Prise illégale d’intérêts à La Grande-Motte : l’office de tourisme dans le viseur

Une plainte, des chiffres, un timing
Quatre jours. C’est le temps qu’il aura fallu à AC Anti-Corruption pour agir après la publication du rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) sur la gestion de l’office de tourisme de La Grande-Motte. La plainte, déposée le 12 juillet 2026, vise « X » — une formule juridique qui permet d’ouvrir une enquête sans désigner nommément un suspect. Le contexte, lui, est limpide.
Que révèle le rapport de la CRC ? Selon les informations relayées par ici.fr et midilibre.fr, la Chambre a relevé plusieurs irrégularités dans la gestion de l’établissement public. Des dépenses contestables, des procédures opaques, et surtout — une augmentation de 30 % de la rémunération du directeur entre 2020 et 2024. Valérie Renet, figure locale et opposante, le rapporte dans La Marseillaise : « Le président de l’Office [Stéphan Rossignol, maire de La Grande-Motte, Ndlr] a décidé entre 2020 et 2024 d’accroître de 30% la rémunération du directeur avec une indemnité de départ à la retraite à laquelle il n’a pas droit. »
Trente pourcent. Pas sur cinq ans — en quatre ans. Pendant que la subvention municipale baissait.
La subvention baisse, le salaire monte
C’est là que le bât blesse. Le directeur de l’office, lui, avance un argument : « la subvention de la commune est en baisse de 14,9% (sur la période 2018-2024, ndlr) et cette tendance à la baisse se confirme en 2025 et en 2026 » (Le Journal Toulousain). Il a raison sur un point : la subvention a effectivement diminué. De 15 % entre 2018 et 2024, selon midilibre.fr. La baisse s’est même accentuée : -100 000 € en 2025, -150 000 € en 2026.
Mais voici le paradoxe : alors que la commune réduit sa contribution, le directeur voit sa rémunération grimper de 30 %. Logique ? Pour le contribuable, non. Pour le gestionnaire, peut-être — si l’on considère que l’office a développé ses ressources propres. La CRC elle-même note « une bonne situation financière » de l’établissement (ici.fr). Mais une bonne santé financière justifie-t-elle une hausse de salaire de 30 % en quatre ans, sans appel d’offres, sans transparence ?
Regardons les faits. L’office de tourisme de La Grande-Motte est un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial). Il perçoit des subventions publiques et génère des recettes propres. En théorie, un modèle vertueux : moins de dépendance au budget municipal, plus d’autonomie. En pratique, quand les subventions baissent et que les salaires grimpent, le contribuable est en droit de se demander où passe l’argent. Et pourtant.
Le problème du calcul économique
Ce cas illustre un problème structurel. Le bureaucrate — ou ici, le directeur d’un office public — n’a pas de skin in the game. Il ne risque rien. Pas de perte personnelle en cas d’échec, pas de gain en cas de succès — sauf si le succès se traduit par une augmentation salariale décidée en circuit fermé.
Sans prix de marché, sans concurrence, sans retour du réel, l’allocation des ressources devient arbitraire. Le directeur peut justifier sa hausse de salaire par « une bonne situation financière ». Mais qui vérifie que cette situation n’est pas le fruit d’une subvention publique déguisée ou d’une gestion opportuniste ? La CRC, justement. Et son rapport a déclenché la plainte.
Le problème n’est pas que le directeur soit malhonnête. Le problème, c’est que le système l’encourage à maximiser sa rémunération plutôt que l’efficacité du service. Sans actionnaire, sans concurrence, sans prix — le calcul économique est impossible. Une question de coordination mathématique, comme l’a démontré Ludwig von Mises. Et à La Grande-Motte, les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Un précédent local qui inquiète
Ce n’est pas la première fois que l’association AC Anti-Corruption s’intéresse à la région. En 2018, elle avait déjà déposé plainte contre Sébastien Bourlin, maire de Pourrières et conseiller départemental, pour prise illégale d’intérêts dans l’affaire Balikian-Petrucci. Le maire était également associé de la SARL Transport Bourlin — un conflit d’intérêts classique.
À La Grande-Motte, le schéma est différent mais tout aussi préoccupant. Le maire, Stéphan Rossignol, est président de l’office de tourisme. C’est lui qui, selon Valérie Renet, a validé la hausse de salaire du directeur. C’est lui qui préside le conseil d’administration. C’est lui, enfin, qui est le premier magistrat de la commune. La séparation des pouvoirs ? Elle semble théorique.
La plainte vise « X », mais les regards se tournent vers le maire. Pour l’instant, rien n’est prouvé. La présomption d’innocence s’applique. Mais le timing — quatre jours après le rapport de la CRC — et la nature des faits (une hausse de salaire de 30 % sans base légale claire) posent question.
Et maintenant ?
L’enquête est ouverte. Le parquet devra déterminer s’il y a matière à poursuivre. AC Anti-Corruption, de son côté, surveille. L’association a déjà fait ses preuves : elle a obtenu la condamnation de plusieurs élus locaux ces dernières années.
Pour le contribuable de La Grande-Motte, la question est simple : combien d’argent public a été détourné de son objet ? La subvention municipale baisse, mais les impôts locaux, eux, ne baissent pas. L’office de tourisme affiche une bonne santé financière — à quel prix ? Celui d’une rémunération excessive, d’une opacité de gestion, et d’une confiance érodée.
La suite est édifiante. Si la plainte aboutit, ce sera un signal fort pour toutes les collectivités locales. Si elle est classée sans suite, ce sera une nouvelle preuve que le système protège ses propres élites. Dans les deux cas, le contribuable paie. Et il attend des réponses. Voilà.
L’enquête continue.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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