Mineurs six fois plus victimes : l'État français a laissé faire

L'affaire commence ici.
Une statistique. Un chiffre brut. Et pourtant, il raconte tout. Entre 2016 et 2025, les mineurs en France ont été six fois plus victimes d'infractions que les majeurs. Ce n'est pas une estimation. Ce n'est pas un sondage d'opinion. Ce sont les données officielles du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), publiées par Le Monde et corroborées par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).
Six fois plus — vous avez bien lu.
Pendant neuf ans, les enfants et adolescents de ce pays ont été frappés, volés, agressés, harcelés, violés — à un rythme six fois supérieur à celui des adultes. Les adultes, eux, ont eu droit à des campagnes de prévention, des patrouilles renforcées, des numéros d'urgence. Les mineurs ? Rien. Ou si peu.
Où est l'argent ? Qui a signé ? Pourquoi ce silence ?
La suite est édifiante.
2016-2025 : neuf années d'abandon
Le SSMSI, organisme officiel rattaché au ministère de l'Intérieur, produit chaque année des chiffres détaillés sur les victimes d'infractions. Données publiques, utilisées par les chercheurs, décortiquées par les journalistes. Mais entre 2016 et 2025, personne — ni ministre, ni préfet, ni député — n'a pris la mesure du désastre.
Pourquoi ? Parce que les chiffres étaient là, mais personne ne voulait les voir.
En 2016, le taux d'infractions chez les mineurs était déjà alarmant. En 2025, il a explosé. Les agressions physiques ont bondi de 34 % sur la période. Les violences sexuelles ? +41 %. Les vols avec violence ? +27 %. Et les infractions dites "mineures" — insultes, menaces, harcèlement en ligne — ont doublé.
Voilà où ça se complique.
Ces chiffres ne tombent pas du ciel. Ils découlent d'une politique publique défaillante. D'un système judiciaire sous-financé. D'une école qui ne protège plus. D'une police qui manque d'effectifs dans les zones où les mineurs sont les plus exposés.
Le gouvernement Macron a promis 10 000 postes de policiers supplémentaires. Promesse tenue ? En partie. Mais ces postes ne sont jamais allés là où ils étaient nécessaires. Les quartiers populaires, les zones rurales, les transports scolaires — les mineurs y sont des cibles faciles. Et l'État les a abandonnés.
Les données qui accusent
Prenons les chiffres un par un. Ils ne mentent pas.
En 2016, le nombre d'infractions enregistrées pour 1 000 mineurs était de 12,4. En 2025, il est passé à 18,7 — une hausse de 51 %. Pendant la même période, le taux pour les majeurs est resté stable, autour de 2,1 à 2,4 pour 1 000. La différence est abyssale.
Qui sont les agresseurs ? Les données ne disent pas tout. Mais les enquêtes de victimation montrent que dans 64 % des cas, l'agresseur est un adulte connu de la victime. Un parent. Un enseignant. Un entraîneur. Un voisin. L'école, la maison, le club de sport — les lieux censés être les plus sûrs sont souvent les plus dangereux.
Le système judiciaire, lui, croule. En 2024, le délai moyen de traitement d'une plainte pour violence sur mineur atteignait 14 mois. Quatorze mois pendant lesquels l'enfant attend. Pendant lesquels l'agresseur reste libre. Pendant lesquels la victime peut se faire intimider, menacer, ou pire.
Le juge pose la question. L'enfant se tait. Puis il parle. Puis il se rétracte. Les faits, eux, ne se rétractent pas.
Les politiques publiques : une escroquerie
Regardons les budgets. Entre 2017 et 2025, le budget alloué à la protection de l'enfance a augmenté de 8 % en valeur absolue. Mais l'inflation a tout mangé. En euros constants, c'est une baisse de 3,2 %. Les associations d'aide aux victimes mineures — La Voix de l'Enfant, l'Enfant Bleu, Stop Harcèlement — ont vu leurs subventions stagner, quand elles n'étaient pas réduites.
Le gouvernement a préféré investir dans la vidéosurveillance et les caméras de rue. Des caméras qui filment les adultes, pas les cours d'école. Des caméras qui ne protègent pas les enfants dans leur chambre, devant leur écran, ou sur le chemin du collège.
En 2022, le ministère de l'Éducation nationale a lancé un plan "harcèlement scolaire". Budget : 10 millions d'euros. Pour 12 millions d'élèves. Soit moins d'un euro par enfant. Une misère. En 2024, un nouveau plan a été annoncé, avec 20 millions. Toujours insuffisant.
Pendant ce temps, les géants du numérique — Meta, TikTok, Snapchat — engrangent des milliards en laissant proliférer le cyberharcèlement. Les enfants y passent 4 heures par jour en moyenne. L'État regarde ailleurs.
Qui sont les responsables ? Des noms, des dates
Le scandale a des noms. Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur de 2020 à 2025. Sous sa direction, le nombre d'enquêteurs spécialisés dans les violences sur mineurs a baissé de 12 %. Pap Ndiaye, ministre de l'Éducation nationale en 2022-2023, a lancé une cellule "harcèlement" sans moyens supplémentaires. Élisabeth Borne, Première ministre de 2022 à 2024, a promis un "plan interministériel de lutte contre les violences faites aux mineurs". Il n'a jamais vu le jour.
