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Faits diversÉpisode 12/4

Ex-compagnon de Laëtitia jugé pour viols : il ose plaider le consentement sadomasochiste

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-20
Illustration: Ex-compagnon de Laëtitia jugé pour viols : il ose plaider le consentement sadomasochiste
© Jan van der Wolf / Pexels

Commençons par le commencement.

19 mai 2026. La cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence ouvre une audience qui sent la poudre. Accusé : Guillaume B., un homme ordinaire. Son ex-compagne : Laëtitia, visage fermé, regard qui traverse les murs. Elle est venue. Elle écoute. Elle attend.

Les charges sont d’une violence rare. Viols. Actes de torture. Proxénétisme. Pas un épisode, pas une nuit. Des années. L’ordonnance de mise en accusation détaille des faits qui donnent la nausée. Laëtitia aurait été séquestrée, battue, livrée à d’autres hommes contre de l’argent. Son corps devenu marchandise. Son âme broyée.

Et pourtant, Guillaume B. nie. Il ne nie pas les actes — impossible, les preuves sont là. Il nie la qualification. « C’était du BDSM consenti », répète-t-il aux enquêteurs, puis à l’audience. Une relation sadomasochiste librement choisie. Un jeu. Un contrat entre adultes consentants.

L’avocat de Laëtitia, lui, ne mâche pas ses mots. « On ne torture pas quelqu’un par jeu pendant des années sans aucun mot de sécurité, sans aucune limite », a-t-il déclaré devant les caméras. « Le consentement, ça se donne, ça se reprend. Pas une fois pour toutes. »

La salle retient son souffle. Les jurés prennent des notes.


La défense du silence : quand le sadomasochisme cache l’enfer.

Guillaume B. a choisi une stratégie audacieuse. Presque cynique. Face aux preuves — photos, certificats médicaux, témoignages d’anciens amis qui disent avoir vu Laëtitta avec des bleus, des brûlures, des plaies — il oppose un argument imparable en apparence : « Elle était d’accord ».

Mais qu’est-ce que ça veut dire, « d’accord », quand l’un des partenaires est isolé, financièrement dépendant, menacé ? Les associations d’aide aux victimes le rappellent : le BDSM repose sur des règles claires, des safewords, un équilibre de pouvoir discuté. Pas sur la séquestration, pas sur la prostitution forcée.

Le procureur a posé la question. Guillaume B. s’est tu. Puis il a parlé. Puis il s’est rétracté. Les auditions, elles, ne se rétractent pas.

« Il disait que si je ne faisais pas ce qu’il voulait, il me tuait », a confié Laëtitia aux enquêteurs — des extraits que l’audience a entendus. Le tribunal a vu ses mains trembler quand elle a prononcé ces mots. Mais l’accusé maintient : c’était un jeu de rôle. Un scénario. Du « théâtre érotique », selon son avocat.

Théâtre macabre, en réalité — oui, vous avez bien lu. Un théâtre où les spectateurs sont des jurés qui pèsent la prison à perpétuité.


Des témoins accablants : ce que les murs de Digne-les-Bains ont entendu.

Le procès est rythmé par les dépositions. Chaque témoin apporte une pièce au puzzle de l’horreur. Un voisin raconte avoir entendu des cris, des bruits de coups, mais n’avoir pas osé intervenir. « On pensait que c’était une dispute de couple. » Une amie de Laëtitia décrit des appels paniqués, des messages suppliants. « Elle avait peur de lui. Elle disait qu’il allait la tuer si elle partait. »

Et puis il y a les témoins cités par l’accusation — des hommes que Guillaume B. aurait contactés pour « utiliser » Laëtitia contre de l’argent. Certains se sont présentés volontairement. « Il m’a dit que c’était une prostituée, qu’elle aimait ça », témoigne l’un, la voix basse. « Mais je l’ai vue pleurer après le rapport. »

La défense tente de discréditer ces témoins. « Des hommes aux mœurs douteuses, des histoires de fric », plaide l’avocat de Guillaume B. Mais les faits sont têtus. Les horaires, les paiements en espèces, les photos échangées sur des messageries cryptées. Tout concorde. Voilà.

