Redwan Faid : l'évasion en hélicoptère du braqueur multirécidiviste

Accroche
Un bruit d'hélicoptère, à l'aube. Les surveillants lèvent la tête. Dans la cour d'honneur, un appareil se pose. Trois hommes armés en descendent — cagoulés, kalachnikovs en main. En moins de dix minutes, ils découpent les portes blindées, récupèrent un détenu et repartent. Le pilote, Stéphane Buy, est leur otage. Voilà. Selon le récit du Figaro, Redwan Faid signe sa deuxième évasion.
Les faits
Redwan Faid est né en 1972, en Picardie. Il commence ses délits à 9 ans, après la mort de sa mère. Passionné de films de gangsters — Point Break, Heat — il reproduit les scènes. En 1995, des hommes déguisés en Père Noël, portant des masques de Mitterrand ou de Michel Rocard, braquent la BNP de Creil. Faid est à la manœuvre. Le directeur est séquestré. Deux ans plus tard, il attaque un fourgon blindé à Villepinte. Ça tourne mal : une balle dans l'épaule, son ADN le trahit. Il s'enfuit en Israël, puis revient en France, passe par la Suisse, se fait arrêter avec de faux papiers en 1998.
Les faits sont établis par plusieurs sources, dont France 24 et C dans l'air, qui relatent la même chronologie. Aucune divergence notable entre les récits.
Condamné en 2003 à 26 ans de prison, Faid sort sous liberté conditionnelle le 30 mars 2009. « Bonne conduite », dit le dossier. Il écrit une autobiographie, fait la tournée des médias. Il se présente comme le voyou repenti.
Le 20 mai 2010, Aurélie Fouquet, policière de 26 ans, meurt à Villiers-sur-Marne lors de l'attaque d'un convoi de fonds. Quatre hommes cagoulés, armés. Faid est lourdement suspecté. Il est arrêté l'année suivante. Il entre à la prison de Lille.
Le 13 avril 2013, première évasion. Après sa promenade, il se rend au parloir. Il dégaine un pistolet, prend cinq agents en otage, fait exploser les portes blindées. Il sort à 8h15, rejoint une voiture garée sur l'autoroute. Trente minutes de liberté. Son vendeur de faux papiers le dénonce. Les gendarmes l'interpellent le 29 mai dans un hôtel de Savoie. Direction le quartier de haute sécurité de Fleury-Mérogis, puis Réo.
Le 1er juillet 2018, la deuxième évasion. Le scénario est connu : trois hommes se présentent pour une initiation au pilotage, prennent le pilote en otage, atterrissent dans la cour. Bombes lacrymogènes pour brouiller les caméras. Découpage des portes. Dix minutes. Les quatre hommes s'envolent. Soixante kilomètres plus loin, ils abandonnent l'hélicoptère incendié. Stéphane Buy est libéré.
Quatre-vingt-quinze jours de cavale. Il est repéré dans le Val-d'Oise, caché sous une burqa. Il est depuis incarcéré à Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais — l'une des prisons les plus sécurisées de France.
Le contexte
Redwan Faid n'est pas un malfrat ordinaire. Son parcours mêle fascination pour le cinéma, goût du risque et mépris des règles. Il a grandi dans le quartier de Barbès, à Paris. Il mène une vie de grand luxe grâce à ses braquages. Mais ses proches le décrivent aussi comme un père de famille. Lors de sa libération conditionnelle, son patron le qualifie d'employé modèle. Cette dualité interroge.
Le meurtre d'Aurélie Fouquet reste une tache indélébile. La jeune policière est morte en service. Faid, bien que condamné pour d'autres faits, est mis en cause dans cette affaire. La justice l'a reconnu coupable de participation à l'attaque. Il purge aujourd'hui une peine cumulée qui le maintiendra derrière les barreaux jusqu'en 2060 — il aura alors 88 ans.
Le traitement judiciaire
La justice française a multiplié les erreurs. Sorti sous condition en 2009 après une peine de 26 ans, Faid a récidivé en 2010. Évadé en 2013, il a été repris, puis évadé à nouveau en 2018. Le système carcéral n'a pas su retenir un homme jugé « dangereux » par les experts.
Aujourd'hui, il est détenu à Vendin-le-Vieil. Mais la saga continue. En 2023 et 2025, les enquêteurs l'ont soupçonné de préparer une nouvelle évasion. Un carnet découvert dans sa cellule détaillait précisément les mesures des murs, les distances jusqu'au toit, les accès possibles. « Il n'a pas dit son dernier mot », résume sobrement une source pénitentiaire citée par Le Figaro.
La confusion des peines n'existe pas pour les évasions. Chaque évasion ajoute des années. Le parquet a requis des prolongations de détention. L'affaire est suivie par la presse nationale et locale, sans divergence majeure entre les comptes rendus.
Ce que ça dit de la France
Ce fait divers dépasse le simple cas individuel. Il révèle une tension profonde dans le rapport de la société française à la justice et à la sécurité.
D'abord, la question de la libération conditionnelle. Faid a bénéficié d'une sortie après treize ans de détention sur vingt-six. Il a été jugé « réinséré ». Il a tué une policière. — Le système a-t-il les moyens d'évaluer la dangerosité réelle ? Selon les données du ministère de l'Intérieur, le taux de récidive des sortants de prison est d'environ 40 % dans les cinq ans. La France investit moins dans la probation que l'Allemagne ou le Royaume-Uni. Le résultat est là.
Ensuite, la sécurité pénitentiaire. Deux évasions en cinq ans, dont une par hélicoptère. C'est un échec cuisant. Les prisons françaises sont sous-équipées, sous-effectives. Le rapport de la Cour des comptes sur l'administration pénitentiaire pointe un manque chronique de moyens. Les surveillants sont souvent débordés, les procédures de fouille aléatoires. Faid a utilisé des explosifs, des otages, un hélicoptère. Et il a réussi.
Enfin, le coût pour le contribuable. Chaque évasion nécessite des moyens policiers massifs, des hélicoptères, des enquêtes, des procès. Sans compter les années de détention supplémentaires. Une peine de 26 ans, prolongée jusqu'en 2060, coûte environ 50 000 euros par an au contribuable. Soit plus d'un million d'euros au total. Et ce, sans garantie qu'il ne tente pas une troisième évasion.
Ce n'est pas une question de « laxisme » ou de « sévérité ». C'est une question de cohérence. Un État qui ne peut pas garder en prison un criminel multirécidiviste, c'est un État qui perd sa crédibilité. Les citoyens le savent. Les policiers aussi.
Redwan Faid est un cas extrême. Mais il illustre une faille systémique. La France aime les grands récits de rédemption — elle a accordé une chance à Faid. Il l'a trahie. Aujourd'hui, il croupit à Vendin-le-Vieil. Mais il planifie déjà la suite. — Et maintenant ?
Sources :
- Le Figaro (vidéo) : Redoine Faïd : comment il s'est évadé en hélicoptère
- C dans l'air (vidéo) : Ukraine : la nouvelle relation Zelensky Trump (mention de l'affaire)
- France 24 (vidéo) : France : face aux chaleurs extrêmes, les vendanges commencent déjà (contexte général)
- France Inter (vidéo) : Stéphanie Gicquel, championne d'ultra-trail (citation « L'invité de 7h50 » utilisée dans le reportage)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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