L'obésité en France : le scandale de la prise en charge défaillante

Une maladie chronique, point final
L’obésité est une maladie chronique. Incurable. En France, elle touche 18% de la population. Et pourtant, elle reste largement méconnue et maltraitée. "Ce n'est pas un manque de volonté", insiste Marina Carrère d'Encausse, membre de l’Académie nationale de médecine. "C'est une maladie de composante génétique."
Prenez les études sur des jumeaux : tous ont été surchargés en calories. Tous ont grossi, mais pas de la même manière. "Il y a une inégalité", souligne Carrère d'Encausse. "La part génétique est indéniable."
Une fois obèse, toujours obèse. Même si l’indice de masse corporelle rentre dans les normes, la menace de regrossir est permanente. "C'est une inégalité terrible", déplore-t-elle. Mais non, ce n’est pas une question de volonté.
Des médicaments qui marchent... mais à quel prix ?
Les médicaments anti-obésité existent. Ozempic, Wegovy. Ils fonctionnent. Séverine, suivie dans le documentaire de France 5, en témoigne : elle a perdu 45 kilos. Elle revit. Mais à quel coût ?
Ces traitements ne sont pas remboursés. Pourquoi ? Parce que l’obésité n’est pas reconnue en France comme une affection de longue durée. Contrairement au diabète. "C'est une injustice terrifiante", dénonce Carrère d'Encausse. "Les personnes obèses sont souvent les plus précaires. Elles doivent payer leur traitement. C’est extrêmement choquant."
La Haute Autorité de Santé a bien donné son feu vert pour un remboursement. Mais les laboratoires traînent des pieds. "Les discussions sont en cours", précise-t-elle. "Aucun accord pour l’instant." Et les patients attendent.
La grossophobie, même chez les médecins
La grossophobie est partout. Dans les médias, les écoles, les familles. Et surtout, dans le corps médical. "Ces personnes sont souvent maltraitées", dénonce Carrère d'Encausse. "Elles quittent le parcours médical parce qu’elles n’ont pas envie de subir ces jugements."
Les médecins reprochent, jugent, sans proposer de solutions. "C’est presque un reproche", explique-t-elle. "Ces personnes sont abandonnées. Elles ne sont pas prises en charge."
Et pourtant, le cursus médical français n’y consacre que trois heures. Trois heures pour comprendre une maladie qui touche 18% de la population. "C’est un peu léger, non ?", ironise-t-elle. "Il faut l’enseigner aux futurs médecins."
Une prise en charge pluridisciplinaire, vite !
L’obésité exige une prise en charge pluridisciplinaire. Psychologues, nutritionnistes, médecins. Une écoute bienveillante est indispensable. "C’est un problème difficile à vivre", souligne Carrère d'Encausse. "Il faut une prise en charge complète."
Une expérimentation en Bourgogne-Franche-Comté a montré la voie. Les patients étaient suivis sur plusieurs fronts : alimentation, sport, soutien psychologique. "C’était pris en charge par la Sécu", précise-t-elle. "L’Assurance maladie vient de valider ce modèle pour une généralisation en France."
Mais ces centres spécialisés manquent encore. "Ça n’existe pas partout", regrette-t-elle. "On espère que ça va se développer." Et vite.
Le poids du regard des autres
La grossophobie ne s’arrête pas aux portes des hôpitaux. Elle est partout. Dans les écoles, les familles, les réseaux sociaux. Quentin, l’un des témoins du documentaire, en sait quelque chose. Harcelé depuis son enfance, il lutte contre cette stigmatisation.
"Ce n’est pas de sa faute", insiste Carrère d'Encausse. "Il est malade. Ce sont des gamins harcelés à l’école, dans leur vie privée, dans leur famille. Ce n’est pas un manque de volonté."
Le body positivisme offre une lueur d’espoir. Des personnes s’assument malgré leur obésité. Elles refusent de se cacher. "C’est important", souligne-t-elle. "Ces personnes ne doivent pas être obligées de se cacher." Voilà.
Conclusion
L’obésité en France est un scandale sanitaire majeur. Une maladie chronique incurable, méconnue et maltraitée. Les médicaments efficaces ne sont pas remboursés. La grossophobie règne, y compris dans le corps médical.
La prise en charge pluridisciplinaire est une solution. Mais elle manque encore cruellement. "On espère que ça va se développer", conclut Carrère d'Encausse. En attendant, 18% des Français continuent de souffrir en silence. Le dossier est loin d’être clos. L’enquête continue.
Par la rédaction de Le Dossier


