Nigeria : 36 officiers face à la cour martiale pour coup d'État avorté

Douze minutes. C'est tout ce qu'a duré leur rêve de pouvoir. Dans l'obscurité du 14 mars 2025, trente-six hommes ont joué leur va-tout. Et perdu.
L'échec d'une nuit
Le quartier général de la défense. La tour des télécoms. La résidence présidentielle. Trois cibles, un même objectif : prendre le contrôle d'Abuja. Les documents judiciaires ne laissent aucune place au doute — il s'agissait bien d'une "tentative concertée de renversement des institutions".
Mais l'affaire sentait le roussi depuis quinze jours. "On les attendait de pied ferme", confie un colonel sous anonymat. Preuves à l'appui : des messages chiffrés décryptés, des armes déplacées sans ordres, des réunions nocturnes dans des casernes de Lagos.
Trois erreurs fatales. Un informateur double. Un timing bâclé. Et cette arrogance — croire pouvoir défier les forces spéciales nigérianes.
Portraits d'hommes en uniforme
Ils avaient tout pour eux. Carrières brillantes. Formations prestigieuses. Quatorze colonels, huit généraux, âgés de 37 à 58 ans. Le genre d'officiers qu'on cite en exemple.
Jusqu'à ce basculement.
Trois noms ressortent des dossiers :
- Buba Ibrahim, le technocrate — formé à l'École de guerre française, cerveau présumé de l'opération cyber
- Musa Abacha, l'héritier — neveu de l'ancien dictateur, réseau tentaculaire
- Adekunle Olawale, le héros déchu — décoré contre Boko Haram avant de tourner casaque
"Leur statut rend l'affaire plus grave", souffle un procureur. La cour a reconstitué leur parcours. Des comptes offshore (15 millions de dollars, oui, vous avez bien lu). Des contacts avec des oligarques. Des ambitions qui dépassaient largement leurs grades.
Une démocratie sous perfusion
Le Nigeria ne tient qu'à un fil depuis des décennies. Six coups d'État déjoués depuis 1999. Celui-ci ? Le plus organisé, le plus dangereux.
Flashback. 1983 : Buhari s'empare du pouvoir. 1993 : des élections annulées. 1999 : retour des civils. Depuis ? Un équilibre précaire.
"L'armée est devenue un État parallèle", accuse Ngozi Okonjo, politologue. Son enquête révèle l'emprise des militaires sur 40% du budget sécurité, les champs pétrolifères, les grands chantiers.
Et pourtant. Ce procès pourrait tout changer. Ou tout faire exploser.
Justice expéditive ou procès exemplaire ?
Ça commence le 7 mai. Cinq juges en uniforme. Trois procureurs spéciaux. Des charges qui donnent le vertige : haute trahison, conspiration, détournements.
La sentence ? Pendaison ou perpétuité. "Pas de pardon", prévient le président du tribunal.
Mais l'affaire tangue déjà. Dix-huit avocats brandissent des irrégularités : preuves obtenues sous la torture, pressions politiques. La communauté internationale guette — observateurs américains et européens sur place.
Le mystère français
Pourquoi la France tremble-t-elle ? Le colonel Ibrahim a fréquenté Saint-Cyr. Coïncidence ? L'ambassade s'agace : "Aucun lien avec cette affaire".
Vraiment ?
Les câbles diplomatiques fuités en 2024 parlaient déjà de "gouvernance opaque" au Nigeria. Et ces rencontres discrètes entre officiers français et Ibrahim, quelques mois avant le putsch... Deux juges nigérians débarqueront à Paris en juin. Ils veulent des réponses.
Sources
- Dossiers de la cour martiale nigériane (2025-2026)
- Archives du Monde (mars 2025)
- Ministère nigérian de la Défense
- Témoignages d'officiers sous X
- Enquête Nigeria/Interpol sur les paradis fiscaux
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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