Medhi Narjissi : deux ans après, la famille revient sur la plage maudite — et l’enquête piétine

Depuis lundi 3 août, Valérie et Jalil Narjissi se rendent chaque jour à Dias Beach — cette plage « maudite » à la pointe du cap de Bonne-Espérance. Leur fils Medhi a disparu là le 7 août 2024, emporté par une vague lors d’une excursion avec l’équipe de France U18. Deux ans après le drame, ils dénoncent des lacunes dans l’enquête : des témoins clés n’ont toujours pas été entendus, selon Sud Ouest. La colère du père ne retombe pas.
Un retour sur les lieux du drame
Ils ont retrouvé ce paysage aussi fascinant qu’effrayant. Depuis le début de la semaine, Valérie et Jalil Narjissi foulent chaque jour le sable de Dias Beach, en Afrique du Sud. Le même sable où, le 7 août 2024, leur fils Medhi, 17 ans, espoir du rugby français, a été emporté par les flots. Une vague, lors d’une séance de récupération organisée par l’équipe de France U18. Un instant. Un vide.
Aujourd’hui, deux ans plus tard, la famille n’a pas fini de chercher des réponses. Jalil Narjissi, le père, ne cache ni son anxiété ni sa colère. « On ne peut pas bâcler la disparition de notre fils », a-t-il déclaré, selon le journal Sud Ouest, qui a suivi ce retour sur les lieux du drame.
Ce que l’on sait de cette semaine de recueillement
Selon le récit de Sud Ouest, depuis lundi 3 août 2026, Valérie et Jalil Narjissi se rendent quotidiennement avec leur fille Inès à Dias Beach. Ils y ont retrouvé le banc qu’ils avaient installé un an plus tôt, tout en haut de la falaise, où le portrait de Medhi a été fixé. Cette fois, ils étaient accompagnés par le meilleur ami du jeune rugbyman, René Lalbat, et sa mère.
Le geste est symbolique, mais lourd de sens. Le 7 août 2024, Medhi participait à un stage de l’équipe de France des moins de 18 ans. La plage de Dias Beach, située dans le parc national du Cap de Bonne-Espérance, est réputée particulièrement dangereuse. Les courants y sont violents. Une baignade de récupération a tourné au drame. Le corps du garçon n’a jamais été retrouvé.
Deux ans après, la famille revient. Non pas pour se recueillir seulement, mais pour maintenir la pression sur une enquête qui, selon eux, n’a pas livré toutes ses vérités.
Medhi Narjissi, un espoir fauché à 17 ans
Medhi Narjissi était un jeune rugbyman toulousain, promis à un bel avenir. Il faisait partie de l’équipe de France U18, sélectionnée pour un stage en Afrique du Sud. Le 7 août 2024, alors que le groupe effectuait une séance de récupération dans l’eau, une vague l’a emporté. Malgré les recherches — terrestres, maritimes et aériennes — son corps n’a jamais été retrouvé.
La nouvelle avait provoqué une onde de choc dans le monde du rugby français. La Fédération française de rugby (FFR) avait rapidement présenté ses condoléances, mais les zones d’ombre demeuraient. Comment une telle excursion a-t-elle pu être organisée sur une plage aussi dangereuse ? Qui a pris la décision ? Quelles consignes de sécurité ont été données ?
Ces questions, la famille les pose depuis le premier jour. Et elles restent, en partie, sans réponse.
Des témoins capitaux toujours pas entendus
C’est là que le bât blesse. Selon Sud Ouest, des « témoins capitaux » n’ont toujours pas été entendus par la justice. Un nouveau juge d’instruction a été nommé, mais les parents attendent qu’il procède à de nouvelles auditions. Parmi les personnes que la famille souhaite voir interrogées : une témoin présente le jour du drame, ainsi que le voyagiste qui a organisé l’excursion.
La mise en cause de ce voyagiste est un point central. Jalil Narjissi ne cache pas sa colère : « On a envoyé notre fils dans la gueule du loup », a-t-il confié à d’autres médias, mais Sud Ouest ne reprend pas cette phrase dans son article. Le père dénonce un manque de diligence. Pour lui, l’enquête piétine. Et le temps passe.
Le nouveau juge d’instruction n’a pas encore communiqué sur le calendrier des auditions. Les parents, eux, sont déterminés à ne pas laisser l’affaire s’enliser. Leur présence à Dias Beach cette semaine est aussi un message : « Nous ne lâcherons rien. »
Une institution sportive face à ses responsabilités
Ce fait divers, aussi tragique soit-il, révèle une tension profonde dans la société française. Le rapport à la justice, d’abord. Quand un drame survient dans le cadre d’une activité encadrée par une institution — ici, la Fédération française de rugby — la confiance des familles dans la capacité de l’État à faire la lumière est mise à l’épreuve.
Les lenteurs de l’instruction ne sont pas nouvelles. Mais dans une affaire où la victime est un mineur, où les circonstances soulèvent des questions évidentes de sécurité, l’attente devient insupportable. Pour Jalil Narjissi, chaque jour sans réponse est une trahison supplémentaire.
Il y a aussi la question de la responsabilité des fédérations sportives. Combien de drames similaires faudra-t-il pour que les protocoles de sécurité soient revus ? Les comparaisons internationales existent : en Nouvelle-Zélande ou en Australie, les stages en extérieur sont soumis à des évaluations de risques rigoureuses. En France, trop souvent, l’improvisation et la confiance dans les encadrants priment sur les procédures écrites.
Enfin, ce drame illustre l’inégalité territoriale face à la justice. Une famille de Lot-et-Garonne, loin des sphères parisiennes, doit batailler pour être entendue. Les parents de Medhi ne sont ni des experts en droit ni des habitués des prétoires. Ils sont des parents ordinaires, confrontés à une machine judiciaire qui semble parfois indifférente.
Et maintenant ?
Le retour de la famille à Dias Beach a une valeur symbolique forte. Mais au-delà de l’émotion, c’est un appel à l’action. Le nouveau juge d’instruction doit maintenant auditionner les témoins clés, confronter les versions, et enfin établir les responsabilités. Le voyagiste, en particulier, doit répondre de ses choix.
La FFR, de son côté, n’a pas encore publié de bilan interne complet sur les circonstances de la mort de Medhi Narjissi. Les parents attendent aussi des réponses de leur côté.
Ce qui se joue ici dépasse le cadre d’un simple fait divers. C’est la crédibilité de la justice française, de ses institutions sportives, et de leur capacité à tirer les leçons d’une tragédie. Les prochaines semaines seront décisives. Les auditions annoncées, si elles ont lieu, pourraient enfin éclairer ce qui s’est passé sur cette plage maudite, le 7 août 2024.
Pour l’heure, Valérie et Jalil Narjissi sont là, face à l’océan. Ils regardent les vagues. Et ils attendent.
Sources : Sud Ouest (article de Frédéric Cormary, publié le 06/08/2026).
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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