera finalement qu’à un poste de Premier ministre. Pas à l’Élysée. La décision est tombée en interne, sans annonce officielle. Les signaux, eux, sont clairs.
Marine Le Pen, elle, reste la candidate. Et ce n’est pas rien : malgré sa condamnation en appel à trois ans de prison, le 8 juillet 2026 (Ouest-France), elle conserve la main sur le parti. La sentence n’a pas entamé son emprise dynastique.
Bardella, de présidentiable à Premier ministre
Commençons par le commencement. Jordan Bardella a été propulsé à la tête du RN en 2022, après le départ de Marine Le Pen pour la présidence du groupe au Parlement européen. Il a modernisé l’image du parti, multiplié les apparitions médiatiques, soigné son profil sur les réseaux sociaux. Beaucoup le voyaient comme le candidat naturel pour 2027.
Mais la réalité du pouvoir au RN est ailleurs. Mediapart détaille : Bardella n’a jamais eu les coudées franches. Les décisions stratégiques — notamment sur la présidentielle — restent l’apanage de la famille Le Pen. Le parti est décrit comme une « entreprise familiale » où les liens du sang priment sur les compétences.
Bardella ne postulera donc qu’à Matignon. Un poste de Premier ministre, si le RN gagne la présidentielle. Mais en attendant, il doit s’effacer. La campagne sera menée par Marine Le Pen. Lui devra se contenter des meetings de second rang, des allocutions locales, des discours de soutien.
Une entreprise familiale qui verrouille les ambitions
Le parallèle avec Bruno Gollnisch est frappant. En 2011, Gollnisch était le numéro deux, le successeur désigné. Mais Jean-Marie Le Pen a choisi sa fille. Gollnisch a dû s’incliner. Aujourd’hui, Bardella subit le même sort. La différence ? Bardella est plus jeune, plus médiatique. Mais il n’est pas un Le Pen.
Le fonctionnement du RN est verrouillé. Les postes clés sont occupés par des proches de Marine Le Pen : sa nièce, son avocat, ses conseillers historiques. Bardella, lui, vient de la banlieue parisienne, sans lien familial. Il a gravi les échelons par son travail, mais il reste un « extérieur ».
Mediapart cite des sources internes : « Il n’a jamais été question que Bardella soit le candidat. Marine a toujours eu le dernier mot. » Le parti ne peut pas fonctionner autrement qu’en dynastie. C’est une constante depuis 1972.
Le contexte judiciaire : une condamnation qui ne change rien
Trois jours avant la publication de l’enquête de Mediapart, Marine Le Pen a été condamnée en appel à trois ans de prison, dont un an ferme, pour détournement de fonds publics (Ouest-France). La peine est lourde. Mais elle n’a pas modifié les plans.
Au contraire, selon plusieurs observateurs, cette condamnation renforce la nécessité pour le RN de maintenir Marine Le Pen comme candidate. Elle est la seule à pouvoir incarner la « victimisation » face à la justice. Bardella, lui, n’a pas ce capital politique.
Le parti a d’ailleurs organisé un déjeuner avec le bureau exécutif du Medef le 20 avril 2026 (L’Essentiel de l’Éco). Bardella y était présent. Mais c’est Marine Le Pen qui a mené les discussions. Les patrons l’ont vue comme l’interlocutrice principale.
Les prochaines échéances : congrès d’Orléans et désignation officielle
Le RN doit désigner officiellement son candidat à la présidentielle lors de son XIXe congrès, les 24 et 25 octobre 2026 à Orléans (L’Essentiel de l’Éco). En théorie, Bardella pourrait se présenter. En pratique, il ne le fera pas.
Mediapart affirme que la décision est déjà prise. Marine Le Pen sera candidate. Bardella devra se contenter d’un rôle de soutien. Le congrès ne sera qu’une formalité. Les militants n’auront pas le choix.
Qui a signé cet accord ? Personne ne le dit officiellement. Mais les faits sont là. Bardella a accepté son sort. Il continue de sourire devant les caméras. Mais en coulisses, la déception est palpable.
Le dossier est loin d’être clos
Cette affaire révèle une fragilité structurelle au RN. Le parti est dépendant d’une seule famille. Si Marine Le Pen venait à être empêchée — par la justice ou par la maladie —, qui prendrait la relève ? Bardella ? Il est déjà écarté. Un autre Le Pen ? Il n’y en a pas.
La question se pose d’autant plus que la condamnation en appel pourrait être suivie d’une inéligibilité. Le jugement définitif n’est pas rendu. Mais si Marine Le Pen ne peut pas se présenter, le RN serait orphelin.
Bardella, lui, reste en embuscade. Il a 30 ans. Le temps joue pour lui. Mais pour l’instant, il doit patienter. Le destin des dauphins est parfois de s’échouer. La maxime de Jean-Marie Le Pen n’a jamais été aussi vraie.
Sources :
- Mediapart, « Au RN, l’élection présidentielle reste une affaire de Le Pen », 10 juillet 2026.
- Ouest-France, « Suivez notre direct consacré à la condamnation en appel de Marine Le Pen », 8 juillet 2026.
- L’Essentiel de l’Éco, « Le RN doit désigner officiellement son candidat lors de son XIXe congrès », 2026.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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