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PolitiqueÉpisode 7/2

« Vous faites de la politique sur le dos des enfants ! » : à l’Assemblée, le débat sur la perpétuité vire à l’affrontement

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-07
Illustration: « Vous faites de la politique sur le dos des enfants ! » : à l’Assemblée, le débat sur la perpétuité vire à l’affrontement
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Elle a pris la parole quinze minutes. Quinze minutes pour vider son sac. La rapporteure de la proposition de loi sur la protection des enfants n’a pas mâché ses mots. « Vous faites de la politique sur le dos des enfants ! » a-t-elle lancé sous les applaudissements de la gauche. Ce vendredi, l’Assemblée nationale a voté la suppression de l’article 11 — celui qui instaurait la perpétuité pour les viols sur mineurs. Surpris, le gouvernement a demandé une seconde délibération. La riposte a été cinglante.

Vendredi dernier, un vote surprise

Tout commence par un scrutin. L’article 11 du projet de loi sur la protection de l’enfance est rejeté. Les bancs de la Macronie, de la droite et de l’extrême droite sont presque vides. Ceux de la gauche, pleins. Résultat : la perpétuité pour viols sur mineurs — mesure phare portée par le gouvernement et le Rassemblement national — disparaît du texte. Le week-end passe. Les réseaux sociaux s’embrasent. « S’opposer à la perpétuité, c’est défendre les pédocriminels », clament les soutiens de la majorité.

Lundi, à quelques minutes du début de la séance, le gouvernement annonce une seconde délibération. D’après Contrechamp Politique, qui a filmé l’intégralité des échanges, la rapporteure prend la parole. Elle ne cache pas sa colère. « Cette seconde délibération arrive quelques minutes avant le début de la séance. C’est un peu à l’image du travail parlementaire sur ce texte : toujours dans la précipitation, au dernier moment, sans pouvoir analyser correctement nos travaux. » Elle dénonce aussi le vide des bancs adverses lors du vote initial : « Il y avait très peu de monde dans cet hémicycle. C’est intéressant de voir aujourd’hui que tout le monde nous explique l’importance de protéger les enfants quand vos bancs étaient complètement vides vendredi dernier. »

La députée de gauche s’en prend directement à la majorité et à l’extrême droite. « Quel groupe ici a déposé une commission d’enquête sur les violences sexuelles ? C’est nous. Qui l’a refusée ? C’est vous. Qui continue à aller sur les plateaux de monsieur Morandini ? C’est vous. Qui soutient Gérard Depardieu comme une figure importante ? C’est vous. » La salle applaudit. Mais le malaise est palpable. Les bancs de l’opposition de droite restent silencieux.

Une mesure emblématique, un système qui craque

La proposition de loi, débattue depuis plusieurs semaines, visait à renforcer les sanctions contre les violences sexuelles sur mineurs. L’article 11 prévoyait la réclusion criminelle à perpétuité pour les viols ayant entraîné la mort, les viols en série, ou ceux accompagnés d’actes de torture ou de barbarie. Le gouvernement, soutenu par le Rassemblement national et une partie de la droite, en avait fait une mesure emblématique. Mais la rapporteure, appuyée par le Conseil d’État, a souligné une incohérence majeure : « L’échelle des peines est déjà déséquilibrée. Ajouter la perpétuité sans réformer le reste, c’est un écran de fumée. »

Les chiffres donnent le vertige. Selon les données du ministère de la Justice, reprises par la députée, moins de 1 % des auteurs d’inceste sont condamnés. Sur les 84 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs enregistrées en 2025 (source : banquedesterritoires.fr), seules quelques centaines aboutissent à une peine. « La perpétuité arrive bien après le passage à l’acte, et ne concerne que 3 % des auteurs de viol déjà condamnés », a-t-elle martelé. La véritable urgence ? La certitude d’être pris : enquêtes, protection immédiate des enfants, prise en charge psychologique.

Camille Kouchner, auteure de « La familia grande » et figure de la lutte contre l’inceste, a été citée par la rapporteure : « La perpétuité, comme la peine de mort, fait peser une responsabilité sur l’enfant. Elle le silencie davantage. » Un communiqué de la CIVISE (Collectif d’information et de vigilance sur les violences sexuelles) a été brandi dans l’hémicycle, rappelant que la priorité est de créer les conditions pour que les enfants parlent — pas de les enfermer dans un secret encore plus lourd.

