Protectorat au Maroc : l'historien Alain Ruscio démonte le mythe de la colonisation « douce »

La couverture du livre est une image du Petit Parisien, 1911. La légende : « La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix. » Pour Alain Ruscio, invité du Média, cette phrase résume tout le mensonge. Une domination coloniale brutale, raciste, qui a duré un demi-siècle. Et qui continue d’être euphémisée, même au Maroc. Attention : cet article repose sur une seule source – la vidéo du Média. Les informations n’ont pas été recoupées de manière indépendante.
Une image, un mensonge
Tout commence par un dessin de presse. 1911, dans Le Petit Parisien. Un homme blanc, casqué, tend la main à un Marocain agenouillé. Derrière, des soldats, des fusils. La légende promet « civilisation, richesse et paix ». C’est cette image qu’Alain Ruscio a choisie pour la couverture de son livre Le Maroc, faux protectorat vraie colonie.
Selon l’historien, invité par Julien Théry sur Le Média, elle incarne le « grand mensonge » du protectorat français. Un mensonge répété pendant des décennies : la colonisation du Maroc aurait été plus douce, plus respectueuse que celle de l’Algérie ou de l’Indochine. Ruscio affirme le contraire. « La même domination, les mêmes coups de pied aux fesses, les mêmes vexations, la même exploitation », résume-t-il dans l’émission.
Ce n’est pas une thèse isolée. Il s’appuie sur les travaux de Charles-Robert Ageron, de Daniel Rivet, de Charles-André Julien. Mais son but est de montrer, par une série de « fragments » – anecdotes, reportages, chansons, documents – que la violence coloniale au Maroc n’était ni une exception ni une parenthèse.
Bombardements, racisme d’État, lobby colonial
Le premier acte de cette conquête « douce » ? Le bombardement de Casablanca, en 1907. Cinq ans avant le protectorat officiel. Une révolte populaire éclate dans la ville. La marine française bombarde. L’événement est encore célébré dans la mémoire marocaine, mais il est complètement absent des manuels scolaires français, assure Ruscio.
Jean Jaurès proteste. L’historien consacre un chapitre entier à cette opposition, minoritaire. Car, dit-il, l’anticolonialisme était « une greffe en état permanent de rejet ». Même à gauche, la majorité des Français adhéraient à l’idée d’une mission civilisatrice. La Ligue des droits de l’homme, en 1931, à Vichy, vote une motion favorable à une « colonisation démocratique ». Paul Rivet, futur député du Front populaire, en est l’un des porteurs.
Derrière cette idéologie, un lobby puissant : le « parti colonial », concept forgé par Charles-Robert Ageron. Selon Ruscio, ce groupe de pression – industriels, politiciens, journalistes – a poussé à la conquête du Maroc pour des raisons économiques. Eugène Étienne, figure du parti colonial, défendait les intérêts économiques de la France au Maroc, notamment pour la sidérurgie et les chemins de fer.
Le quotidien des Marocains, lui, était fait de mépris et de racisme. Ruscio cite un reportage de Louis Roubaud, journaliste du Petit Parisien en 1934. Un enfant français, interpellé parce qu’il insulte un notable marocain, répond que c’est un indigène. Le mot « indigène » était une catégorie juridique et sociale, synonyme de sous-humanité. Un officier français, Odino, publie un guide à l’usage des colons, avec des conseils pour maintenir la distance. Et pourtant, ce racisme était banalisé.
Le sultan déposé, l’exil, la guerre
Un chapitre entier retrace le destin du sultan Mohammed Ben Youssef, futur Mohammed V. En 1953, les autorités françaises le déposent et l’exilent. La raison ? Il avait prononcé un discours à Tanger en 1947, appelant à l’indépendance. Et surtout, il avait rencontré Roosevelt en 1943 à Anfa, près de Casablanca. Le président américain, hostile au colonialisme, avait encouragé les aspirations marocaines.
À sa place, les Français installent un sultan fantoche, Ben Arafa, soutenu par le pacha de Marrakech, Le Glaoui. La violence monte. Des mouvements colonialistes violents, comme « Présence française », assassinent des libéraux français. Ruscio évoque l’industriel Louis Dubroy, tué par des colons.
Mais la France n’ouvre pas un front supplémentaire. L’insurrection algérienne commence. Selon Ruscio, les autorités françaises ont choisi de ne pas ouvrir un front supplémentaire. Alors elles lâchent le Maroc – et la Tunisie – pour garder l’Algérie. L’indépendance est proclamée en 1956. Pas de guerre de décolonisation, donc. Mais une violence quotidienne, systémique, que l’historien juge sous-estimée.
Racisme ordinaire : l’exemple de Larbi Ben Barek
Pour illustrer ce racisme banal, Ruscio prend une icône : Larbi Ben Barek, footballeur de légende, idole des stades. Mais le journal Loto (ancêtre de L’Équipe) demande à ses lecteurs de lui trouver des surnoms. Certains proposent des surnoms comme Alibaba ou Nègre.
Ce racisme n’était pas perçu comme tel. La propagande coloniale imprégnait toute la société : école, presse, chansons, cinéma. Ruscio rappelle que les manuels scolaires enseignaient que la race blanche était la plus intelligente et la plus belle.
Un déni mémoriel persistant
Selon Ruscio, la mémoire du protectorat est souvent adoucie au Maroc. Mais pour lui, la nature de la domination était identique à celle des autres colonies. Seule la durée de la guerre de décolonisation varie.
Le livre contient aussi un bêtisier – des citations absurdes de Français sur le Maroc. Et l’historien annonce un futur ouvrage, La Tunisie, faux protectorat vraie colonie, prévu pour 2028.
Sources
- Le Média (YouTube) – « LE MAROC, COLONIE FRANÇAISE (1904-1956) : LE GRAND MENSONGE | ALAIN RUSCIO, JULIEN THÉRY » – https://youtube.com/watch?v=FMyU7R4Ci-k
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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