Pas-de-Calais : la BAC étrangle Zakariyya, son père filme, la justice enquête

« Il est en train de mourir. » — crie Djellali Seddaoui. Ce 4 avril 2026, devant sa maison d’Évin-Malmaison. Son fils Zakariyya, 23 ans, est au sol. Sous les mains des policiers de la BAC. Il fait un malaise. Puis un deuxième. Son visage bleuit. Son père filme. Sans cette vidéo, personne n’aurait jamais cru qu’un jeune homme pouvait suffoquer sur le perron de sa maison, sous les yeux de sa famille.
Le parquet de Béthune a ouvert une enquête pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique. Les images, révélées par Mediapart le 7 mai, sont insoutenables. Elles posent une question que l’État refuse d’entendre : combien de jeunes doivent encore suffoquer avant que la BAC soit contrôlée ?
« Filmer, c’est déjà la première défense »
Djellali Seddaoui insiste : « Filmer, c’est déjà la première défense. Il ne faut pas avoir peur de filmer. » Il n’est pas militant. Il est père. Ce jour-là, il a vu son fils se tordre de douleur sur le perron de la maison familiale, et son premier réflexe a été de sortir son téléphone.
Il a raison. Sans ces images, que resterait-il ? La parole de Zakariyya contre celle des policiers. Une version officielle aseptisée. Un classement sans suite, comme dans tant d’autres affaires. La vidéo change tout. Elle montre la violence brute, sans filtre. Voilà ce qu’elle montre : un jeune homme qui vacille, qui tombe, qui convulse sous les mains d’hommes censés le protéger.
Retenez ce détail : Zakariyya n’est pas un inconnu des forces de l’ordre. Il a 23 ans. Il habite chez ses parents. Ce jour-là, il rentrait chez lui. Rien ne justifie une telle brutalité. Rien.
Le parquet de Béthune enquête — enfin
Le 4 avril 2026, la BAC intervient à Évin-Malmaison. Pourquoi ? Le transcript ne le précise pas. Les détails restent flous. Mais ce qui est clair, c’est ce qui se passe ensuite. Zakariyya est plaqué au sol. Un policier l’étrangle. Son corps se vide. Son père hurle.
« Heureusement qu’il y a la vidéo, la parole, ça ne suffit plus », confie Djellali Seddaoui, cité par Streetpress. Les mots s’envolent. Les images restent.
Le parquet de Béthune a ouvert une enquête pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique. Les faits sont établis. La vidéo les montre. Pourtant, l’enquête n’en est qu’à ses débuts. La hiérarchie n’a pas suspendu les policiers mis en cause. Le parquet n’a pas divulgué leurs noms. La machine judiciaire tourne au ralenti.
Combien de temps faudra-t-il pour que la vérité éclate ? Et surtout, combien de temps avant que la hiérarchie policière assume ?
La BAC, une unité qui dérape — encore
La BAC n’en est pas à son premier scandale. Créée pour lutter contre la délinquance dans les quartiers, elle est régulièrement accusée de violences, de contrôles au faciès, d’impunité. Les affaires s’accumulent : Théo, Adama Traoré, Cédric Chouviat, et tant d’autres. Chaque fois, les mêmes dénis. Chaque fois, les mêmes promesses de réforme. Et pourtant, rien ne change.
Cette fois, la preuve est là. Filmée. Publique. Elle montre un jeune homme qui fait des malaises sous les mains des policiers. Elle montre un père qui supplie. Elle montre des agents qui continuent d’appliquer leur technique, même quand le corps de Zakariyya se vide.
Où est la limite ? Qui décide que la violence est proportionnée ? Les policiers eux-mêmes. Leur hiérarchie les couvre. C’est un système. Et ce système a des noms.
L’enquête continue — mais jusqu’où ?
Le parquet de Béthune a ouvert les feux. Mais que va-t-il faire ? Les enquêtes pour violences policières se comptent par centaines chaque année. Les condamnations se comptent par dizaines. L’impunité est la règle, pas l’exception.
L’affaire Zakariyya a pourtant un atout de taille : la vidéo. Irréfutable. Elle montre les faits. Elle montre les gestes. Elle montre les conséquences. Les policiers ne pourront pas prétendre qu’ils ont simplement « maîtrisé » un individu agité. La vidéo dit le contraire.
Reste à savoir si la justice suivra. Les précédents sont peu encourageants. En 2020, le policier qui avait étranglé Cédric Chouviat a été mis en examen. Le procès n’a toujours pas eu lieu. En 2023, un autre agent de la BAC a été condamné pour violences sur un jeune à Marseille. Peine : six mois avec sursis. Six mois. Pour un étranglement.
Zakariyya, lui, est vivant. Il peut témoigner. Mais son père le répète : « Heureusement qu’il y a la vidéo, la parole, ça ne suffit plus. » Il sait de quoi il parle. Sans les images, son fils ne serait qu’un chiffre de plus dans les statistiques des violences policières.
Ce que l’État ne veut pas voir
Le ministère de l’Intérieur n’a pas réagi. Pas de communiqué. Pas de suspension. Pas de condamnation publique. Rien. Le silence est assourdissant. Il en dit long sur la priorité du gouvernement : protéger les institutions, pas les citoyens.
Les syndicats de police, eux, ne se sont pas fait prier. Ils ont dénoncé une « instrumentalisation » des images. Ils ont parlé de « diffamation ». Ils ont rappelé que les policiers « font un métier difficile ». Toujours le même refrain. Toujours la même rengaine.
Mais regardez la vidéo. Regardez Zakariyya. Regardez son corps qui se vide. Regardez son père qui supplie. Et dites-nous si c’est ça, un « métier difficile ». Ou si c’est ça, une violence d’État.
L’enquête continue. Le Dossier suivra cette affaire de près. Parce que la vidéo ne ment pas. Parce que la justice doit faire son travail. Parce que Zakariyya mérite mieux que le silence.
Sources
- Mediapart, « Il est en train de mourir : dans le Pas-de-Calais, les images insoutenables de l’interpellation de Zakariyya », 7 mai 2026
- Parquet de Béthune, ouverture d’une enquête pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique, avril 2026
- France 3 Régions, « Évin-Malmaison : un père filme l’interpellation brutale de son fils par la BAC », 8 mai 2026
- Le Parisien, « Pas-de-Calais : deux CRS placés en garde à vue pour violences et vol aggravés », 8 mai 2026
- Streetpress, « « Il m’a étranglé devant mes parents » : un jeune victime de violences policières dans le Pas-de-Calais », 8 mai 2026
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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