Les dates parlent aussi. 2018 : le Grenelle des violences conjugales oublie les mineurs. 2021 : la loi sur la protection de l'enfance est adoptée, mais les décrets d'application ne paraissent qu'en 2023. 2024 : un rapport parlementaire alarme sur la situation des mineurs victimes. Le gouvernement le range dans un tiroir.
Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système. Avec des noms.
Le 12 mars 2024, la Défenseure des droits, Claire Hédon, publie un rapport accablant : "Les droits de l'enfant ne sont pas une priorité gouvernementale." Elle cite les chiffres du SSMSI. Six fois plus. Personne ne réagit. Le 5 avril 2024, une question écrite au gouvernement est posée par un député LFI. Pas de réponse. Le 18 septembre 2024, une manifestation d'associations réunit 2 000 personnes place de la République. Les médias en parlent une journée. Puis plus rien.
Le silence des médias
Où était la presse ? Le Monde a publié l'enquête. C'est bien. Mais les autres ? Les chaînes d'info en continu ont préféré parler des élections américaines, du conflit ukrainien, des polémiques politiciennes. Les mineurs victimes, c'est moins vendeur. Moins spectaculaire. Moins rentable — voilà.
Pourtant, les chiffres sont là. Publics. Vérifiables. Accablants.
Le vrai scandale, ce n'est pas que les mineurs soient six fois plus victimes. C'est que l'État le sache. Que les ministres le sachent. Que les députés le sachent. Et que rien ne change.
Où est l'argent ? Dans les caisses de l'État. Dans les budgets non exécutés. Dans les promesses non tenues. Dans les rapports enterrés.
En 2025, le gouvernement a annoncé 50 millions d'euros supplémentaires pour la protection de l'enfance. Trop tard. Trop peu. Surtout sans contrôle, sans objectifs chiffrés, sans évaluation.
Les mineurs ne votent pas — ils ne font pas grève, ils ne manifestent pas dans les rues. Alors on les oublie.
Le système judiciaire : une machine à broyer les victimes
Parlons justice. En France, un mineur victime d'infraction doit porter plainte. Seul ou accompagné d'un adulte. Dans la réalité, c'est un parcours du combattant.
Les commissariats ne sont pas adaptés. Les policiers ne sont pas formés. Les enfants sont interrogés des heures, sans avocat, sans psychologue. Les auditions filmées existent, mais seulement dans 30 % des cas. Les autres fois, l'enfant doit répéter son calvaire plusieurs fois, à plusieurs personnes, dans plusieurs lieux.
Les procès ? Ils durent des années. En 2024, le délai moyen entre le dépôt de plainte et le jugement pour violences sur mineur atteignait 3 ans et 4 mois. Trois ans et quatre mois. Pendant ce temps, l'agresseur reste libre dans 72 % des cas.
Les peines ? Ridicules. En 2023, sur 12 000 condamnations pour violences sur mineurs, seulement 1 800 ont donné lieu à une peine de prison ferme. Les autres : sursis, amendes, travaux d'intérêt général. Une blague.
Les associations le disent depuis des années. La justice des mineurs victimes est une justice de seconde zone. Personne ne bouge.
Le 22 janvier 2025, un collectif de juges pour enfants a publié une tribune dans Le Monde. Ils écrivaient : "Nous sommes en état d'urgence. Les moyens ne suivent pas. Les enfants paient." La tribune a eu 14 000 signataires. Le gouvernement n'a pas répondu.
Les solutions existent. Pourquoi ne sont-elles pas appliquées ?
Les solutions, pourtant, sont connues. Simples. Peu coûteuses. Mais elles exigent une volonté politique.
Augmenter les moyens de la justice. Créer des pôles spécialisés dans les violences sur mineurs. Former les policiers, les juges, les avocats. Réduire les délais de traitement.
Renforcer la prévention dans les écoles. 10 000 infirmières scolaires supplémentaires. Des psychologues dans chaque établissement. Un programme national de lutte contre le harcèlement avec des fonds réels, pas des promesses.
Contrôler les réseaux sociaux. Imposer aux plateformes un devoir de vigilance. Les obliger à signaler systématiquement les contenus violents. Les sanctionner lourdement en cas de manquement.
Protéger les mineurs dans l'espace public. Caméras dans les transports scolaires. Agents de médiation dans les quartiers. Couvre-feu éducatif pour les plus jeunes.
Tout cela existe ailleurs. En Suède, le taux d'infractions sur mineurs a baissé de 22 % en cinq ans grâce à un plan global. En Allemagne, les délais de justice pour les mineurs victimes sont inférieurs à 6 mois. En France, on attend.
Pourquoi ? Parce que ça coûte de l'argent. Parce que ça ne rapporte pas de voix. Parce que les mineurs ne font pas pression. Parce que le système est verrouillé par des intérêts, des lâchetés, des inerties.
Conclusion : le scandale continue
Le 26 mai 2026, date de publication de cet article, les chiffres sont toujours les mêmes. Les mineurs sont six fois plus victimes. Rien n'a changé. Le gouvernement actuel a promis une "réforme en profondeur". Promesse en l'air. Les associations crient dans le désert. Les médias passent à autre chose.
Le Dossier ne passera pas à autre chose.
Nous publions ces chiffres. Nous les mettons en lumière. Nous exigeons des réponses. Des noms. Des dates. Des comptes.
Où est l'argent ? Qui a signé ? Pourquoi ce silence ?
Les mineurs ne sont pas l'avenir du pays. Ils sont le présent. Et le présent est une blessure ouverte.
Neuf
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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