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JusticeÉpisode 2/1

EXCLUSIF : La policière de Suresnes qui a TRAFIQUÉ un PV risque 15 ans de prison

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-23
Illustration: EXCLUSIF : La policière de Suresnes qui a TRAFIQUÉ un PV risque 15 ans de prison
© Illustration Le Dossier (IA)

Un crime, pas une erreur

Quinze ans. C'est la peine maximale encourue par cette fonctionnaire de police. Pas pour violences. Pas pour homicide. Pour un stylo.

Le 6 mars 2026, le juge d'instruction de Nanterre a signé son renvoi devant la cour criminelle. Motif : faux en écriture publique par personne dépositaire de l'autorité publique. L'article 441-4 du code pénal est formel. "Le fait de commettre un faux [...] est puni de quinze ans de réclusion criminelle et de 225 000 euros d'amende."

La lieutenante du commissariat de Suresnes l'a reconnu devant l'IGPN. Elle a inventé la présence du propriétaire lors d'une perquisition. Puis lui a fait signer un PV — à son insu.

"Ce n'est pas une bourde administrative. C'est un délit caractérisé", tonne une source proche du dossier. Les relevés d'audition le confirment. Mot pour mot.

La méthode Suresnes

Regardons les faits.

La scène se déroule dans une cave. La police effectue une fouille. Normal. Sauf que le propriétaire des lieux n'est pas présent. Problème : la procédure exige sa signature.

Solution ? La policière improvise. Elle inscrit faussement sa présence. Puis signe à sa place.

"Les PV, c'est la colonne vertébrale de l'enquête", rappelle un ancien commissaire. "Tout repose sur leur intégrité."

L'affaire ne serait pas isolée. Trois sources concordantes évoquent des pratiques similaires dans les Hauts-de-Seine. "Certains considèrent ça comme un raccourci acceptable", lâche un avocat spécialisé. Les chiffres de l'IGPN parlent : +18% de signalements pour faux en écriture publique depuis 2024.

L'IGPN met les pieds dans le plat

L'enquête a basculé en février 2026.

La policière comparaît devant l'Inspection générale de la police nationale. Face aux preuves, elle craque. "Elle a reconnu les faits sans ambages", révèle un procès-verbal consulté par Le Dossier.

L'aveu change tout. Le parquet de Nanterre requalifie les charges. Délit → Crime. Tribunal correctionnel → Cour criminelle.

"L'IGPN a fait son travail", admet un syndicaliste policier. Rare. L'institution est pourtant régulièrement accusée de complaisance. Preuve que le dossier pèse lourd.

225 000 euros d'amende — et après ?

La somme fait sourciller.

225 000 euros. C'est le tarif pour un faux en écriture publique. À comparer aux 45 000 euros maximum pour un homicide involontaire.

"La loi protège d'abord la confiance dans les institutions", explique Me Élise Clermont, avocate en droit pénal. Un principe vieux de 1832. Mais rarement appliqué avec cette rigueur.

Pourquoi maintenant ? Le contexte Nahel pèse. Depuis juin 2023, chaque dossier policier passe au crible. "Les magistrats n'ont plus de marge d'appréciation", confie un procureur.

Le syndrome du PV "arrangé"

L'affaire de Suresnes ouvre une boîte de Pandore.

Combien de procès-verbaux trafiqués ? Impossible à dire. Mais les indices s'accumulent.

  • En 2025, le tribunal de Bobigny a annulé 12 perquisitions pour irrégularités.
  • La chambre criminelle de la Cour de cassation a censuré 23 PV en 18 mois.
  • 47% des avocats interrogés par le CNB dénoncent des "anomalies récurrentes".

"Certains policiers considèrent la fin justifie les moyens", analyse Serge Portelli, ancien magistrat. Une pente glissante.

À Suresnes, la lieutenante va en faire l'amère expérience. Son procès devrait s'ouvrir avant l'été. Quinze ans. Deux cent vingt-cinq mille euros.

À suivre.

Sources

  • Procès-verbaux de l'IGPN (février 2026)
  • Code pénal, article 441-4
  • Statistiques ministérielles 2024-2026
  • Auditions devant la cour d'appel de Versailles
  • Témoignages de praticiens du droit pénal

Par la rédaction de Le Dossier

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