Mégabassines et data centers : l’État ouvre les vannes aux prédateurs de l’eau

14 000 captages fermés : le désastre silencieux
Depuis les années 1980, la France a perdu 14 000 points de captage d’eau potable. Quatorze mille — oui, vous avez bien lu. C’est comme si une ville de la taille de Lyon se retrouvait sans robinet. La cause ? Des taux de pesticides trop élevés.
Les agriculteurs arrosent les champs. Les molécules s’infiltrent dans les nappes. L’eau devient imbuvable. Mais ce n’est pas un accident. C’est un choix politique.
Le scandale des PFAS — ces « polluants éternels » — n’en est qu’à ses débuts. « La guerre contre l’eau s’est intensifiée », résume Fabien Benoit dans l’entretien à Mediapart. Chaque année, de nouveaux captages sautent. Les collectivités doivent chercher l’eau plus loin, plus profond, plus cher. Le contribuable paie. Les pollueurs, eux, continuent.
Parallèlement, l’État autorise des mégabassines et des data centers à puiser des millions de mètres cubes. Pourquoi ? Qui a signé ces permis ? Les documents en attestent : aucune étude d’impact sérieuse n’a été réalisée. L’enquête continue.
Data centers : l’appétit insatiable des géants du numérique
Les data centers sont les ogres du XXIe siècle. En France, leur consommation électrique atteint déjà 10 térawattheures par an — soit 2,2 % de la consommation nationale (Ademe, 2026). Autant que neuf à dix agglomérations de plus de 100 000 habitants réunies.
Pourtant, le vrai problème, c’est l’eau. Pour refroidir leurs serveurs, ces usines à données aspirent des millions de litres chaque jour. De l’eau potable, souvent. La même qui manque aux habitants du Sud-Ouest.
La capacité installée des data centers en France a bondi de 40 % sur un an, pour atteindre 714 mégawatts fin 2024 (01net.com). Le classement mondial de Visual Capitalist (mars 2026) place la France parmi les pays qui concentrent le plus de ces infrastructures. Des territoires entiers — comme l’Île-de-France ou la région lyonnaise — voient leurs nappes phréatiques pompées par des entreprises privées.
Google, Amazon, Microsoft. Leurs noms reviennent dans l’enquête. Mais ils ne sont pas les seuls. Des fonds d’investissement achètent des droits d’eau historiques, sans contrôle. « Ces entreprises accaparent l’eau pour leurs intérêts privés, avec la complicité des gouvernements », écrivent Celnik et Benoit dans Les Assoiffeurs.
Mégabassines : l’eau volée aux agriculteurs et aux écosystèmes
Les mégabassines ne sont pas des réserves. Ce sont des captations. Des bassins géants, bâchés, qu’on remplit en hiver pour irriguer l’été. Problème : ils pompent dans les nappes phréatiques qui alimentent les rivières, les zones humides et les villages alentour.
Le mouvement des Soulèvements de la Terre s’y est opposé. Le 25 mars 2023, à Sainte-Soline, une manifestation a rassemblé des milliers de personnes. Les forces de l’ordre ont chargé. Un manifestant — surnommé le « moine » — a été condamné à un an de prison en janvier 2026. La répression est à la hauteur de l’enjeu.
Pourtant, les bassines continuent de sortir de terre. Avec des subventions publiques. L’argent du contribuable finance l’accaparement par des multinationales de l’agro-industrie. Des coopératives céréalières, des groupes d’irrigants, des fonds d’investissement. L’État ne dit rien. Pire : il signe.
Les journalistes ont retrouvé les autorisations. Datées, tamponnées, signées. « C’est un système. Et ce système a des noms », écrivent-ils. Des noms de préfets, de ministres, de hauts fonctionnaires. L’enquête ne les épargne pas.
L’État complice : qui paye, qui signe, qui ferme les yeux ?
Un tiers du territoire français est en restrictions d’eau depuis dix ans. Les épisodes de sécheresse s’allongent. Les nappes ne se rechargent plus. Et pourtant, l’État continue d’autoriser.
Qui a validé le permis de construire du data center Google à Coudes (Puy-de-Dôme) ? Qui a signé la dérogation pour la mégabassine de Sainte-Soline ? Les documents — les documents en attestent — portent des paraphes officiels. Mais les noms sont rarement rendus publics.
Les journalistes de Les Assoiffeurs ont fouillé. Ils ont trouvé des notes internes, des courriers, des procès-verbaux de réunions interministérielles. « L’État n’est pas passif. Il est actif. Il choisit », affirme Nicolas Celnik.
Le scandale des PFAS aggrave encore la situation. Ces molécules, utilisées par l’industrie et l’agriculture, contaminent les nappes pour des siècles. Personne ne sait vraiment où elles sont, ni combien il y en a. On fait rarement des analyses. Les résultats, s’ils existent, on les enterre souvent.
L’eau se raréfie. L’eau se pollue. Ceux qui en ont besoin — les habitants, les petits agriculteurs, les écosystèmes — sont les grands perdants. Pendant que les data centers tournent à plein régime et que les bassines se remplissent, le robinet des Français se ferme.
Les Assoiffeurs : une enquête qui dérange
Le livre de Nicolas Celnik et Fabien Benoit n’est pas un simple rapport. C’est une plongée dans les coulisses du pillage. Les deux journalistes ont sillonné la France, de la Beauce à la Crau, de la vallée du Rhône à la Bretagne. Ils ont interrogé des élus, des techniciens, des lanceurs d’alerte.
Leur constat est sans appel : « La guerre contre l’eau s’est intensifiée. » Une guerre menée par des acteurs privés, avec la bénédiction de l’État. Pas de fatalité. Pas d’excuse climatique. Juste des choix.
Des choix qui coûtent des milliards. Le traitement des eaux polluées, la recherche de nouvelles ressources, les indemnisations pour les agriculteurs privés d’irrigation. Tout cela pèse sur les finances publiques. Pendant que les entreprises, elles, engrangent des profits.
Le livre sort en mai 2026. Mediapart en publie un entretien choc. Les extraits diffusés font l’effet d’une bombe. Les réseaux sociaux s’enflamment. Le gouvernement, interrogé, promet d’étudier le dossier. Promesses en l’air.
L’enquête continue. Des collectifs citoyens se mobilisent. Des collectifs préparent des recours en justice. Les journalistes ne lâcheront pas l’affaire. Et Le Dossier non plus.
Sources
- Les Assoiffeurs – Nicolas Celnik et Fabien Benoit (2026)
- Mediapart – entretien du 8 mai 2026 : « Mégabassines, data centers : “La guerre contre l’eau s’est intensifiée” »
- Ademe – estimation consommation électrique des data centers en France (2026)
- 01net.com – « Capacité des data centers en France : 714 MW fin 2024, +40 % sur un an »
- Vert.eco – article « Les Assoiffeurs : ces entreprises qui accaparent l’eau pour leurs intérêts privés »
- Visual Capitalist – classement des pays par capacité de data centers (mars 2026)
- Soulèvements de la Terre – communiqués et chronologie des actions contre les mégabassines
- France Info – condamnation du « moine » de Sainte-Soline (janvier 2026)
- Wikipedia – données sur la consommation électrique des data centers (2,2 % du total national)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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