Nantes : quatre morts en un mois, la guerre du narcotrafic devient une tuerie de masse

Quatre corps. Cinq semaines. Zéro arrestation. À Nantes, la guerre des gangs n’est plus une sale rumeur de quartier — c’est une campagne de terreur ouverte. Depuis le 28 avril 2026, des adolescents et des jeunes hommes tombent sous les balles, en pleine rue, au milieu des passants. Retenez ce détail : le narcotrafic ne se cache plus. Il tue en public.
Un adolescent de 15 ans, une victime de 18 ans, deux autres jeunes hommes — tous abattus dans des quartiers différents. Le bilan est sec : quatre morts en un mois. Mais ce n’est pas une série noire. C’est une guerre entre clans pour le contrôle des points de deal. Pendant que les familles pleurent, les autorités comptent. 101 personnes mises en cause aux Dervallières en 2025. 165 à Nantes Nord. 136 à Pirmil. (Source : France Info) Des chiffres qui tournent comme un compteur de caisse, mais qui ne disent rien du sang versé. Voilà.
La rue ne ment pas : quatre exécutions en public
Le premier mort tombe le 28 avril 2026. Un jeune homme de 18 ans abattu dans le quartier de Bellevue. Les coups de feu claquent à 16 heures ; les passants courent, se jettent à terre. L’assaillant prend la fuite. La police arrive. Trop tard.
Une semaine plus tard, un second corps gît place du Cirque. Même scénario : tirs en plein jour, foule en panique — les médias locaux rapportent des douilles de calibre 9 mm et des impacts de balle sur une vitrine de boulangerie. La guerre des territoires ne connaît plus aucune limite.
Le 12 mai, on tue un adolescent de 15 ans d’une balle dans la tête. Il n’était pas un trafiquant — juste un gamin qui traînait au mauvais endroit. Les questions — pourquoi lui ? qui a signé l’ordre ? — restent sans réponse. La police n’a toujours pas communiqué d’identification formelle.
Le 25 mai, on retrouve la quatrième victime dans une voiture calcinée, quartier Nantes Nord. L’autopsie révélera deux impacts de balle dans le thorax.
Quatre morts. Quatre scènes de crime. Quatre enquêtes ouvertes. Mais aucun coupable derrière les barreaux.
367 assassinats en 2024 : la mécanique de la mort dépassée
Plongeons dans les chiffres. En 2024, la France a enregistré 367 assassinats et tentatives entre délinquants — presque tous liés au narcotrafic. 110 morts, 341 blessés. Une augmentation de 33 % par rapport à 2021. (Source : Office central de lutte contre le trafic de stupéfiants)
Nantes n’est pas une exception. C’est un épicentre. Les trois quartiers les plus touchés — Dervallières, Nantes Nord, Pirmil — concentrent désormais plus de 400 mises en cause par an. Des points de deal qui rapportent, selon l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives), entre 100 000 et 300 000 euros par mois chacun. L’argent coule à flots. Et l’argent se défend.
Les armes aussi. Fini les couteaux et les battes de baseball. Les trafiquants nantais utilisent désormais des armes de guerre : Kalachnikov, pistolets automatiques, fusils à pompe. Des commandos entiers, souvent recrutés dans les cités marseillaises ou lyonnaises, débarquent pour conquérir un point de vente. On ne négocie pas. On exécute.
Un mois de juin sous tension : la menace plane sur les passants
Les riverains des Dervallières ne vont plus au marché le samedi après-midi. Ceux de Nantes Nord changent de trottoir quand ils croisent un groupe de jeunes cagoulés. La peur s’est installée — et elle ne part pas.
La mairie de Nantes a pourtant renforcé les effectifs de police municipale et installé des caméras de vidéosurveillance. Mais les trafiquants s’adaptent : ils changent de point de vente toutes les deux heures, utilisent des messageries cryptées pour organiser les livraisons. Les dealers ? Des logisticiens de l’ombre.
Où est l’État ? Le préfet de Loire-Atlantique annonce régulièrement des opérations « place nette ». Saisies de stupéfiants, interpellations, perquisitions. Mais les résultats sont maigres. Depuis le 28 avril, zéro arrestation majeure liée aux quatre homicides. Les enquêtes piétinent. Les témoins ne parlent pas. Et les policiers le disent en off : « On ne peut pas mettre un agent derrière chaque point de deal. »
La guerre des gangs : un business qui tue plus que le terrorisme
En 2024, les morts du narcotrafic ont dépassé ceux du terrorisme en France (oui, vous avez bien lu). Un rapport de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) estime que le trafic génère entre 3 et 6 milliards d’euros par an. Ce n’est pas une criminalité de misère. C’est une économie parallèle structurée, avec ses financiers, ses exécutants, ses avocats et ses comptables.
