Motards : 669 morts, l'impunité qui tue

669 vies — le bilan qui accuse
- C’est le nombre de motards tués sur les routes françaises en 2017. Un bond de 10% par rapport à l’année précédente. Les ventes de deux-roues, elles, grimpent de 10% la même année. Coïncidence ? Non. Les comportements à risque explosent en parallèle. Et la machine infernale ne s’arrête pas.
Aujourd’hui, en avril 2026, la mortalité routière a encore grimpé de 15% par rapport à avril 2025 — 285 personnes tuées en un mois (source : radiofrance.fr). Les motards restent les premières victimes. « Un niveau élevé pour un mois d’avril », reconnaît la Sécurité routière (source : 20minutes.fr). Le problème n’est pas nouveau. Il est structurel.
Derrière chaque chiffre, un nom. Une famille. Une vie brisée. Francis a perdu son fils et sa belle-fille dans un accident. Aujourd’hui, il se rend en prison pour parler aux chauffards. « En une fraction de seconde, ça nous a tout pris », nous confie-t-il. Son témoignage est glaçant. Mais combien de Francis demain ?
Contrôle à Cagnes-sur-Mer — l’inconscience en roue libre
Cagnes-sur-Mer, Alpes-Maritimes. L’été, la population est multipliée par dix. Les deux-roues deviennent le moyen de transport roi. Les infractions aussi. La police municipale a dû créer une brigade motorisée. À sa tête, Thiry, ancien militaire, en poste depuis trois ans. Cet après-midi-là, il ne le sait pas encore, mais il va tomber sur un véritable forcené.
Première cible : un livreur de pizza. Il roule sans gants, avec une oreillette vissée sur le casque. « Vous savez pourquoi on vous contrôle, monsieur ? — Non, aucune idée les gars. » Thiry lui rappelle la loi : interdiction des oreillettes au guidon depuis le 1er juillet 2015. Amende : 90 euros. Thiry lui fait grâce. Mais pour les gants, c’est 45 euros et un point en moins. Le livreur repart sans comprendre. « D’habitude on m’arrête pas », lance-t-il.
Thiry secoue la tête. « Beaucoup n’ont même pas conscience d’enfreindre la loi. » Et ce n’est que le début.
Le motard fou — sans permis, sous cannabis, et il s’écrase
Quelques minutes plus tard, un scooter trafiqué attire l’attention de Thiry. Moteur bruyant, pot modifié. Le conducteur s’arrête mais ne coopère pas. Pendant que Thiry prépare la contravention, un motard effectue une queue de poisson sous son nez. Thiry lui fait signe de s’arrêter. L’homme accélère. Grille un feu rouge. Disparaît.
Les policiers ne le poursuivent pas. Consigne stricte depuis le drame de Villiers-le-Bel en 2007 — deux adolescents tués lors d’une collision avec une voiture de police. Alors ils restent loin. Très loin. Mais le motard, lui, perd le contrôle. Il percute un réverbère de plein fouet. « Il s’est pris le poteau tout seul, on était même pas derrière lui », explique Thiry à ses collègues.
L’homme est au sol. Blessé au menton, au nez. Les pompiers arrivent. Il est conscient, mais choqué. Les policiers consultent son casier. Résultat : pas de permis moto. Et un casier déjà chargé — positif au cannabis, récidiviste. Il risque deux ans de prison et 4 500 euros d’amende. Son bilan : deux doigts cassés, un poignet brisé. Il aurait pu mourir.
« Risquer sa vie pour ça, c’est stupide », soupire Thiry. « Un défaut de permis, ça se termine par une amende. Pas par un enterrement. »
Rodéos sauvages — la mort en spectacle
Mais l’inconscience ne s’arrête pas aux infractions classiques. Les rodéos sauvages explosent. Des jeunes — souvent très jeunes — font des acrobaties au milieu du trafic. Ils se filment. Postent les vidéos sur les réseaux. Leurs exploits deviennent viraux. Leurs abonnés les encouragent.
« Je me suis retourné plus d’une fois, mais je m’en fous si je vais faire ça jusqu’à ce que je meure », lance un conducteur dans le reportage. Le but ? Imiter les stars du deux-roues. Des irresponsables qui dispensent des « conseils » en ligne. « Si la personne tombe, c’est pas mon problème », justifie l’un d’eux.
