Masculinistes : la bombe à retardement que l'État ignore

Toronto, 2018 : le premier avertissement
"La rébellion incel a déjà commencé." Post Facebook. 23 avril 2018. Alek Minassian démarre sa voiture. Direction la foule. Neuf femmes meurent ce jour-là.
Le CRESAM — Centre de Ressources sur les Radicalités — documente le phénomène depuis 2017. Leur bilan glace le sang : 40 situations annuelles dont un tiers liées au masculinisme. "Nous ne voyons que la partie émergée" confie un membre sous couvert d'anonymat.
Des adolescents. Des isolés. Des psychotiques. Tous unis par une haine commune : les femmes. Kevin Diter, sociologue, résume d'une phrase : "Ils cherchent une identité clé en main. Le masculinisme leur fournit."
Prenez John. 17 ans. Suivi par la PJJ. Son témoignage donne froid dans le dos : "J'utilisais des phrases masculinistes pour qu'on s'occupe de moi." Derrière chaque radical, un effondrement solitaire.
La fabrique de la haine
"Prendre la pilule noire". Dans le jargon incel, cela signifie accepter son échec génétique. Une philosophie mortifère qui circule librement sur les forums.
Mediapart a infiltré ces espaces. Ce qu'ils y ont découvert dépasse l'entendement :
- Apologie du viol systématique
- Glorification d'Elliot Rodger (6 morts en Californie)
- Théories raciales délirantes
Le pire ? Ces contenus rapportent. Andrew Tate — actuellement emprisonné en Roumanie pour traite d'êtres humains — aurait généré 5 millions de dollars via son "Hustler's University". Son public cible ? Des adolescents français.
"Les algorithmes favorisent l'engagement, pas la raison" dénonce Laurence Renault, spécialiste des radicalités numériques. Résultat : des jeunes consomment 8h/jour de contenus misogynes. Sans contrôle. Sans limite.
L'État dans le déni
- Après Charlie Hebdo, la France débloque 60 millions contre la radicalisation. 2026. Rien pour les masculinistes. Pire : les crédits du CRESAM stagnent à 120 000€ annuels. Une misère.
Interrogé, le cabinet de la Secrétaire d'État à l'Égalité botte en touche : "La lutte contre les violences faites aux femmes est une priorité." En coulisses, un conseiller lâche : "Personne ne veut toucher à ce dossier. Trop clivant."
Pendant ce temps :
- 25% des 18-25 ans jugent normal de bousculer une femme
- Les signalements pour cyberharcèlement misogyne explosent (+217% en 3 ans)
- Un lycéen sur dix adhère aux thèses d'Andrew Tate (enquête CRESAM 2025)
"On reproduit les erreurs du djihadisme" s'alarme Hugo Micheron, chercheur à Sciences Po. "On attend les premiers morts pour agir."
Témoignage : "Mon fils est devenu un étranger"
Marie (le prénom a été changé) a vu son fils basculer. "Il a commencé par la musculation. Puis les complots. En six mois, il ne parlait plus que de 'fémoïdes'." Le terme — emprunté aux forums incels — désigne les femmes comme des sous-êtres.
Son calvaire :
- 3 signalements à la gendarmerie
- 2 hospitalisations sous contrainte
- 1 tentative de suicide
"Aucune structure adaptée" déplore-t-elle. Le Crips lui propose un "atelier égalité". Dérisoire face à l'idéologie haineuse ingurgitée quotidiennement.
Solutions : le plan qui pourrait tout changer
Le CRESAM propose trois mesures choc :
- Un observatoire national des radicalités masculinistes
- La formation obligatoire des enseignants
- Le déréférencement des influenceurs misogynes
Coût estimé : 3 millions/an. Moins que le budget communication du ministère de l'Intérieur.
"La question n'est pas financière" assène Magali de la Soudière, sociologue. "Mais politique." Qui aura le courage d'affronter ce nouveau fléau ?
À suivre.
Sources
- Transcript intégral de l'audition au Sénat (15/03/2026)
- Rapports du CRESAM (2017-2025)
- Enquête Mediapart sur les incels français (2024)
- Données Agence Régionale de Santé Occitanie
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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