Alice Motte, envoyée spéciale du Parisien, décrit l’ambiance dans la salle. « Laëtitia écoute sans faiblir. Son regard croise parfois celui de son ex-compagnon. Il détourne les yeux. »


La notion de consentement en procès : une question qui va bien au-delà de cette affaire.

Ce procès est une bombe juridique. Il interroge la place du consentement dans les relations sexuelles violentes. Où s’arrête le jeu ? Où commence le crime ?

En France, la loi pénale ne reconnaît pas le BDSM comme une excuse automatique. La jurisprudence est claire : le consentement doit être libre, éclairé, révocable à tout moment. Et surtout, il ne peut pas justifier des violences ayant entraîné une incapacité totale de travail de plus de 8 jours. Les certificats médicaux de Laëtitia montrent des lésions bien au-delà.

Mais l’accusé mise sur l’ambiguïté des pratiques. Il se présente comme un « dominant expérimenté » qui aurait juste « poussé les limites ». Son avocat évoque des témoignages d’anciennes partenaires BDSM de Guillaume B. qui disent avoir vécu des relations sans problème. La défense tente de brouiller les pistes : « Ce n’est pas un prédateur, c’est un pratiquant passionné. »

Le problème ? Laëtitia n’était pas une pratiquante. Elle n’avait jamais fait de BDSM avant de rencontrer Guillaume B. Elle raconte : on l’a « formée sous la contrainte », humiliée, droguée parfois. Dans son journal intime — que les enquêteurs ont saisi — elle écrit : « Je ne sais plus ce que je veux. Il a pris ma tête. »

L’avocate générale, dans son réquisitoire, a martelé : « Le consentement n’est pas une fois acquis. Le viol reste un viol, même si la victime a dit oui mille fois avant. »


Laëtitia face à son bourreau : le regard qui tue le doute.

Le moment le plus fort du procès restera sans doute la confrontation. Laëtitia s’est levée. Elle s’est approchée de la barre. Face à elle, Guillaume B., dans le box, mains croisées.

« Pourquoi tu fais ça ? » a-t-elle demandé, la voix brisée. « Pourquoi tu me fais subir ce procès ? »

Silence dans la salle — silence absolu. L’accusé baisse la tête. Il ne répond pas. Son avocat bredouille une phrase sur « le droit de se défendre ».

Laëtitia a continué. « Tu m’as détruite. Tu m’as vendue. Et tu voudrais que j’aie aimé ça ? »

Ce n’est pas un témoignage. C’est une déflagration. Les jurés regardent leurs chaussures. Certains pleurent.

Philippe-Henry Honegger, l’avocat de Laëtitia, prend la parole en dernier. « Mesdames, messieurs les jurés, vous devez décider si l’on peut torturer et prostituer une femme sous prétexte qu’elle a signé un pacte de soumission. Je vous pose la question : y a-t-il une limite ? »

La réponse des jurés est attendue dans les jours qui viennent. Mais une chose est déjà certaine : ce procès marque un tournant dans la manière dont la justice française traite les violences conjugales déguisées en jeu sexuel.


L’enquête continue.

Derrière les murs du palais de justice de Digne-les-Bains, d’autres dossiers similaires attendent. Des femmes. Des hommes. Des histoires où la frontière entre consentement et contrainte est savamment brouillée. Ce procès fait jurisprudence. Il oblige les juges, les avocats, les experts à redéfinir ce qu’est une relation sadomasochiste librement consentie.

Le verdict tombera peut-être dans quelques jours. Peut-être la prison à vie. Peut-être une peine plus légère, si la cour estime que le doute profite à l’accusé.

Mais pour Laëtitia, le vrai verdict est ailleurs. Elle a parlé. Elle a tenu tête. Elle a montré que derrière le masque du « jeu », il y a un crime.

L’affaire commence ici. L’enquête continue.


Sources

  • Le Parisien — « Procès du calvaire de Laëtitia : son ex-compagnon accusé de l’avoir violée et prostituée continue d’avancer la thèse du consentement », article d’Alice Motte, 19 mai 2026.
  • Le Dauphiné — photographie de Nathan Limasset.
  • Témoignages recueillis à l’audience et cités par Le Parisien.

📰Source :youtube.com

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