Néonazis à Paris : police complice ? Le scandale du 9 mai

L'interdiction qui cache un ratage
43 militants d'extrême droite placés en garde à vue. C'est le bilan officiel du parquet de Paris. Participation à manifestation interdite, port d'arme, violence en réunion, outrage. Un chiffre qui semble montrer une fermeté de l'État.
Mais derrière ce chiffre, la réalité est bien plus trouble.
Le C9M — Comité du 9 mai — avait prévu son traditionnel défilé dans les rues de Paris. Chaque année, ces nostalgiques du IIIᵉ Reich rendent hommage à leurs « camarades morts au combat ». Cette année, un nom s'ajoutait à la liste : Quentin, 23 ans, mort en 2024. « Un camarade de plus manque à l'appel », scande la propagande du groupe.
Le tribunal administratif a dit non. Interdiction du défilé. Une première depuis 2008.
Les militants ne sont pas rentrés chez eux. Ils ont convergé vers Paris, disséminés sur l'axe Montparnasse–Port-Royal. Errants, désœuvrés, en attendant un signe des organisateurs. Et ce signe est arrivé.
À la nuit tombée, rendez-vous était donné à Verrière-le-Buisson, dans l'Essonne. À une dizaine de kilomètres au sud de Paris.
Le C9M avait loué une salle privée. Concert clandestin. Groupes de rock néonazi. Stands de tatouage et de goodies. Puis, pour finir la soirée, une procession au flambeau dans les rues pavillonnaires de la commune, jusqu'à un parc.
La vidéo de propagande diffusée par le C9M est éloquente. On y voit des rangées de silhouettes, bras tendus en salut romain. La voix off enflamme les troupes : « Nous sentons l'urgence, le temps presse et bientôt il sera trop tard. »
Où est la police ? Elle est ailleurs. Ou plutôt, elle a choisi de ne pas voir.
Trois agresseurs, 18 mois de sursis
L'affaire commence ici. Dans une rue de Paris, en plein jour.
Clara — prénom modifié par Street Press — est agressée par trois militants d'extrême droite. Elle arrive au procès le visage couvert d'hématomes. « 5 jours d'ITT », précise le parquet.
Les trois agresseurs sont connus des services. Jason Pétinet, 24 ans, est un ancien du RN de la Marne. Dans son téléphone, les enquêteurs retrouvent des visuels faisant l'apologie du nazisme. Il tweetait : « J'aime juste ceux qui tuent du boule. »
Lauris Douise, 27 ans, est un amateur d'armes. Plusieurs sont retrouvées à son domicile, dont un fusil non déclaré. Pour se justifier, il explique vouloir entrer dans l'armée.
Le troisième agresseur est jugé avec eux.
Le verdict tombe : 18 mois de prison avec sursis simple pour les deux principaux.
La suite est édifiante. Ces trois-là ne sont qu'une partie des 43 militants placés en garde à vue. Mais ce qui frappe, c'est l'écart entre la violence de l'agression et la légèreté de la peine.
Et pendant que Clara subissait les coups, que faisaient les forces de l'ordre ?
Le concert interdit, la police absente
Verrière-le-Buisson, 9 mai, 22 heures. Le concert clandestin bat son plein.
Des riverains alertent la police. Plusieurs témoignages, recueillis par Street Press, confirment les appels. « Nous avons prévenu les forces de l'ordre », raconte un habitant. « On nous a dit qu'ils allaient envoyer une patrouille. »
Une patrouille arrive effectivement sur place. Le Parisien confirme l'information. Les policiers constatent la présence du groupe dans la salle privée. Mais ils ne constatent « aucun débordement ou trouble à l'ordre public ». Ils repartent.
Le concert continue. La procession au flambeau aussi.
Le maire de Verrière-le-Buisson, lui, est « atterré ». Il déclare au Parisien : « Nous ne sommes pas le déversoir des manifestations interdites à Paris. » Il évoque des poursuites judiciaires contre le loueur de la salle. Le parquet ouvre une enquête pour vérifier comment le C9M a pu accéder à cette salle.
