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Saint-Barthélémy : 77 salariés confisquent leur McDo pour nourrir le quartier

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-20
Illustration: Saint-Barthélémy : 77 salariés confisquent leur McDo pour nourrir le quartier
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Un McDo pas comme les autres

77 salariés. Majorité en CDI. Une ancienneté inhabituelle dans la restauration rapide — plusieurs années, parfois plus de dix. Dans les quartiers nord de Marseille, à Saint-Barthélémy, ce McDonald’s était un poumon : un point de rencontre, un lieu central où les habitants venaient manger, traîner, travailler, attendre. « C’est grand, c’est visible, c’est chauffé, c’est climatisé, il y a des toilettes, du wifi, des tables », résume un reportage de Canari Refractaire. Un bout d’Amérique en plastique, certes, mais aussi un rare espace de sociabilité dans un quartier longtemps sous-équipé.

En 2012, les salariés obtiennent leur 13e mois après une mobilisation. Puis ils organisent une grève régionale — ils bloquent la plateforme d’approvisionnement qui dessert des centaines de restaurants. Cette action leur donne une mémoire collective, des réflexes de lutte, une cohésion que peu d’établissements McDonald’s connaissent. Car la force de la multinationale, c’est la précarité : turnover élevé, travail éclaté, syndicalisation quasi inexistante. À Saint-Barthélémy, c’est l’inverse. Les salariés viennent des quartiers nord, connaissent leurs clients, tissent des liens. Ils ne se laissent pas faire.

Et quand, en 2017, la pression managériale s’intensifie, ils se mettent en grève — avec d’autres restaurants de la région : la Blancarde, Grand Littoral, Plan de Campagne, Vitrolles, Saint-Victoret. Mêmes motifs : précarité, conditions de travail dégradées. Cette histoire commence par une force syndicale rare. Et cette force va tout changer.

7 mai 2018 — le jour où tout a basculé

7 mai 2018. Comité d’entreprise. Les salariés apprennent que les six restaurants franchisés de Jean-Pierre Brochiro vont être cédés. Cinq sont repris par un autre franchisé, dans le giron de McDonald’s. Un seul est extrait du lot : Saint-Barthélémy. Lui, il doit partir chez Alifood, pour un projet de transformation en fast-food asiatique.

Les salariés comprennent immédiatement : ce n’est pas une simple vente. C’est une manière pour la multinationale de se débarrasser d’un bastion syndical sans assumer un plan de licenciement massif. « Ils vont tous être licenciés puis remplacés », dit le reportage. Le restaurant le plus ancré, le plus syndicalisé, le plus visible — traité à part. Pourquoi ce restaurant-là ? Parce qu’il gêne. Parce qu’il montre qu’un McDo peut être autre chose qu’une machine à flux tendu. Parce que les salariés ont déjà gagné des droits. Alifood promet des travaux, des transformations, mais le projet est flou. En réalité, il s’agit d’effacer un collectif de travail qui a fait ses preuves.

Les salariés ne se contentent pas de protester. Ils organisent des débrayages, des rassemblements, des manifestations. « Ce n’est pas seulement un dossier économique, disent-ils. C’est une attaque contre des emplois stables dans un quartier populaire. » Ils alertent les médias, les élus, les associations. Rien n’y fait : le 1er août 2018, le restaurant ferme ses portes. Mais les salariés ne partent pas. Ils occupent.

L’occupation et la justice

Début août 2018. Le restaurant ferme. Les salariés décident d’occuper les lieux pour empêcher qu’on les vide et qu’on change les serrures. Certains dorment sur place. L’occupation leur permet d’imposer un rapport de force.

Le 29 janvier 2019, le tribunal interdit la reprise par Alifood. Les documents en attestent : le juge estime que le projet est insuffisamment défini, que les licenciements sont abusifs. La reprise est annulée. Le travail reprend temporairement. Mais la machine judiciaire continue. McDonald’s et Alifood multiplient les recours. La situation des salariés reste suspendue.

En 2019, de nouvelles menaces de licenciement économique surgissent. En décembre 2019, le couperet tombe : le restaurant est placé en liquidation judiciaire. Cette fois, les salariés ne négocient pas. Ils votent immédiatement l’occupation en assemblée générale. « Pas quelques heures pour le symbole, insistent-ils. Non, on occupe pour de vrai, pour ne pas laisser disparaître le lieu. »

Et ils tiennent. Semaine après semaine

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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