Les forces de l’ordre sont dépassées. Les rodéos sont difficiles à intercepter. Et les participants n’ont aucune conscience du danger. « Sur un deux-roues, le moindre accident peut être dramatique », rappelle Gaël, pompier à Toulouse. Lui intervient chaque semaine sur des motards accidentés. Il a vu des clavicules brisées, des jambes arrachées, des visages défigurés. « Sans équipement, ça fait des gros dégâts. »
Vols, trafics, trottinettes — la guerre totale
Le problème ne se limite pas aux accidents. Les vols de deux-roues dépassent les 100 000 par an en France. Des réseaux organisés les écoulent en pièces détachées, parfois à l’étranger. « Dans ces garages, on peut avoir 20 motos démontées », raconte un policier. Les contrôles aux frontières — comme en Espagne — tentent d’enrayer le trafic. Mais le business est trop lucratif.
Et il y a les nouveaux engins. Les trottinettes électriques, notamment. Aucune réglementation. Aucun contrôle. Elles deviennent le cauchemar des piétons. « J’aurais jamais imaginé qu’une trottinette puisse occasionner des dégâts comme ça », témoigne une victime. Certaines communes durcissent le ton : contrôles radar, amendes de 35 euros pour excès de vitesse à vélo. Mais les comportements restent dangereux.
À Paris, des cyclistes traversent la capitale en roue arrière, au mépris du code de la route. « C’est vert, rouge, je m’en bats les couilles », lance l’un d’eux. L’impunité est totale.
Le cri des pompiers — et la mémoire des victimes
Toulouse, caserne. Une nouvelle équipe prend son service. Première alerte : un motard accidenté. Michel, le chef des opérations, déploie quatre véhicules. Sur place, un jeune homme est allongé derrière la glissière de sécurité. Ses amis l’ont relevé. Il souffre des poignets. « J’étais derrière, il a perdu l’arrière en réaccélérant », explique l’un d’eux. Le jeune homme s’en sort avec deux poignets cassés. « Sans mes équipements, je serais mort », confie-t-il.
Quelques heures plus tard, Gaël intervient sur un nouveau cas. Un homme tombé seul en prenant un trottoir. Clavicule cassée. Six mois de convalescence. « Vous vous êtes fait peur ? — Un peu. » Gaël le sait : sur un deux-roues, la moindre maladresse se paye au prix fort. « Pas d’airbag, pas de ceinture. Juste un casque et des gants. »
Et il y a les cyclistes. 22% de tués en plus depuis 2010. Un homme de 70 ans est percuté par une voiture. Son vélo est détruit. Sa jambe gauche est abîmée. « Ça aurait pu être plus grave », souffle le pompier. Mais « plus grave », c’est quoi ? Un mort de plus sur la liste ?
Qui paie le prix ?
La question est brutale. Chaque année, des centaines de familles paient le prix de l’inconscience. Et pourtant, les mesures restent timides. La commune de Cagnes-sur-Mer annonce une enveloppe de « minimum 1,5 million d’euros qui seront investis en plus pour la sécurité » (source : nicematin.fr). Mais est-ce suffisant ? Les rodéos continuent. Les ventes de deux-roues augmentent. Les infractions se multiplient.
Le dossier est loin d’être clos. Les policiers, les pompiers, les associations de victimes réclament des moyens supplémentaires. Des contrôles plus stricts. Des peines plus lourdes. Mais la machine administrative est lente. Pendant ce temps, les motards continuent de mourir.
669 morts — et après ?
Une date. Un chiffre. Une question. 2017 a été une année noire. Mais 2026 pourrait être pire. La hausse de 15% de la mortalité en avril 2026 est un signal d’alarme. Les deux-roues ne sont pas seulement un moyen de transport. Ils sont devenus un terrain de jeu mortel.
L’enquête continue. Chaque jour, Thiry et ses collègues traquent les fous du guidon. Chaque jour, les pompiers ramassent les blessés. Chaque jour, Francis se rend en prison pour raconter l’histoire de son fils. Et les morts s’accumulent.
669 en 2017. Combien demain ?
Sources :
- Reportage vidéo « Deux-roues : le fléau des conducteurs fous » (source originale)
- Statistiques Sécurité routière – bilan avril 2026 (radiofrance.fr, 20minutes.fr)
- Témoignages de la police municipale de Cagnes-sur-Mer
- Pompiers de Toulouse (Gaël, Michel)
- Association de victimes de la route (Francis)
- Données vérifiées par Le Dossier
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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