L'organisateur de la soirée ? Marc de Cacré Valménier. Un nom à particule, un style bon chic bon genre. Derrière cette façade se cache un ex-dirigeant du groupuscule ultraviolent Zove Paris, multi-condamné pour des faits de violence. Un gros bonnet des milieux néonazis parisiens.
La police ne l'a pas inquiété non plus.
Pendant ce temps, le C9M confisquait les téléphones des participants. Objectif : maîtriser la communication, diffuser sa propre propagande, éviter les fuites. Un contrôle total de l'information.
Journalistes ciblés, liberté bafouée
Pendant que les néonazis organisaient leur fête, des journalistes tentaient de faire leur travail. Ils en ont été empêchés.
Cédric Canton, journaliste indépendant, témoigne : « Avec plusieurs collègues journalistes, dont des reporters de Terranews et Enzo Raboui, nous avons été poussés violemment et nassés alors qu'on filmait un contre-assemblement antifasciste. »
La suite ? Contrôle, fouille, verbalisation. « Les policiers ont décidé de nous verbaliser à hauteur de 135 € d'amende pour des motifs assez vagues tels que "participation à un rassemblement ou à une manifestation non autorisée, non déclarée", et ce malgré les documents qui justifient de notre activité journalistique professionnelle. »
Cédric Canton présente son ordre de mission. Les policiers refusent de le lire. « Ils ont détourné le regard », dit-il.
Il sort son téléphone pour filmer la procédure. Un agent lui intime l'ordre de ranger son téléphone et demande à voir les photos et vidéos déjà prises.
« En résumé, on a été interpellés et verbalisés pour faire notre travail de journaliste. Tout ça est alarmant et constitue une entrave à notre activité professionnelle. Une menace grave aux libertés de la presse. »
Ce témoignage intervient alors que Reporter sans frontières publie l'édition 2026 de son classement annuel. L'ONG pointe les menaces qui pèsent sur le journalisme dans le monde, y compris dans les démocraties.
La France est-elle encore une démocratie où la presse peut enquêter librement ?
Deux poids, deux mesures
Le contraste est saisissant. D'un côté, des militants néonazis organisent un concert clandestin avec procession au flambeau. La police, alertée, ne fait rien.
De l'autre, des journalistes qui couvrent un rassemblement antifasciste sont nassés, fouillés, verbalisés. 135 € d'amende. Pour avoir filmé.
Ce n'est pas un incident isolé. C'est un système.
En France, les teufs sont réprimés. Les mouvements sociaux sont matraqués. Les écologistes sont criminalisés. Les rassemblements pour la Palestine sont interdits. Mais l'extrême droite violente continue de bénéficier d'une indulgence troublante.
L'interdiction du défilé du 9 mai 2025 ? Une victoire en trompe-l'œil.
Les nationalistes violents prospèrent dans un climat de banalisation et de complaisance. Leurs concerts clandestins ont lieu sans encombre. Leurs processions au flambeau traversent les rues pavillonnaires sans que personne ne bouge. Leurs téléphones sont confisqués pour contrôler l'information.
Et les journalistes qui tentent de documenter tout cela, on les traite comme des délinquants.
L'enquête continue. Le Dossier suivra de près les poursuites évoquées par le maire de Verrière-le-Buisson et les suites judiciaires données à cette affaire.
Une question demeure : jusqu'où ira cette complaisance ?
Sources
- Street Press — reportage sur l'agression de Clara et le concert clandestin
- Le Parisien — article sur la patrouille de police repartie sans agir et les déclarations du maire de Verrière-le-Buisson
- Reporter sans frontières — classement 2026 de la liberté de la presse
- Témoignages de riverains recueillis par Street Press
- Procès-verbal du parquet de Paris concernant les 43 gardes à vue
- Témoignage de Cédric Canton, journaliste verbalisé
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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