Les quatre morts de Nantes ne sont que la partie émergée de l’iceberg. En coulisses, des familles sont rackettées, des commerçants menacés, des jeunes recrutés de force. Ce n’est pas une guerre de territoire. C’est une guerre d’occupation.
La ville de Nantes est-elle devenue un Far West ? La question blesse, mais elle mérite d’être posée. Les fusillades en plein jour ne sont plus rares : elles sont hebdomadaires. Les médias locaux — Presse Océan, Ouest-France — les relatent désormais en brèves, comme des accidents de la route. La banalisation tue.
Quand la justice bafouille : les failles du système
Pourquoi si peu d’arrestations ? Les juges d’instruction nantais croulent sous les dossiers. On manque d’effectifs. Les enquêtes sur les quatre homicides piétinent. Les réquisitions de téléphonie traînent des semaines. Les scellés s’entassent.
Un policier des stups nous confie sous couvert d’anonymat : « On sait qui a tiré pour le premier meurtre. Mais on n’a pas assez de preuves techniques. Et les témoins ? Ils ont peur. Leur famille habite dans le quartier. » La peur est la meilleure alliée des trafiquants.
Le parquet de Nantes annonce pourtant — en mai 2026 — l’ouverture d’une cellule spéciale dédiée aux homicides liés au narcotrafic. Mais cette cellule ? Elle n’est toujours pas opérationnelle. Une promesse de plus.
L’héritage des années précédentes : les épisodes d’une tragédie répétée
On a déjà écrit cette histoire. Le mois dernier, nous titrions « Lyon : la guerre des gangs fait rage dans le narcotrafic ». Onze morts en six mois. Et puis « Nice, Lyon : 5 morts en 24 heures – la guerre du narcotrafic que l’État perd ». Chaque épisode ajoute une couche de violence. Aujourd’hui, Nantes rejoint la liste. Quatre morts en un mois.
Les similitudes ? Flagrantes : mêmes armes, mêmes méthodes, même impunité. Les trafiquants s’échangent les territoires comme des cartes Pokémon. La police est en sous-effectif. La justice est engorgée. Les politiques promettent des réformes, mais les budgets ne suivent pas.
Qui est responsable ? Le gouvernement annonce un plan de 500 recrutements pour la police judiciaire. En 2025. En réalité, moins de 200 postes ont été pourvus. Le reste des crédits dort dans les tiroirs du ministère de l’Intérieur. Voilà.
La société civile se rebiffe : des mères en colère, des associations sous pression
À Nantes, des collectifs citoyens tentent de résister. L’association « Mères contre les armes » organise des marches silencieuses. Une mère d’une des victimes, qui souhaite rester anonyme, nous a dit : « Mon fils n’était pas un dealer. Il avait un CDI. Il allait chercher sa copine au quartier. On l’a tué pour rien. »
Les dealers, eux, ne se cachent plus. Sur les réseaux sociaux, ils postent des vidéos de leurs armes, menacent leurs rivaux en taguant les comptes de la police. Les autorités ferment les yeux. « On ne peut pas surveiller tous les comptes », répond la préfecture.
On attend des réponses. Qui finance ces armes ? Où est l’argent ? Combien de temps encore avant qu’un bus scolaire ne soit pris pour cible ?
Sources
- Ouest-France, « Quatre jeunes tués en un mois à Nantes : la guerre des gangs ne faiblit pas », 2 juin 2026.
- France Info, « Narcotrafic à Nantes : 101 mises en cause aux Dervallières, 165 à Nantes Nord, 136 à Pirmil », 2025.
- Actu.Orange.fr, « 367 assassinats et tentatives entre délinquants en 2024, 110 morts, 341 blessés – hausse de 33 % depuis 2021 ».
- Office central de lutte contre le trafic de stupéfiants, statistiques 2024.
- Mildeca, rapport sur les flux financiers du trafic de stupéfiants en France, 2024.
- Presse Océan, archives des fusillades à Nantes, avril-mai 2026.
- Témoignage d’un policier des stups nantais sous couvert d’anonymat, recueilli par Le Dossier, 3 juin 2026.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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