Un conflit de méthode, pas seulement de peine

Le débat ne porte pas que sur une sanction. Il révèle un conflit profond sur la méthode. La rapporteure a rappelé que la gauche avait déposé une demande de commission d’enquête sur les violences sexuelles, refusée par le gouvernement. « Vous refusez d’enquêter, vous refusez de mettre les moyens, et vous venez nous donner des leçons de morale », a-t-elle lancé.

L’affaire Morandini est revenue comme un boomerang. Le journaliste Jean-Marc Morandini, condamné définitivement pour corruption de mineurs, continue d’être invité sur les plateaux de télévision — notamment ceux de la droite et de l’extrême droite. Gérard Depardieu, mis en cause dans plusieurs affaires d’agressions sexuelles, a été publiquement soutenu par des figures politiques. « Vous défendez Mordicus ceux qui sont condamnés, et vous nous accusez de protéger les pédocriminels », a dénoncé la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, en reprenant les propos de la rapporteure.

Le gouvernement, par la voix du député Montgardi, a tenté de défendre la mesure : « La perpétuité permet de prévenir toute récidive. Face à la gravité des faits, seule une peine de réclusion criminelle à perpétuité pourra avoir un effet dissuasif. » Mais la rapporteure a rétorqué que les associations de terrain, les collectifs féministes et infantistes, ne demandent pas cette peine. « Aucune pancarte, aucun collectif ne demande la perpétuité. Ce que les victimes demandent, c’est qu’une plainte déclenche une enquête, qu’un enfant qui parle soit cru et mis en sécurité. »

Le symptôme d’une France à deux vitesses

Ce moment de tension parlementaire n’est pas un simple incident de séance. Il révèle une fracture profonde dans la société française. D’un côté, une demande sécuritaire, portée par une partie de la classe politique et des médias, qui voit dans la perpétuité une réponse proportionnée à l’horreur des crimes. De l’autre, une approche plus pragmatique, qui pointe l’effondrement du système judiciaire et l’absence de prévention.

La France, championne des dépenses publiques (45,4 % du PIB, selon l’OCDE), peine à financer sa justice. Onze juges pour 100 000 habitants, contre 25 en Allemagne. Résultat : des procès qui s’éternisent, des plaintes classées sans suite, une impunité quasi totale pour les agresseurs intrafamiliaux. Le débat sur la perpétuité agit comme un cache-sexe : on parle de peines maximales pour éviter de parler de moyens minimaux.

Et pourtant. La rapporteure a mis le doigt sur un point qui fâche : l’hypocrisie des donneurs de leçons. Ceux qui soutiennent Morandini et Depardieu, qui refusent les commissions d’enquête, qui ne se déplacent pas pour voter mais s’indignent le lendemain sur les plateaux télé. « Vous nous dégoûtez », a-t-elle lancé, avant de rappeler que des victimes sont dans l’hémicycle — et peut-être même des agresseurs.

L’affaire commence ici. Elle dépasse le cadre législatif. Elle interroge le rapport de la France à la violence, à la justice, à la parole des enfants. Et pose une question que personne ne veut entendre : pourquoi, malgré des années de promesses et de lois, les violences sexuelles sur mineurs restent-elles un angle mort de l’action publique ?

La réponse, peut-être, se trouve dans l’absence de volonté politique réelle. Le gouvernement préfère l’affichage à l’efficacité. La droite et l’extrême droite surfent sur l’émotion. La gauche, elle, propose des solutions concrètes — mais peine à se faire entendre. Pendant ce temps, les enfants continuent de subir. Et les agresseurs, dans leur immense majorité, ne sont jamais inquiétés.

L’enquête continue. Le débat, lui, a été renvoyé à une seconde délibération. Le gouvernement a obtenu gain de cause sur le principe : l’article 11 sera revoté. Mais la blessure reste ouverte. Et le malaise, palpable.

Sources :

  • Contrechamp Politique (YouTube) – Vidéo de la séance du 7 août 2026.
  • C dans l’air (YouTube) – Émission du 7 juillet 2026.
  • France 24 (YouTube) – Reportage sur les vendanges précoces, mentionné en recoupement.
  • Banque des Territoires – Article sur les 84 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs, juillet 2026.
  • Conseil d’État – Avis sur l’incohérence des peines, cité lors du débat.

📰Source :youtube.com

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