Récidive d'un malade mental irresponsable : le système en question

Deux tentatives, zéro conséquence
Les faits ? Glaçants. Selon Le Parisien, l'homme, une trentaine d'années, a agi lors d'une bouffée délirante. Sa mère voulait qu'il retourne à l'hôpital. Il a tenté de la tuer.
En 2022, même scénario : il pousse une magistrate sur les voies du métro. Verdict : irresponsable. Pas de prison, pas de sanction. Des soins, peut-être — mais pas assez pour empêcher la récidive.
Deux tentatives de meurtre, zéro peine, zéro protection pour les victimes. Et pourtant.
L'arsenal existe — mais on ne l'utilise pas
Jean-Pierre Bouchard, docteur en psychologie et criminologue, rappelle un fait essentiel : depuis 1838, la France dispose d'un arsenal juridique pour imposer des soins contraints. On peut hospitaliser sous contrainte, obliger un malade dangereux à se soigner.
Alors pourquoi ça n'a pas fonctionné ?
Parce que moins de 1 % des personnes expertisées pénalement relèvent d'une contrainte psychiatrique pour abolition du discernement. Moins de 1 %. (Oui, vous avez bien lu.) C'est un choix politique, pas une fatalité médicale.
L'immense majorité des schizophrènes ne sont pas dangereux, précise Bouchard. C'est vrai. Mais une minorité l'est. Et cette minorité, le système la laisse errer.
Dix unités pour malades difficiles — pour tout le pays
Le chiffre sidère : il n'existe que 10 unités pour malades difficiles (UMD) en France. Dix. Pour 101 départements.
Un intervenant sur CNews affirmait qu'il y en avait dans chaque département. Bouchard corrige : c'est totalement faux. Quatre UMD historiques, six plus petites. Voilà.
Résultat : des malades dangereux sont hospitalisés dans des services de psychiatrie générale, parfois ouverts. Parfois, ils ne sont pas hospitalisés du tout. Ils rentrent chez eux. Leur famille devient alors la première ligne de défense — sans formation, sans soutien, sans protection.
La mère de cet homme voulait qu'il retourne à l'hôpital. Elle avait raison. Mais l'hôpital ne l'a pas retenu.
Le tabou de la dangerosité
Parlons franchement. Le débat public sur la santé mentale est verrouillé. Quiconque évoque le lien entre certaines pathologies et la violence est accusé de stigmatiser les malades. Résultat : on ne dit pas ce qui devrait être dit.
La schizophrénie n'est pas une maladie violente dans l'immense majorité des cas. C'est un fait statistique. Mais quand elle l'est, les conséquences sont catastrophiques. Et le système refuse de l'admettre.
Bouchard le dit clairement : certains malades délirent sur des thèmes de persécution, entendent des voix, et peuvent agir sur ordre de ces voix. La menace est un signe de dangerosité à prendre en compte.
Mais qui prend la décision d'interner quelqu'un pour une menace ? Qui assume le risque politique et médiatique de priver un malade de liberté ? Personne. Alors on laisse faire. Et on attend le drame.
Comparaison internationale : que font les autres ?
Regardons l'Allemagne. Le pays dispose de 78 hôpitaux psychiatriques sécurisés — contre 10 UMD en France. Proportionnellement, c'est cinq fois plus. Résultat : moins de récidives violentes chez les malades mentaux dangereux.
Regardons les Pays-Bas. Le système prévoit des soins contraints longs, parfois à vie, pour les malades jugés dangereux. La décision revient à un juge, pas à un médecin seul. Et elle est réévaluée régulièrement.
La France, elle, préfère l'angélisme. On soigne en ville, on libère vite, on croit que la bienveillance suffit.
Elle ne suffit pas.
Le vrai problème : l'absence de cadre
Le problème n'est pas la maladie. Ni le malade. Le problème, c'est que l'État a renoncé à exercer son devoir de protection.
Depuis 1838, la loi permet les soins contraints. Mais l'application est devenue si restrictive que juges et médecins hésitent à les prononcer. Peur de la contestation, des associations, des médias.
Résultat : des malades dangereux restent en liberté. Des familles sont abandonnées face à des proches délirants. Et des victimes innocentes paient le prix de cette réticence institutionnelle.
La magistrate de 2022 a eu de la chance. La mère de 2024 aussi. La prochaine victime n'aura peut-être pas cette chance.
Et maintenant ?
Que faut-il surveiller ? Trois choses.
D'abord, le nombre d'UMD. Dix unités pour tout le pays, c'est insuffisant. Le gouvernement annonce-t-il des créations ? Si oui, combien et où ?
Ensuite, les critères de libération des malades dangereux. Qui décide ? Sur quels critères ? Avec quel suivi ? Actuellement, le flou est total.
Enfin, le statut des familles. Elles sont en première ligne, sans formation, sans soutien, sans protection. Le système les abandonne. Va-t-on enfin leur donner des moyens ?
La France a les textes, les experts, les moyens. Ce qui manque, c'est la volonté politique d'assumer la contrainte quand elle est nécessaire.
Protéger les citoyens, c'est aussi protéger les malades d'eux-mêmes. Refuser de le faire, ce n'est pas de l'humanisme — c'est de la négligence.
Et maintenant, c'est à vous de juger.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.


