LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Environnement

Paul Watson : le Japon, la mafia et 40 % de pêche illégale

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-10
Illustration: Paul Watson : le Japon, la mafia et 40 % de pêche illégale
© YouTube

Quarante pour cent de la pêche dans l’océan est illégale. C’est le chiffre que Paul Watson assène dans son entretien à LCI. Pas une estimation d’ONG — une donnée que même les gouvernements peinent à contester. Le fondateur de Sea Shepherd, arrêté au Groenland fin juillet 2024 et détenu cinq mois, vient d’être libéré après la suspension de la notice rouge d’Interpol. Mais l’affaire est loin d’être close. Le Japon continue de réclamer son extradition. Et la conférence des Nations unies sur les océans, prévue à Nice en juin, s’annonce comme un champ de bataille diplomatique.

Cinq mois au Groenland — et une révélation

Commençons par le commencement. Paul Watson, 73 ans, a passé cinq mois dans une prison groenlandaise. Motif : une notice rouge d’Interpol émise à la demande du Japon pour des faits remontant à 2010. Il était accusé d’avoir entravé un baleinier japonais dans l’océan Austral. Problème : Watson n’était même pas présent sur les lieux ce jour-là. « Tout ce que j’ai fait, c’est embarrasser le Japon avec une émission de télévision », explique-t-il. « Ils veulent leur revanche. »

Le Danemark a prolongé sa détention six fois. Quatre recours rejetés. Puis, le mois dernier, la notice rouge a été suspendue. Le procureur général du Danemark a annulé la décision d’extradition — officiellement pour des « raisons politiques ». Watson le dit sans détour : le Japon a mis une pression énorme sur Copenhague, Paris et Interpol. Mais la France a tenu. Emmanuel Macron, Michel Barnier, et même le pape ont publiquement soutenu le militant. Résultat : 70 % des 7 000 lettres reçues venaient de l’Hexagone.

Une date. Un virement. Une question. Pourquoi tant d’acharnement ?

La chasse à la baleine : une activité mafieuse

Watson ne mâche pas ses mots. « Les entreprises baleinières appartiennent au gouvernement japonais. Les équipages sont contrôlés par les yakuza — la mafia japonaise. Ce n’est pas une activité économique, c’est une activité mafieuse. » Il rappelle que le Japon chasse dans des sanctuaires de baleines, zones pourtant protégées par le droit international. Et que le Danemark lui-même tue des baleines aux îles Féroé — ce qui est tout aussi illégal selon lui.

Les chiffres donnent le vertige. Depuis les années 1950, 40 % de la population mondiale de phytoplancton a disparu. Or le phytoplancton fournit 50 % de l’oxygène que nous respirons et séquestre le CO₂. « Si l’océan meurt, nous mourons », résume Watson. Une vérité biologique, pas un slogan.

Pourtant, les États ferment les yeux. 40 % de la pêche mondiale est illégale, selon les estimations. Aucune police environnementale pour les eaux internationales. Les ONG comme Sea Shepherd interviennent là où les gouvernements renoncent. Et on les traite de pirates. « Alors on assume ce titre », lance Watson. « Les pirates ne se soucient pas de la bureaucratie. »

Le sommet de Nice : espoir ou écran de fumée ?

La troisième conférence des Nations unies sur les océans se tiendra à Nice du 9 au 13 juin. Watson y amènera son navire, le Bandero, pour attirer l’attention sur trois fléaux : les techniques de pêche destructrices, la surpêche et la pollution plastique. Il salue l’opposition d’Emmanuel Macron au minage des fonds marins — une position que le Brésil partage. Mais il reste lucide : « Les choses changent plus au niveau municipal qu’au niveau des États. »

Et pourtant. Sans volonté politique nationale, les aires marines protégées restent des coquilles vides. En France, on peut encore pratiquer des méthodes de pêche destructrices dans ces zones. Watson le dénonce : « Les sanctuaires marins n’ont aucun sens s’ils ne sont pas appliqués. »

Le contraste est saisissant. D’un côté, des villes comme Paris qui nettoient la Seine et ouvrent des zones de baignade. De l’autre, des États qui laissent la pêche illégale prospérer. Watson applaudit l’effort parisien — « mais je préfère voir des poissons nager que des gens », ironise-t-il. Il ne se baignera pas dans la Seine cet été.

Droits de la nature : une révolution juridique ?

La France expérimente une idée audacieuse : donner des droits légaux à la Seine. Une consultation citoyenne est lancée. Watson soutient pleinement cette approche. « Les écosystèmes devraient être représentés dans notre système légal. Ils ont le droit d’exister. Et s’ils n’existent pas, nous n’existons pas non plus. » C’est une rupture avec le droit occidental classique, qui ne reconnaît que les personnes physiques et morales. Mais c’est aussi une logique implacable : notre survie dépend de ces écosystèmes. Pourquoi ne pas leur accorder une personnalité juridique ?

La Nouvelle-Zélande a déjà donné des droits au fleuve Whanganui. L’Équateur a inscrit les droits de la nature dans sa Constitution. La France pourrait suivre. Mais Watson prévient : sans moyens de coercition, ces droits resteront lettre morte. Il réclame une police environnementale internationale. « Nous avons besoin de quelqu’un pour appliquer la loi. »

Et maintenant ?

Paul Watson est libre, mais pas tranquille. Le Japon peut encore faire appel de la suspension de la notice rouge. La décision définitive est attendue en juin — pile au moment du sommet de Nice. Watson prévoit d’y être, avec son navire et ses équipages. Il continuera à s’opposer aux baleiniers japonais, comme il le fait depuis quinze ans sans jamais avoir blessé personne.

Le vrai enjeu dépasse son cas personnel. 40 % de la pêche illégale, 40 % du phytoplancton en moins, des sanctuaires bafoués, une mafia qui contrôle des flottes entières — voilà ce que le sommet de Nice devrait affronter. Les déclarations d’intention ne suffiront pas. Il faudra des mécanismes de contrôle, des sanctions, et une volonté politique que les États peinent à montrer.

Watson, lui, a déjà choisi son camp. « Toute révolution sociale implique des gens prêts à faire ce sacrifice. » Il cite Mandela, Gandhi. Il sait qu’il finira peut-être de nouveau derrière les barreaux. Mais il continue. Parce que, comme il le dit, « les heures les plus sombres de la nuit arrivent avant l’aube ».

Le contribuable français, lui, paie pour des agences publiques inefficaces — 60 milliards d’euros par an pour 50 agences créées depuis 2000, sans aucune suppression. Pendant ce temps, un homme seul, sur un bateau, fait ce que l’État devrait faire : protéger l’océan. Ironie froide, mais vérité mathématique.

Ce qu’il faut surveiller : la décision du Japon sur l’extradition, les engagements concrets du sommet de Nice, et le sort des orques du Marineland d’Antibes — Watson a promis de construire un sanctuaire, mais attend le feu vert du gouvernement français. La balle est dans le camp de l’État.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet